Stériles méfiances et panier à crabes

Écrit par Gary Victor, Le National, publié le 2 déc 2023 

S’il y a quelque chose qui ne se discute pas à part parmi les sinistres intéressés, c’est que le pays a besoin d’autres hommes, d’autres femmes à sa direction. On ne va pas s’enfermer dans des discours stupides comme le pouvoir aux jeunes ou bien le pouvoir aux femmes. Dans l’état de dégradation morale de notre société, le mal est partout. Comme dirait un humoriste africain bien connu, jeunes, femmes, vieux, on s’en fout ! Ce dont nous avons besoin, que jeunes, que femmes, que vieux, ce sont des gens honnêtes, compétents, qui ont l’amour du pays et surtout qui ne voient pas les choses en petit, cette mentalité misérable de chez nous, pour ne pas employer le terme kokoratisme. 

Cela ne sera pas facile de trouver ces gens dont nous avons besoin de toute urgence. Ce qui rend la tâche difficile, c’est cette terrifiante méfiance dans laquelle nous sommes tous englués. La politi-que est sale, dit-on. C’est vrai au regard de ce qu’on voit souvent. Mais, de toute manière, la poli-tique est nécessaire. C’est avant tout une manière de gérer les collectivités pour mettre en harmonie les différences, les intérêts divergents, pour le bien  de tout un chacun. Chez nous, partant de ce constat que la politique est chose sale, il y a une énorme énergie déployée pour dissuader tous ceux qui voudraient s’engager en politique. Certes, on peut comprendre cette méfiance, mais elle est totalement stérile. Si on dissuade tous ceux qui voudraient se présenter pour apporter leur quote-part dans la chose politique, on laisse le champ libre à la racaille. On a eu même la folie de donner le pouvoir aux « vagabonds ». Les bandits légaux, maintenant, sont nos assassins. 

Il faut se débarrasser de cette méfiance stérile. Si quelqu’un en qui on a un minimum de confiance décide de s’investir en politique, il faut au contraire l’encourager. Il faut que tout son entourage lui apporte son soutien. La méfiance doit être dans le suivi. Ne jamais laisser un candidat en politique seul. Ne jamais laisser l’impression à un élu qu’il peut faire ce qu’il veut en toute impunité. D’ailleurs, c’est le point faible de la démocratie représentative. C’est que pendant toute la durée de son man-dat, un élu s’il est une racaille peut se dire qu’il a le temps d’engranger. Il va même se préparer pour se faire réélire même en armant des gangs. C’est ce risque qu’il faut contrôler. Il faut que la société mette des balises pour que telles dérives ne se produisent plus. 

La seule méfiance qui consiste à mettre une barrière psychologique pour décourager quiconque d’aller en politique ne fonctionne pas. Elle peut s’assimiler aussi au panier à crabes. Il faut dire aussi que la racaille que nous connaissons s’accommode bien de ce dénigrement de la politique pour empêcher à tout ce qui n’est pas délinquant, tout ce qui est compétent, de s’approcher de la direc-tion de la République. 

Il faut vraiment revenir à l’engagement citoyen. À la confiance citoyenne.