Un après-midi au palais national
Par Valéry Daudier
Port-Au-Prince,le 8 Mars 2012
Le président Michel Martelly a finalement présenté au palais national des documents de voyage à la presse et au peuple haïtien, le jeudi 8 mars 2011. Pour « mettre fin aux suspicions » sur sa nationalité étrangère, le chef de l'Etat a soumis huit passeports haïtiens au groupe Religions pour la paix - non à la commission sénatoriale qui enquête sur sa nationalité. Le film des événements d'une fin d'après-midi de panique à Port-au-Prince.
Haïti: Jeudi 8 mars 2012. 2h30 p.m. Un grand vent de panique souffle sur Port-au-Prince. Le sénateur Joseph Lambert vient d'annoncer que le pays sera troublé dans les prochaines 48 heures. Une « grande conférence de presse » du président de la République est annoncée pour 4h p.m. au palais national. Le centre-ville de Port-au-Prince se vide. Des employés de la fonction publique ou des entreprises privées, des commerçants, des écoliers, s'empressent de rentrer chez eux.
Quelques minutes plus tard, le premier sénateur de l'Ouest, Steven Benoît, remue le couteau dans la plaie. Intervenant sur une station de radio de la capitale, le parlementaire invite la population à rentrer chez elle. Le vent de panique souffle beaucoup plus fort. Ceux qui ont été les plus réticents y croient. Ils rentrent également chez eux.
3h15. Palais national. Des travailleurs de la presse commencent à arriver. Des officiels du gouvernement également. Les sirènes de leurs tout-terrain blindés les identifient à distance. Les ministres démissionnaires sont présents au grand complet. Ils prennent place dans la salle de conférence.
Des membres du corps diplomatique débarquent. Les ambassadeurs de la France, des Etats-Unis, du Canada, du Venezuela, entre autres, sont remarqués. Les « amis d'Haïti » sont là. La représentante spéciale de l'Unesco en Haïti, ancienne gouverneure du Canada, Michaëlle Jean, est bel et bien présente également. « Beaucoup de grandes personnalités ! C'est une grande nouvelle, à ce qu'il paraît », chuchote un journaliste, impatient d'entendre le discours du chef de l'Etat.
Les minutes s'égrènent. Les invités continuent d'arriver, dont les autorités morales et religieuses de « Religions pour la paix ». Des catholiques, des protestants, des vaudouisants, des musulmans.
4h 44. Très en retard, le président de la République, accompagné de la première dame, des officiels du gouvernement et des amis, arrive. Les journalistes se bousculent pour placer leurs magnétophones. Michel Martelly, accompagné des ministres démissionnaires des Affaires étrangères, Laurent Lamothe (Premier ministre désigné), de l'Intérieur, Thierry Mayard-Paul, et des membres de Religions pour la paix forment le panel.
4h 47. Le porte-parole du président, Lucien Jurat, invite ce dernier à prendre la parole. D'emblée, le président salue toutes les femmes du monde entier, notamment les femmes haïtiennes pour leur courage, à l'occasion de la Journée internationale de la femme. Cet événement est en quelque sorte noyé dans la presse par la panique qui régne à Port-au-Prince, ainsi qu'au Cap-Haïtien. Continuer > Le président contextualise la conférence de presse. « Au cours d'une rencontre que j'ai eue avec les autorités morales et religieuses du pays formant Religions pour la paix, elles m'ont demandé de faire un geste au profit du pays, pour mettre fin aux suspicions, pour que tout le monde puisse vivre paisiblement et pour que je puisse continuer à travailler pour le peuple (..) », indique le chef de l'Etat.
« J'ai accepté de soumettre aujourd'hui tous mes documents de voyage à ces autorités morales et religieuses. Je crois qu'en faisant ce geste de transparence en présence du peuple haïtien qui est mon seul chef, et devant le monde entier, je prouverai une fois de plus ma bonne foi. Je prouverai également que Michel Joseph Martelly, président que je suis, ne sait pas mentir. Je suis haïtien « natif natal, tèt kale », déclare le président.
« Je souhaite qu'un tel geste soit un exemple pour toutes les institutions du pays (...) Que Dieu bénisse Haïti, tous ses dirigeants sans exception. Qu'il leur donne de la sagesse et de la sérénité », ajoute le chef de l'Etat, invitant les journalistes à vérifier ses huit passeports haïtiens étalés sur la table. Le plus ancien passeport présenté a été émis en 1981 et le plus récent en 2012.
Les journalistes défilent, vérifient, filment... Le président en profite pour rejeter les accusations du sénateur François Anick Joseph selon lesquelles il aurait voyagé le 21 novembre 2007 avec un passeport américain. Michel Martelly invite les journalistes à vérifier son passeport haïtien marqué du sceau de l'immigration à cette date.
Assuré de son effet, le président de la République invite l'ambassadeur des Etats-Unis à se prononcer sur l'éventualité de sa nationalité américaine. Un silence règne dans la salle pour quelques secondes. Cette invitation du président surprend quand l'on sait que le diplomate américain n'a pas voulu se prononcer sur ce sujet.
« Le président n'est pas américain, il est Haïtien »
L'ambassadeur Merten s'explique. « Tout le monde sait que les lois américaines sur un tel sujet sont très strictes. Je n'ai pas droit de discuter des dossiers de qui que ce soit, sans la permission de la personne concernée. Etant donné que le président vient de me le demander, je peux vous dire que le président n'est pas américain, il est Haïtien », déclare le diplomate, sous des tonnerres d'applaudissements. M. Merten souligne que le président avait remis sa carte de résidence américaine après son élection.
Après ces déclarations, la vanne de commentaires s'ouvre dans la salle. Des pour et des contre. Certains se questionnent sur les suites de ce dossier. « Ce sont les conditions de vie du peuple haïtien qui nous intéressent (...). On veut avancer », conclut Michel Martelly après le point de presse qui invite la population à garder son calme.
Et la panique s'arrête là...


