Par Juan Diego Nusa Peñalver, Haiti Liberté, édition du 21 au 27 Septembre 2011
Malgré les assauts du puissant ouragan Irene, le premier de l’actuelle saison cyclonique qui a frappé durement la région nord d’Haïti, provoquant le décès de deux personnes, quatre blessés, et 1 000 évacués, entre autres dégâts, on n’a pas enregistré de poussée de la maladie, ni de foyer actif de choléra, ni d’augmentation brusque des diarrhées aigües associées aux pluies intenses du phénomène atmosphérique.
Après le passage d’Irene, les groupes de dépistage actif de notre brigade médicale ont multiplié les actions éducatives et préventives contre la maladie dans cette région haïtienne pauvre, sèche et aride, qui comprend les départements Nord, Nord-Est, et Nord-Ouest.
Les groupes de dépistage ont examiné jusqu’à aujourd’hui 2 920
420 personnes, parmi lesquelles 5 512 étaient contaminées par le choléra, et qui seraient mortes faute d’avoir reçu le traitement adapté.
Le Dr Rolando Altalluz Estrada, un jeune médecin péruvien formé à l’École latino-américaine de médecine de La Havane se trouve parmi les membres de ces petits groupes qui, sac à l’épaule, parcourent la géographie montagneuse haîtienne et réalisent des dépistages dans la commune de Ouanaminthe, à la frontière avec la République dominicaine. Il est accompagné dans son travail par Elena Cardeso Batista, une infirmière d’Holguin. « Cet apprentissage m’a permis de grandir professionnellement, le fait d’aider un peuple frère et d’apprendre à connaître sa culture et sa langue », explique le Dr Altalluz.
Dans le quartier marginal de Cité Plante, où la misère est omnipresente, il est chargé du centre de traitement du choléra à Ouanaminthe, et dans sa consultation il s’évertue à rassurer les inquiétudes du père de la petite Éliane Seliko, âgée de 5 ans, à laquelle il a diagnostiqué une diarrhée aigüe mais pas le choléra. En 20 jours, ils n’ont soigné que deux cas de personnes contaminées.
Les moments critiques de l’épidémie sont passés, lorsqu’on a diagnostiqué
1 464 malades en janvier dernier. Ce nombre a diminué à moins de 20 en juin et en juillet, a dit au journal Granma la Dr Maritza Hernandez Valdés, une jeune femme originaire d’Artemisa, responsable de notre brigade dans le Nord-Est.
Après le passage de l’ouragan Irene, le taux de mortalité de la maladie ayant diminué, il a été décidé de fermer le centre d’Ouanaminthe, un des trois derniers sur les 23 que notre personnel sanitaire avait mis en place.
Le dépistage continue, de même que les soins aux personnes malades dans les 33 unités de traitement de la maladie installées par nos collaborateurs de la santé dans ce pays.
De plus, le dernier groupe de renfort du Contingent international de médecins spécialisés en situation de catastrophes et de graves épidémies Henry Reeve est proche du retour.
Un an après le signalement des premiers cas, le 15 octobre 2010, le choléra a déjà touché 428 785 personnes, dont 6 194 sont décédées, pour un taux de mortalité au plan national de 1,44 %.
Le Dr Lorenzo Somarriba, chef de la Mission médicale cubaine en Haïti, a confirmé à Granma que la maladie était entrée dans sa phase endémique depuis la dernière semaine d’avril et il signale que le nombre de personnes contaminées s’est maintenu dans la cadre des pronostics, mais pas la mortalité, qui s’est révélée supérieure, du fait que les autres acteurs impliqués dans cet effort n’ont pas respecté toutes les mesures de prévention, de diagnostic et de traitement adapté. « La brigade médicale cubaine, qui a déjà soigné plus de 75
600 malades du choléra, affiche un taux de mortalité cumulée de 0,36 %, quatre fois inférieur à l’indicateur national », a-t-il expliqué.
Après avoir confirmé qu’en ce moment les poussées isolées de la maladie sont contrôlées, il a rappelé que l’épidémie de 1991 au Pérou s’était étendue à 16 pays d’Amérique et qu’on avait signalé des cas pendant les dix années suivantes. « Notre brigade insiste sur le travail des groupes de dépistage actif, sur les actions éducatives, la prise en charge immédiate des cas qui arrivent à nos unités, le traitement de leur entourage et le contrôle de foyer infectieux pour couper la chaîne de transmission. C’est ainsi qu’on évite la propagation d’une maladie qui tue annuellement plus de
100 000 personnes dans le monde » a-t-il conclu.


