Premier Janvier 1804-Premier Janvier 2012 :208 années d’Indépendance d’Haïti

Premier Janvier 1804-Premier Janvier 2012 :208 années d’Indépendance d’Haïti

Par Pierre-Junior Dessalines

Haiti Liberté,édition du 4 au 10 Janvier 2012

Le premier Janvier 2012 ramène le
208e anniversaire de l’Indépendance de la République d’Haïti. Le premier janvier
1804, les héros de l’Indépendance avec l’Empereur Jean Jacques Dessalines à leur tête, après la lecture de l’acte de l’Indépendance, proclamèrent Haïti la première République noire du monde, libre de toute emprise coloniale tant européenne autre après tant d’années de lutte assidue. Dans l’acte de l’Indépendance, les fondateurs de la Nation haïtienne eurent à déclarer : « Aujourd’hui premier janvier mille huit cent quatre, le Général en chef de l’Armée indigène, accompagné des généraux, chefs de l’Armée sont convoqués à l’effet de prendre les mesures qui doivent tendre au bonheur du pays. Après avoir fait connaître aux généraux assemblés ses véritables intentions d’assurer à jamais aux indigènes d’Haïti un gouvernement stable, objet de sa plus vive sollicitude, ce qu’il a fait par un discours qui tend à faire connaître aux puissances étrangères, la résolution de rendre le pays indépendant et de jouir d’une liberté consacrée par le sang du peuple de cette île ; et, après avoir recueilli les avis, a demandé que chacun des généraux assemblés de prononcer le serment de renoncer à jamais à la France, de mourir plutôt que de vivre sous sa domination et de combattre jusqu’au dernier soupir pour l’Indépendance. Les généraux, pénétrés de ces principes sacrés, après avoir donné, d’une voix unanime, leur adhésion au projet bien manifesté d’indépendance, ont tous juré à la postérité, à l’univers entier, de renoncer à jamais à la France, et de mourir plutôt que de vivre sous sa domination.

Fait aux Gonaïves, ce premier janvier mille huit cent quatre et le premier jour de l’Indépendance d’Haïti. »

208 années après l’épopée de
1804, où en est-on ? Sur le plan politico- économique, Haïti est dominée et exploitée par les puissances américaines et européennes. L’un des mécanismes de cette domination et d’exploitation à outrance continue à être toujours l’occupation physique et politique du pays. Dans cette logique de l’occupation impérialiste, Haïti a déjà connu deux longues interventions étrangères. La première a duré 19 ans (1915-1934), l’occupation sans masque des Etats-Unis d’Amérique. La seconde est celle qui a ramené le président Aristide en 1994. La troisième est là depuis plus de sept
(7) ans sous le label de la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti (MINUSTAH). Depuis 7 longues années, les forces d’occupation de l’ONU n’ont jamais cessé de fouler aux pieds la souveraineté nationale, s’immiscer dans les affaires internes, violer les droits de l’homme et le droit à l’autodétermination du peuple haïtien. Elles sont également responsables de multiples cas de viol , de vol et de l’introduction de l’épidémie mortelle de Choléra en Haïti. Alors que rien n’est fait pour améliorer les conditions de vie de la population la plus appauvrie de l’Amérique, l’ONU ne fait qu’apporter un autre fardeau aux calamités du peuple haïtien.

Voilà donc la situation dans laquelle Haïti a commémoré les 208 ans d’existence comme Nation libre et indépendante. A cette occasion, comme à l’accoutumée, les autorités du pays se sont rendues aux Gonaïves, pour assister à la cérémonie religieuse et à la commémoration sur la place d’armes de la cité de l’Indépendance.

A la Cathédrale Saint Charles Borromée des Gonaïves, en présence du président de la République, Michel Joseph Martelly de sa femme, du Premier Ministre, Garry Conille et sa femme, les présidents du Sénat et de la Chambre des députés, respectivement Rodolph Joazile et Sorel Jacinthe, des Membres du gouvernement, des représentants du corps diplomatique et des membres de la population, l’Evêque des Gonaïves, Yves Marie Péan a délivré un long message centré sur l’amour du prochain, le partage, la paix, la fraternité, le sens de responsabilité de la part des dirigeants du pays. « Ce 1er janvier 2012 a été également un jour d’évaluation et de réflexion en profondeur pour nous Haïtiens, Haïtiennes, gouvernants et gouvernés. Il nous incombe d’évaluer et de réfléchir en profondeur sur la portée et la finalité de 1804. En 1791 un demi-million d’esclaves noirs, injustement arrachés à leur terre, l’Afrique, se révolta, s’unit, galvanisé par la devise « l’Union fait la Force » pour se débattre au milieu de trois grandes puissances européennes, combattre militairement et politiquement l’armée française et déboucher sur ce que nous appelons « l’Épopée de 1804. Aussi Haïti a pu devenir une Nation pour créer son propre État indépendant ; et depuis lors, ce que l’on croyait impensable, s’inscrit désormais dans notre réalité. Toutefois aujourd’hui encore, une question de fond se pose, qu’en avons nous fait ? » A déclaré Monseigneur Péan dans son Te Deum.

Monseigneur Yves-Marie Péan a encouragé, dans son homélie, les autorités du pays à mettre fin à la politique de mendicité et d’assistanat pour travailler à satisfaire les revendications de la population, tout en assumant leurs responsabilités historiques : « Nous vous exhortons donc à ne pas continuellement tout attendre en cadeau des autres : des routes et des ponts en cadeaux, des écoles et des hôpitaux en cadeaux, des bâtiments administratifs et religieux en cadeaux, des logements et des aliments en cadeaux, des forces de sécurité en cadeaux. Il n’y a aucune honte à accepter d’être accompagné et aidé. Nous l’avons été, tout comme bien d’autres peuples. Cependant, nous devons assumer notre responsabilité en prenant en charge, de manière résolue, notre présent avec notre avenir par de sages options et d’intelligentes planifications en vue de notre autonomie.

Pour parvenir à cette prise en charge nationale, nous avons besoin d’un climat de dialogue dans la vérité, de dépassement, de réconciliation, de tolérance, de cohésion sociale, de coopération digne et respectueuse. Tout cela contribuera à la stabilité sociale et politique de notre pays. Nous avons à prendre conscience que chacun de nous a sa part de responsabilité dans la situation qui est la nôtre. Aujourd’hui, heureusement on commence à prendre conscience de plus en plus que le problème haïtien, en plus d’être ce qu’il est, est un problème d’Homme. En effet l’Homme haïtien doit renaître, l’Homme haïtien doit se renouveler, se remettre comme dans un moule pour devenir un Homme nouveau animé par l’amour, par la justice, par l’harmonie, par l’honnêteté, par la Paix, la conscience de soi, à la fois individuelle et collective, et amené à se rendre compte de la nécessité de rompre avec un passé de brigandage, d’irrespect, de mépris des règles, du désordre généralisé, d’égoïsme et de vanité... »

La deuxième partie de cette commémoration s’est déroulée sur la place d’Armes de la Cité de l’Indépendance, où la grande foule était tenue à l’écart par les agents de la Police Nationale d’Haïti et les soldats des forces d’occupation de l’ONU. Le président Michel Joseph Martelly a prononcé un pauvre discours, vide de toute portée historique. « Nous tous haïtiens, nous commémorons l’anniversaire de la proclamation de l’indépendance de notre pays. Le 1er janvier 1804 la victoire acquise, la Nation était libre, indépendante, la guerre était gagnée. Voilà 208 ans que les canons se sont tus, mais d’autres guerres restent à gagner, d’autres combats à mener, d’autres objectifs à atteindre, j’en suis parfaitement conscient et j’ai la charge d’insuffler cette mouvance, cette vision d’un État moderne, respectueux des institutions, dévoué au bien-être collectif, stricte dans sa gestion du bien commun, ouvert à la coopération. Autour de nos 4 E, notre boussole, le gouvernement, continuera à oeuvrer pour que les choses changent, Oui il faut que les choses changent, ce qui fait qu’aujourd’hui, je suis très content, dans la ville des Gonaïves d’être debout aux côtés de Dessalines pour continuer la bataille pour qu’Haïti change.

Oui les canons se sont tus, mais la bataille continue. Ensemble, nous devons tous y mettre la main. Comme je vous l’avais promis, la Commission pour l’armée que le gouvernement a mise sur pied, m’a remis son rapport, et elle a aussi recommandé une nouvelle armée pour le pays d’Haïti. Une armée qui a chaque fois qu’il y aura une catastrophe naturelle, ira apporter le secours que nous attendons, une armée qui travaillera à sauvegarder l’intégrité territoriale dans un continent, où les menaces à la sécurité nationale sont nombreuses, menaces telles que le trafic de la drogue et le terrorisme. Nous allons soumettre ce rapport aux trois pouvoirs de l’État. Ces trois pouvoirs ensemble avec la société civile et le secteur des affaires vont tabler dessus, pour pouvoir prendre de bonnes décisions. La réforme de la police et la création de la nouvelle armée, sont deux choses qui doivent marcher ensemble et, nous demandons à tous les amis d’Haïti de nous aider pour que cela soit bien fait.

Mais 2012 apportera d’autres changements également, les élections qui viennent vont impliquer chaque section, chaque commune, chaque département, c’est ce qui va permettre au peuple, d’avoir de bons représentants qui vont défendre ses intérêts, réaliser la décentralisation, que tout le pays attend ; c’est comme ça que la démocratie va être établie et que les institutions vont être renforcées. C’est la seule façon, il n’y a pas d’autres routes pour que la reconstruction se fasse, pour que le développement du pays arrive, à travers la création d’emplois, de nouvelles entreprises, du développement de l’agriculture. Ce sont les nouveaux combats et défis, le combat pour l’éducation, pour l’environnement que nous tous haïtiens, pas seulement moi-même, que nous tous haïtiens, nous devons mener aujourd’hui. Je compte sur vous, je compte sur vous tous, mon peuple, pour, main dans la main, nous nous levions, pour qu’Haïti soit plus belle. Ce pays est trop riche pour être pauvre. Que le bon Dieu vous bénisse. »

Tel a été le discours du premier mandataire de la Nation, à l’occasion du
208e anniversaire de son Indépendance sous les bottes sales et indignes des occupants de l’ONU. Alors que dans l’acte de l’Indépendance, lu aux Gonaïves le premier janvier 1804, il est clairement dit que le peuple haïtien prononça le serment de renoncer à jamais à l’occupation étrangère, de mourir plutôt que de vivre sous la domination l’exploitation étrangère et de combattre jusqu’au dernier soupir pour l’Indépendance. Les généraux ont uni leur voix au peuple haïtien pour débarrasser le pays de la colonisation européenne. Tandis qu’aujourd’hui, les autorités du pays ont délibérément choisi de se mettre du côté des occupants pour détruire tout ce qui reste de l’Indépendance et de la dignité du peuple haïtien. Quelle honte!

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