Parc industriel du nord : Reportages tirés de Haïti Libre et Alterpresse

Haïti - Économie : Le Parc Industriel du Nord prend forme

Haiti Libre, 15/06/2011

Le projet de Parc industriel du Nord soutenu par le gouvernement d'Haïti, le gouvernement des États-Unis et la BID, prend forme et intègre toutes les composantes du développement : environnement, urbanisme, et dialogue avec les collectivités territoriales.
 
Début juin 2011, Cheryl MiIIs, Chief of Staff de Madame Hillary Clinton au Département d'Etat américain s'est rendue pour la 2e fois dans la région Nord en compagnie de M. Kenneth Merten, l'Ambassadeur américain en Haiti, Tony Chan de l'USAID et Mark D'Sa du Département d'Etat, afin de rencontrer les partenaires locaux et d'évaluer les progrès dans la préparation du projet.
 
Au cours de cette visite, la délégation, accompagnée de Georges Sassine, directeur exécutif de la CTMO-HOPE, a été reçue par la Chambre de Commerce de Fort Liberté, chef lieu du département du Nord Est, qui accueille le Parc Industriel du Nord. Suite à l'étude de préfaisabilité de l'implantation d'un parc industriel dans le Nord réalisé pour le compte de la BID, les travaux de clôture du terrain de 250 hectares ont été entrepris et achevés. Un contrat d'études hydrogéologiques et un contrat d'études d'impacts social et environnemental ont été conclus. Un modèle numérique du terrain réservé au parc et un plan parcellaire pour la réalisation d'essais géotechniques et la vérification de la qualités des eaux souterraines et superficielles sont aussi en cours ainsi que pour la réalisation d'un forage de reconnaissance.
 
Un plan de compensation pour les exploitants agricoles, appelé aussi « Plan d'Action de Réinstallation », est en cours d'élaboration. En vue d'éviter le développement de bidonvilles aux alentours du site, il est également prévu d'interdire toute nouvelle construction, dans un périmètre défini, autour du site pendant un certain nombre d'années.
 
Des études devant déboucher sur des plans d'urbanisme pour les villes de Ferrier, Fort-Liberté, Terrier-Rouge, Caracol, Trou-du-Nord, Limonade et Quartier-Morin, ainsi que des opérations immobilières, d'aménagement, d’élimination de l’habitat insalubre, d'embellissement et d'extension et des constructions de logements sociaux dans ces différentes communes, en accord avec les plans d'urbanisme et le schéma de cohérence territoriale qui auront été validés sont en cours.
 
Des démarches doivent également permettre d'établir que ce projet ne nuira pas à l'écosystème de la baie de Caracol, condition sine qua non de sa réalisation.
 

Haïti/Sous-traitance: Un déficit d’information publique sur le Parc industriel du nord

Enquête (1er papier sur 3)
Par Sylvestre Fils Dorcilus, Alterpress, 4 juillet 2011
http://www.alterpresse.org/spip.php?article11237

P-au-P-- Alors que les travaux de construction de la clôture du terrain devant abriter le Parc Industriel du Nord (PIN) ont démarré, la population de Caracol (Nord) demeure peu informée des tenants et aboutissants de l’opération en cours. Les travaux font suite à la signature le 14 décembre 2010 d’un accord entre le gouvernement haïtien et le gouvernement des États-Unis, en partenariat avec la Banque Interaméricaine de Développement (BID), pour la mise en œuvre de ce projet.

Cependant ce n’est qu’au cours des travaux que les résidents de la localité, en particulier les occupants du terrain, ont pris connaissance de cette initiative. « La population de Caracol n’a pas été informée au préalable de ce projet. Je n’ai jamais entendu parler d’un projet de Parc industriel dans la commune. Même les élus locaux n’ont été informés que lors du démarrage des travaux », indique l’agriculteur Alexis Jacqueson.

La commune de Caracol, à 45 kilomètres de la ville frontalière Ouanaminthe, où fonctionne depuis 2003 une Zone franche, compte environ 10 000 habitants.

Perspectives incertaines

Robert Etienne, la quarantaine, originaire de Glodine (localité de Cararol), comme d’autres habitants de la zone, n’a pas mâché ses mots pour dénoncer ce qu’il appelle l’« irrespect » du pouvoir central (administration de l’ancien président René Préval) envers la population de Caracol. « Le gouvernement n’a aucun respect pour nous [habitants de Caracol]. C’est seulement un beau matin au début du mois de janvier dernier, quand une équipe de techniciens est venue pour explorer le terrain, que nous avons été informés du projet », explique Robert, l’air désabusé.

Robert et Alexis, tous deux cultivateurs victimes, déplorent que « n’ayant pris contact avec aucun d’entre eux (les planteurs) », les techniciens, une fois arrivés sur le terrain avec des engins lourds, ont rasé tout ce qu’ils ont trouvé sur leur passage. « Imaginez un instant les torts causés à des paysans-planteurs qui s’apprêtent à récolter ou qui viennent à peine de semer », s’exclame Robert en montrant du doigt l’espace qu’ils cultivaient ensemble depuis environ dix ans.

Le lancement des travaux a également été une surprise pour d’autres citoyens qui évoluent dans différents secteurs à Caracol. C’est le cas notamment du pasteur Arnold Baptiste qui occupe une partie du terrain depuis plus de dix ans. « Je n’en ai rien su », explique le pasteur Arnold Baptiste. Une partie du bâtiment de l’église qu’il dirige a été détruite durant les travaux. Lui aussi appelle au dialogue et à la réparation des dommages.

Ayant encore en mémoire l’histoire de la Zone franche de Ouanaminthe, dans le Nord-Est, ils sont plusieurs parmi les résidents de la localité à se soulever contre les autorités haïtiennes pour réclamer dédommagement, réparation et relocalisation. « Nous allons nous organiser pour forcer l’État à assumer ses responsabilités vis-à-vis de nous », scandent des planteurs regroupés au sein de l’Association pour la Défense des Droits des Travailleurs de Caracol (ADTC).

L’ADTC, protestant contre les dispositions gouvernementales, demande aux autorités de prendre des mesures d’urgence pour dédommager et relocaliser les paysans-planteurs qui exploitent le terrain pour la plupart depuis une vingtaine d’années.

Des emplois et… un éventuel désastre écologique

Le projet, qui, selon les initiateurs, devrait générer 20.000 emplois à court terme et 65.000 emplois à long terme dans le secteur de la sous-traitance, sera exécuté sur près de 250 hectares de terre en deux phases. La première phase, consacrée à la mise en place de certaines infrastructures, dont la clôture globale du terrain, quant à elle, sera exécutée sur 75 hectares de terre, selon des documents officiels dont dispose l’agence AlterPresse.

Selon le Centre de facilitation des investissements (CFI), le gouvernement américain et la Banque Interaméricaine de Développement (BID) se sont engagés à investir 140 millions de dollars américains pour la production de l’électricité du parc industriel, la construction de près de 5.000 logements et la mise en place d’infrastructures manufacturières.

La firme sud coréenne Sae-A Trading Co. Ltd, qui s’installera dans le parc, projette, pour sa part, d’investir 78 millions de dollars américains.

Le gouvernement haïtien s’occupera de la gestion du parc, et apportera le support et la surveillance. Il doit s’assurer en outre que la nouvelle construction adhère aux normes permettant de résister aux désastres naturels.

Le projet, toujours selon des documents officiels, inclut le développement des infrastructures routières, de logements, de l’accès à l’énergie, ainsi que la logistique et la construction de la première usine textile de la compagnie Sae-A Trading Co. Ltd.

En dépit des opportunités que les initiateurs du projet font miroiter, la crainte d’une atteinte à l’agriculture haïtienne et la dégradation de l’environnement, déjà fragilisé, parait certaine. De nombreux résidents de Caracol, interrogés, dénoncent le fait que le gouvernement a choisi d’installer des infrastructures industrielles sur des terres cultivables.

« C’est l’espace le plus fertile que nous avons à Caracol. Il est inconcevable et inacceptable que l’État puisse choisir cette portion de terre pour établir un parc industriel », dénonce Renel Pierre, un citoyen de la localité. Il dit regretter que « la population ne peut rien faire pour forcer l’État à revenir sur sa décision. »


Haïti/Sous-traitance: Caracol ou Fort Liberté ?

Par Sylvestre Fils Dorcilus, Alterpress, 5 juillet 2011
Enquête (2 ième papier sur 3)

Caracol, après Ouanaminthe, dans le département du Nord-Est, accueille des usines de sous-traitance à cause, sans doute, de son vaste terrain « fertile » mais peu exploité, et surtout de la confiance des investisseurs à en tirer le maximum de « profits ». Pourtant, malgré la disponibilité de documents officiels et des travaux en cours sur le site choisi, la confusion règne encore autour de la zone « exacte » d’implantation des usines.

P-au-P, [AlterPresse] --- Si des informations et des documents « officiels » précisent que le Parc Industriel du Nord (PIN) doit être construit à Caracol, des sources non concordantes laissent entendre que cette infrastructure industrielle sera implantée plutôt à Fort-Liberté, chef lieu du département, situé à 35 kilomètres de Cararol.

Le contrat d’accord, signé le 14 décembre 2010 entre les gouvernements haïtien et américain en partenariat avec la Banque Interaméricaine de Développement (BID) pour la mise en œuvre du Parc, fait clairement état de la ville de Caracol.

Mais contrairement à Caracol où des chantiers sont mis en oeuvre, rien, jusqu’ici, ne laisse présager que la capitale touristique du Nord-Est, Fort-Liberté, va bénéficier d’une telle structure dans les prochaines années, constate AlterPresse sur le terrain.

Des témoignages recueillis sur place notamment auprès des représentants du pouvoir central, d’élus locaux et de citoyens, ne confirment pas non plus les informations selon lesquelles Fort-Liberté va être dotée d’une telle mise en place.

« En réalité, le Parc industriel sera construit à Caracol. Malheureusement, le projet porte le nom de Parc Industriel du Nord et non du Nord-Est, alors que Caracol se trouve dans le Nord-Est. », indique Toussaint Mélius Raphael, maire adjoint de Fort-Liberté.

« Si Fort-Liberté va être doté d’un Parc industriel bientôt nous ne sommes pas encore informé au niveau de la Délégation du Nord’est. Je sais personnellement, qu’il y a un Parc industriel en construction à Caracol », indique Renord Joseph, délégué départemental du Nord-est.

L’idée d’une usine de sous-traitance à Fort Liberté, selon Jacques Dorvil Robert, un des membres de la société civile de Fort-Liberté, remonte à 2007. Les responsables de la Société Nationale des Parcs Industriels (SONAPI) avaient alors dépêché à Fort-Liberté, le jeudi 17 mai 2007, Harold Saint-Surin (agronome) pour localiser un terrain dans ce but.

« J’ai été parmi les personnes qui accompagnaient Harold Saint-Surin à l’époque », confie Jacques Dorvil Robert, précisant que Saint-Surin « avait proposé à son arrivée de trouver un espace à Madeline ou à Caracol en lieu et place de Fort-Liberté ».

Ancien directeur départemental de la Direction Général des Impôts (DGI) mais aussi citoyen avisé, Jacques Dorvil Robert, accablé par le poids de l’âge, n’a jamais cessé de défendre les principes « légaux ».

« La société civile et les élus, se référant au décret du 18 juillet 1974 (Moniteur 77 du 26 septembre 1974, art.1) selon lequel les Parcs industriels doivent se construire à proximité d’un Port et d’un Aéroport, ont rejeté la proposition d’Harold [Saint Surin] ».

Jacques Dorvil Robert poursuit : « Harold Saint-Surin, accompagné de cadres de la ville et des élus locaux et tenant compte des remarques faites par rapport à sa proposition, s’était dirigé vers Dérac, une localité de Fort-Liberté, où il a localisé un terrain avec l’approbation de la Mairie pour accueillir le Parc. Et depuis nous n’avons aucune nouvelle… »

L’ancien directeur départemental de la DGI s’est dit étonné d’apprendre que la ville de Caracol qui, rappelle-t-il, ne dispose pas d’infrastructures nécessaires, est en passe d’être dotée d’un Parc industriel.

« Je ne suis pas jaloux du sort de la ville voisine de Fort-Liberté, mais il faut respecter les normes », insiste Jacques Dorvil Robert.

« C’est Gregory S. Groth, conseiller économique et commercial de l’ambassade des Etats-Unis à l’époque qui, au terme d’une Assemblée générale des directeurs centraux et départementaux de la Direction générale des impôts (DGI), en 2007, a proposé à la population de faire venir une délégation de l’ambassade pour explorer Fort-Liberté en vue d’y installer un Parc industriel », se souvient Jacques Dorvil Robert.

Des résidents de Fort-Liberté, rencontrés dans différents endroits de la ville nient l’existence du projet de Parc industriel pour le chef lieu du département.

Jonas, qui vit depuis son jeune âge dans sa ville natale et qui n’a jamais entendu parler d’une telle initiative, ne manque pas de critiquer les autorités gouvernementales pour leur manque de transparence dans cette affaire.

« Je ne comprends pas comment des autorités peuvent à ce point ne pas assumer leurs responsabilités », s’insurge-t-il.

Haïti/Sous-traitance: D’immenses espoirs, mais des craintes d’impacts négatifs du Parc Industriel du Nord sur l’environnement

Par Sylvestre Fils Dorcilus, Alterpress, 6 juillet 2011
Enquête (3e papier sur 3)

P-au-P-- L’implantation du Parc Industriel du Nord (PIN), projet des gouvernements haïtien et américain, à Caracol (nord-est), suscite d’immenses espoirs, mais est susceptible d’avoir des impacts négatifs sur la région, selon une étude réalisée par la firme KOIOS Associates LLC.

Jean Palerme Mathurin, représentant de l’État dans le cadre de la mise en œuvre de ce projet, affirme qu’ « il n’y a aucun souci à se faire ».

Le projet inclut notamment le développement des infrastructures routières, de logements, ainsi que l’accès à l’énergie, selon les initiateurs.

La perspective de l’implantation du Parc industriel du Nord (PIN), dans la zone frontalière de la République Dominicaine et Haïti, représente, de l’avis de plusieurs résidents de cette localité, une occasion unique d’atténuer le fossé économique qui ne cesse de se creuser entre les deux pays partageant l’Ile.

Selon Renord Joseph, représentant direct du pouvoir central dans le Nord-Est, la mise en place à Caracol d’un Parc industriel constitue un des grands atouts pour ce département sur le plan micro-économique.

A long terme, 40 mille emplois directs et à temps plein seront créés par la mise en place du Parc Industriel du Nord (PIN), selon les prévisions de la firme KOIOS.

Agée d’une trentaine d’année, Yole, chômeuse, croit, elle aussi, que l’installation des usines contribuera « largement » à l’amélioration des conditions de vie de la population, qui vit dans un chômage grandissant.

« En grande majorité, la population jeune ne travaille pas. Comme dans tout le reste du pays, le chômage bat son plein dans ce département. Certes, les conditions de travail des ouvriers dans les industries sont très critiques, mais je pense que le parc industriel aidera beaucoup les jeunes sur le plan économique », témoigne la jeune femme, résidente de Caracol.

Ronel Dorsainvil, représentant local de la première section communale de Dumas (Fort-Liberté) où les autorités projettent de construire 500 logements dans le cadre de l’exécution du projet, s’attend à une réduction du taux de chômage.

« Comme d’autres départements du pays, le Nord-Est fait face à de sérieux problèmes socio-économiques. Le nombre élevé de chômeurs est lamentable. Je pense qu’avec la mise en place d’un Parc industriel à Caracol, les conditions de vie de la population vont s’améliorer », éspère-t-il, plaidant en même temps pour l’amélioration des conditions de travail des ouvriers dans les usines.

D’éventuels impacts négatifs

La firme KOIOS Associates LLC engagée spécialement pour réaliser une étude d’impact de la mise en place du PIN, a déjà soumis son rapport aux instances concernées via le Ministère de l’Economie et des Finances (MEF).

L’étude – dont le coût total n’a pas été révélé – porte sur plusieurs aspects, en particulier les impacts et risques environnementaux que le PIN pourrait avoir sur la zone. Le travail visait non seulement à relever les avantages sociaux-économiques mais aussi identifier les conséquences du projet.

Au terme de son étude, la KOIOS fait état d’un certain nombre d’impacts « négatifs » comprenant le déplacement potentiel des personnes habitant sur le site du parc ; l’afflux éventuel d’un grand nombre de personnes et la pression qui en résulterait sur l’infrastructure physique et sociale existante.

L’épuisement des ressources en eau et la pollution sonore sont à craindre, souligne KOIOS. Les procédés industriels des usines (et de la centrale électrique), qui peuvent inclure des émissions atmosphériques, des eaux usées et des déchets résiduels, d’une part, la poussière, l’évacuation des déblais découlant des travaux de construction d’autre part, sont au nombre des conséquences.

« Si une proportion suffisante des recettes fiscales supplémentaires était consacrée au développement et à l’amélioration des infrastructures sociales et physiques de la région, beaucoup de ces effets négatifs pourraient être évités ou atténués », souligne le rapport d’étude de la KOIOS.

Voir des albums Facebook sur ce sujet. Cette enquête est conduite avec l’appui de Haiti Support Group.