Un président convalescent singulièrement vigoureux et volubile

Un président convalescent singulièrement vigoureux et volubile

Par Fanfan La Tulipe,Haiti Liberté,le 8 Mai 2012

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Hier après-midi, lundi 30 avril, à l’émission Haïti Débats animée par le fougueux et bouillant présentateur Gary Pierre-Paul Charles, j’ai eu l’opportunité d’entendre les propos de Martelly, juste après sa sortie d’un hôpital à Miami où il aurait été traité pour une embolie pulmonaire. Gary, le roi des scoops, s’était rendu en Floride, aux frais de la radio Scoop FM, a-t-il précisé, pour avoir la primeur d’une rencontre avec le président «convalescent ». Gary qui n’est pas un pye kout s’est arrangé pour prendre les devants, couper l’herbe sous les pieds de journalistes réputés proches du pouvoir ou sympathisants du musicien devenu président et jeter un peu de poussière dans leur sòs pwa. Bon coup, bon scoop. Bravo Gary !

Avant de continuer, je voudrais préciser que la retransmission de l’émission plus haut mentionnée était entrecoupée par moments, de sorte que je n’ai pas pu tout capter. Gary a, paraît- il, rencontré Martelly au Ritz Carlton de Miami dans le cadre d’une réunion politique intime du président avec quelques rares personnalités proches de lui : le PM désigné Laurent Lamothe, le super ministre Thierry Mayard Paul, le sénateur-docteur Kelly Bastien, le sénateur John Joël. Gary n’a pas manqué de signaler sa présence insolite à cette rencontre de haut niveau. Bizarre quand même. Est-ce du théâtre, style Martelly ? Est-ce que cette «insolitude» du journaliste n’a pas été calculée ? Gary a-t-il été victime d’un montage ou s’y est-il prêté? On ne saurait le dire. Afè nèg pa piti, c’est leur façon de brasser qui porte à réfléchir, d’autant que Gary a tenu à insister qu’il était le seul journaliste présent. Même le sirupeux, précieux et obséquieux Jura n’a pas eu cet honneur.

Il ne m’a pas semblé que Gary ait jamais mentionné le nom de l’hôpital où était «soigné» le président. Bizarre quand même pour un journaliste aussi pointu et acéré. De façon surprenante, Martelly a été plutôt laconique sur son hospitalisation. Et si je ne m’abuse, il avait nommément dit qu’il ne voulait pas en parler. N’est-ce pas bizarre ? Pourquoi n’avoir pas donné en primeur à Gary un Bulletin médical signé des médecins soignants. Pourquoi n’avoir pas exhibé un résumé de dossier que ses médecins traitants (haïtiens par surcroît) auraient pu facilement lui préparer ? Son trophée d’exéat, quoi ! Après tout, il avait bien eu huit passeports dont l’un de 33 pages, sans doute préparé à la hâte et dans la confusion.

Monsieur a préféré parler dossiers. Bizarre qu’un président ait voulu parler de dossiers importants dans le cadre d’un hôtel, juste après un exéat de l’hôpital, alors qu’il entre en convalescence. Ce n’était sans doute pas le lieu, ni le temps non plus. Bizarre surtout en présence d’un journaliste, connu par surcroît pour ne pas être du sérail de Tèt kale. A la limite on comprendrait que pareil «honneur» fût accordé à un journaliste de Signal FM, le docteur Harrison Ernest par exemple, ou Frantz Exantus. Mais laisser un homme de la presse autoproclamé neutre, critique (même «équilibré») de Martelly, approcher le président discutant de dossiers «zenportants», n’est-ce pas suspect ? Quelle est donc la grosseur de cette rose anguille tapie sous la roche à menteries de Martelly.

Honnêtement, j’avoue n’avoir pas bien compris pourquoi Gary insistait sur le fait que Scoop FM avait payé ses frais de déplacement et (implicitement) de séjour en Floride, pourquoi il élaborait sur le côté normal de telles pratiques en milieu journalistique, pourquoi il sentait le besoin de clarifier qu’il fût au-dessus de tout soupçon, nèg tèlman malpalan, avait-il presque voulu dire. Pourquoi cette sorte d’embarras, de gêne, de malaise frôlant un léger sentiment de culpabilité ? Le trouble ainsi exprimé fait surgir des doutes, des interrogations dans l’esprit de l’observateur averti. Si c’est «normal », alors pourquoi le dire, j’ai failli dire que c’est comme un pléonasme. Mais le Petit Robert m’a vivement conseillé de ne pas m’aventurer sur les terrains pléonasmiques, encore moins miasmiques.

Oui, Monsieur le président voulait parler dossiers. Mais avant d’y arriver permettez-moi de souligner que pour un homme «convalescent», sa volubilité, son exubérance, sa vigueur, son enthousiasme, sa verve débordante même «débondante» à aborder de «grands dossiers» du pays m’a beaucoup intrigué. Est-ce du tout cuit qu’on servait à Garry qui a peut-être pensé que c’était mal cuit ? Un tchaka post médical avec un arrière-goût de mercurochrome ou de teinture d’iode. Est-ce qu’une répétition antérieure sous l’oeil vigilant du Premier ministre désigné, un homme de dossiers dit-on, n’aurait peut-être pas préparé le président à cet étalage de connaissances et de maîtrise de dossiers pour un bel effet de théâtre qui a pu subjuguer Gary?

Médecin, je m’imagine, non, je sais, oui je sais qu’un malade à peine sorti de l’hôpital, se rétablissant surtout d’une embolie pulmonaire n’est pas encore gaya, j’aurais pu tout aussi bien dire qu’il n’est pas encore gaillard, c’est la même chose, pas vrai ? Du pase pran m a pase rele w. Non, on ne revient pas ainsi miraculeusement d’une «embolie» pulmonaire, grâce aux prières montées jusqu’au Grand Maître, et puis tout de suite sorti de l’hôpital plancher sur des dossiers «sérieux ». On devra revoir les manuels de physiologie cardio-pulmonaire. Bagay yo grav.

Au tout début de cette «planchaison » sur les dossiers, le sénateur Kelly Bastien confondu devant ce miracle de la Providence a jugé bon de suggérer au président l’idée d’une «conférence nationale sur l’environnement». Gwo mo k tiye ti chen. Imaginez depuis combien d’années Bastien est sénateur de la République, et c’est aujourd’hui qu’il propose dans une salle d’hôtel à un «convalescent» une telle conférence. N’est-ce pas s’être foutu de la gueule de Gary ? Car assurément ces coquins avaient déjà bien préparé leur petit scénario, assuré que Pierre Paul Charles, aussi théâtral qu’il est, aussi dramatique, aussi pathétique qu’il est, ferait un très bel effet de propagande surtout avec sa façon très française de rouler ses r et ses fiévreux emportements au micro. Brrrrrrrrrrrrrr !

Le sénateur John Joël ne voulant pas être en reste avec le dossier de l’environnement a suggéré de faire appel à la CNE, du moins ce qui doit en rester après le passage cyclonique de Jude Célestin dans le coin. Je ne me souviens plus de ce qu’a dit Martelly pour korer Joël, mais ayant bien appris sa leçon (comme Fanfan), li debonde. Or nous savons bien que c’est du parler en pile met atè. Or c’est chaque jour que j’entends mes compatriotes se plaindre à Radio Caraïbes de l’état des routes sans oublier Jean Monard Métellus lui-même, l’animateur du programme Intersection, qui en voit de toutes les couleurs avant d’arriver à la station de radio tellement les routes sont inondées, crevassées, bloquées. Un vrai cauchemar au quotidien.

On dirait que lors de cette encontre au sommet, Gary était dans le secret des dieux laurent-lamothiens. Il a tendu à Martelly la perche du deuxième dossier portant sur les marchés publics. L’ex-musicien a sauté dessus pour se lancer dans un vrai saut démagogique. Selon les lois en vigueur, l’Etat ne peut faire aucune dépense au-delà de 70.000 dollars sans passer par les appels d’offre qui prennent en moyenne un an pour se concrétiser. Imaginez, la présidence a besoin de commander une flotte de
4X 4 pour la sécurité du chef de l’Etat valant $ 400.000, elle doit attendre un an avant que l’argent soit disponible. Voilà le président en potentiel danger de mort. Un président dans les cas, un pays ki nan ka.

Et Martelly de commencer alors son petit laïus sur les marchés publics qui sans doute sont un frein à la corruption et une occasion d’opérer dans la transparence mais sont aussi un frein à ses ambitieux projets pour le peuple. Peuple, do w laj pas oun laye. Or Martelly a hâte de faire atterrir ses projets d’éducation (Ha Ha Ha!). L’argent prélevé sur les appels téléphoniques et les transferts de fonds, argent géré par Gwo Soso -- dit-on -- ne suffit pas à remplir pas le tonneau des Danaïdes de la famille et de la belle famille de Martelly. Il faut en trouver davantage et vite pour faire enfin démarrer le pays selon la vision de développement de Martelly tel que préconisé par la USAID et le FMI.

Gary comme par enchantement amène sur la table un troisième dossier, sans doute ficelé à l’avance, celui de la contrebande. Par ces temps martello- kolanguiettants, le journaliste «ose» dire au premier mandataire que les contrebandiers sont autour de lui. Calixte Valentin ? le conseiller de Martelley, devait penser le malin journaliste. Mais le président prompt comme l’éclair a fait éclater l’orage de la justice qui doit décider. S’il faut en croire Martelly qui suivait l’affaire valentinement de son lit d’hôpital, son conseiller aurait été porter plainte devant qui de droit. Le méchant commissaire de gouvernement en aurait profité pour coffrer Calixte Valentin. Pauvre Vava ! Martelly encaisse mais précise :« [pa gen] okenn mounn ki te mandate pou al fè kontwòl sou dwàn la».

N’empêche, Martelly dit avoir les yeux sur les contrebandiers et même sur ceux qui sont supposés les châtier
(ou les ?châtrer). Qu’il s’agisse du ministre de la Justice, des Directeurs de douane, du Commissaire du gouvernement, le couperet présidentiel est tombé sec: «se veye m ap veye yo». Pour parodier une chanson sous Lescot je chanterais volontiers : si gen yon moun ki renmen pèp la, se prezidan Micky, se li ki ban nou lajistis ala yon bon gason, an nou rele Mèsi Papa Micky». Vite le dossier des militaires démobilisés a été ouvert. Selon Martelly : «se Brunache, Gédéon, Delva, Andresol ki te responsab pou pran desizyon». Comme ils ne l’ont pas fait « m ap deloje yo » (les militaires).

La démission de Conille ? Martelly dit qu’il n’en est pas responsable. Un peu plus il aurait dit : ni de près ni de loin. Mais son bon ange lui a conseillé de tenir sa langue. A ce qu’il paraît le président aurait changé. Il ne serait plus Sweet Micky, il est aujourd’hui Michel Joseph Martelly. Puisqu’il a changé, les gens peuvent changer aussi, se mettre au travail, s’aider sans emmerder le président, sans le critiquer à tort et à travers. En filigrane on peut lire : plus de koulanguiettage et de tuipage. Ou tande Arnel Bélizaire ? Ou tande Scoop FM ? Vos mères sont à l’abri.

Gary a-t-il raté alors sa chance de demander quelques vraies bonnes questions à Martelly ? Sa vraie nationalité, les marchés publics
(parlons-en) tel que gérés par Bellerive, le scandale des 2.5 millions offerts par Bautista, la restitution de cette distinction de l’Ordre du Mérite de Duarte, Sanchez y Mella au Grade de Grand Croix Plaque d’Or. La nature bouillante, fougueuse, survoltée, pathétique, théâtrale au micro de Gary Pierre-Paul a-t-elle été instrumentalisée par Martelly pour un effet boeuf de propagande ? Si oui, ce serait un vrai tour de cochon.