Reconstruction: Ou allons-nous?

Editorial: Haiti progres, http://www.haiti-progres.com/suite_francais3.php

Dimanche le 8 aout 2010

Après avoir accepté, ou été forcé d’accepter, les autorités haïtiennes se plaignent que les Institutions Financières Internationales (IFI’s), comme la Banque mondiale (BM), le Fonds Monétaire International (FMI) etc., aient un contrôle quasi-total des fonds promis, ainsi que l’étude des projets, pour la reconstruction d’Haïti, « Nous ne pouvons pas payer le taux de commission qu’on nous demande. On ne peut non plus attendre que la Banque Mondiale prenne 6 à 7 mois pour évaluer un projet que nous lui envoyons,» a dit le Premier ministre Jean Max Bellerive, l’air dépité, le 28 juillet sur les ruines du Palais National.

M. Bellerive devrait avoir honte de lancer pareille phrase. Car, aucun dirigeant qui se respecte ne devrait être dans la position de soumettre des projets de reconstruction à aucun pays où institutions soumis à la politique/économique de Washington. Le président René Préval, le Premier ministre Bellerive et les autorités financières du pays ne connaissaient-ils pas les règlements internes de la BM ? Ne savaient-ils pas que ces institutions dépendent de l’Empire et par conséquents ne sont que des instruments de domination? Après avoir tout bradé, aujourd’hui M. Bellerive élève la voix. Comment interpréter cette attitude? Vu leur faillite avant et après le 12 janvier, le gouvernement tente de se dédouaner; et ceci, maladroitement.

En fait, ces autorités ont conservé la même attitude de soumission. Ils s’agenouillent face à ces institutions afin que celles-ci adoucissent leurs procédures. Mais, ils ne les dénoncent pas vraiment à l’opinion publique nationale et internationale. Car, M. Bellerive n’a même pas le courage d’indiquer le montant du taux de commission imposé par la BM. « M. Bellerive est agacé par le comportement des responsables de la Banque Mondiale tout en admettant la nécessité de verser un montant raisonnable à la firme chargée d’administrer les fonds alloués par les donateurs» (Métropole, 30 juillet). Vous acceptez que le diable vous dirige et vous voulez dans le même temps qu’il accepte vos propositions. N’est-ce pas là, avoir une attitude puérile !

Concernant la Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti (CIRH) dirigée par M. Bellerive et M. Clinton, qui est inopérante et silencieuse: le Premier ministre a indiqué que «la Commission travaille peut-être dans une trop grande discrétion….mais c’est obligatoire pour parvenir à un meilleur consensus avec nos partenaires… » En courbant l’échine à tout bout de champ, comment voulez-vous qu’on vous respecte? M. Bellerive a aussi expliqué que « la CIRH a obtenu des résultats. » Durant le début du mois d’août, le vice président de la Banque mondiale, la nouvelle directrice de cette institution, Sri Mulyani Indrawati, et la vice présidente pour l’Amérique Latine et les Caraïbes, Pamela Cox, seront en Haïti soit disant pour examiner les progrès réalisés depuis le 12 janvier et rencontrer M. Bellerive. On ne sait pas vraiment de quels résultats parle le Premier ministre. Il faut aussi demander quels résultats attendent ces fonctionnaires alors qu’à peine 8% des fonds promis ont été décaissés. Et, principalement à l’endroit des Organisations Non Gouvernementales (ONG).

Entre temps, Washington et les institutions internationales font pleuvoir les millions mais la terre d’Haïti est toujours sèche. Le Fonds International de Développement agricole (FIDA) vient d’annoncer des dons et des prêts, pour Haïti, estimés à 48 millions de dollars. Augustin Aguire, un administrateur de la Banque interaméricaine de développement (BID), chargé du dossier d’Haïti a annoncé au cours d’une courte visite dans le pays que l’institution dont il fait partie va augmenter de 137 millions de dollars son aide à Haïti. Et, il a en outre précisé que « ce montant vient s’ajouter à l’enveloppe de 200 millions déjà promise pour l’année 2010. » Nous sommes à moins de quatre mois de la fin de l’année. La population n’a aucune indication si ces 200 millions, ou une partie, sont rentrés dans les caisses de l’Etat. Si oui, qu’est-ce qui a été réalisé avec l’argent.

D’un autre côté, on apprend que le président nord américain Barack Obama vient de promulguer une loi, le vendredi 30 juillet, concernant différents engagements financiers de son administration d’un montant global de 59 milliards de dollars dont 2,9 milliards sont destinés à Haïti. Cela ne gêne nullement les dirigeants de l’Empire de faire des promesses ça et là. Ils savent que ces fonds n'arriveront jamais dans les pays concernés. Et, s’ils arrivent ils les prendront par des stratagèmes qu’ils ont inventés. Parallèlement, les dirigeants étasuniens ont indiqué avoir négocié, sans la présence d’aucune autorité haïtienne, l’annulation de 248 millions de dollars de dettes d’Haïti auprès des Institutions Financières Internationales afin, disent-ils, qu’avance le processus de reconstruction.

En parlant de reconstruction, le mercredi 28 juillet, à l’initiative de la Chambre américaine de commerce et de l’Association touristique d’Haïti, une conférence/débat a été organisée au Karibe Convention Center. Les dirigeants de ces associations ne voulaient pas rester en laisse. Ils voulaient faire part de leur point de vue sur la reconstruction du pays à certaines autorités, comme s’ils ne savaient pas que tout était déjà concocté. M. Lesly Voltaire, un protégé de M. Clinton et de M. Préval, leur a présenté le plan architectural du nouveau Port-au-Prince. Ronald Baudin, ministre des Finances, leur a expliqué qu’ « il s’agira d’abord de délimiter l’espace du centre-ville, puis de réhabiliter les infrastructures publiques, drainages, feux de signalisation, places publiques etc.» Et, pour donner un peu d’assurance à cette « élite » le gouverneur de la Banque Centrale Charles Castel leur a fait savoir que « tout va se faire selon les prescrits de la loi. »

Il est à remarquer que les 1.5 millions de gens vivant pendant la période cyclonique, sous ce qui reste de tentes et de bâches, ainsi que le reste de la population haïtienne, sont exclus du processus de reconstruction. Parallèlement, les autorités essaient de détourner l’attention avec un processus électoral vicié à la base. N’allons-nous pas tout droit vers une catastrophe ?