Une forte majorité se rallie à Laurent Lamothe

Une forte majorité se rallie à Laurent Lamothe

Jean Pharès Jérôme,Le Nouvelliste,Port-au-Prince le 3 Mai 2012

http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=104806&PubDate=2012-05-03

Les députés de la 49e législature ont, sans surprise, ratifié le choix de Laurent Lamothe à une majorité écrasante dans la soirée du jeudi 3 mai 2012. 62 députés ont ratifié son choix, trois ont voté contre tandis que deux se sont abstenus.

Haïti: « Le rapport est adopté, le Premier ministre désigné est ratifié », a lancé le député Levaillant Louis-Jeune sur un ton laissant apparaître de la fatigue dans sa voix. Le vote s'est déroulé à la Chambre basse peu avant minuit après des heures de débats.

L'ambiance était surchauffée au lancement des débats surtout après la déclaration du député d'Aquin Fritz Gérald Bourjolly qualifiant la séance de ratification du choix de Laurent Lamothe à la Chambre des députés de mise en scène. Si certains de ses collègues, a-t-il révélé, ont reçu comme des sénateurs de l'argent pour voter en faveur de Laurent Lamothe, d'autres ont été monnayés pour voter contre lui.

« Je souhaite la création d'une commission d'enquête pour faire la lumière sur les déclarations du député Bourjolly », a suggéré le député Jean René Lochard avant d'inviter ses collègues à voter en faveur de Laurent Lamothe. Une suggestion qui n'a pas précipité la séance.

Il a fallu le dynamisme du président du bureau, le député Levaillant Louis-Jeune pour ramener l'ordre dans l'Assemblée. Son dynamisme a été salué par plusieurs de ses collègues. Après un court huis clos, les débats ont été repris dans l'ordre et la discipline. Les députés pour et les anti-Laurent Lamothe ont, tour à tour, gravi la tribune pour apprécier le rapport de la commission spéciale chargée d'analyser les pièces de Laurent Lamothe, lequel recommandait un vote favorable à ce dernier.

« C'est un rapport bâclé », a lancé le député Arnel Bélizaire, qui a vertement critiqué le dossier de l'éventuel successeur de Garry Conille. Des points d'ombre, a-t-il indiqué, sont relevés dans le rapport de la commission. « On doit attendre les explications de Laurent Lamothe sur les points d'ombre relevés dans son dossier avant de se prononcer sur son cas », a indiqué le député de Delmas/Tabarre. Avant lui, le président du bureau, Levaillant Louis-Jeune, avait émis des doutes sur la qualité du rapport préparé à la va-vite par la commission. « Le rapport comporte effectivement des irrégularités », a reconnu le député Descolines Abel, membre de la commission.  Continuer >

Il n'y a pas que le député Arnel Bélizaire qui a tiré à boulets rouges sur le rapport de la commission spéciale des députés. « Laurent Lamothe n'est pas éligible au poste de Premier ministre », a fait savoir, pour sa part, le député des Gonaïves, Sadrac Dieudonné, avant de se demander par quel artifice la commission a pu démontrer que Laurent Lamothe a satisfait aux exigences de l'article 157 de la Constitution. « Il n'y a pas de doute que Laurent Lamothe est un Haïtien d'origine et il est âgé de plus de 30 ans, a indiqué le parlementaire. Voilà les seules conditions auxquelles a satisfait le Premier ministre désigné.»

Pour le député Sadrac Dieudonné, Laurent Lamothe n'a manifesté aucun intérêt pour les affaires du pays. Car, a-t-il ajouté, M. Lamothe n'a de résidence dans le pays, ni ne jouit de ses droits politiques pour avoir retiré sa carte d'identification nationale récemment. En plus, l'intéressé a songé à se mettre en règle avec le fisc seulement après sa désignation comme Premier ministre, en mars dernier.

« Comment quelqu'un qui ne paie pas ses taxes va pouvoir contraindre les autres à le faire ?, s'est interrogé le député Saurel Jacinthe, qui a demandé à ses collègues du Groupe parlementaire du renouveau (GPR) de voter contre Laurent Lamothe. Un autre député du même bloc lui a succédé à la tribune pour solliciter un vote favorable à l'ancien tennisman haïtien. La voix de l'ancien président de la Chambre basse n'a pas été entendue puisque seulement trois députés ont voté contre Laurent Lamothe.

Le député de Croix-des-Bouquets, Jean Tholbert Alexis, s'est révélé comme l'un des meilleurs défenseurs de Laurent Lamothe. Le parlementaire a fait remonter dans sa mémoire toutes les formules et recettes juridiques nécessaires pour prouver que M. Lamothe satisfait aux exigences de l'article 157 de la Constitution. « Aujourd'hui un Premier ministre est ratifié sur la base de négociations, pas sur la base de la l'article 157 de la Constitution », a martelé le député de Gros-Morne, Fritz Chéry. Le cas de l'ancien Premier ministre désigné Eric Pierre, dont la candidature a été rejetée sur la base d'une prétendue confusion dans son nom et le récent cas de Bernard Gousse, a-t-il expliqué, en sont la preuve.

Les arguments présentés par les députés défavorables à Laurent Lamothe n'ont pas pu faire bouger la majorité acquise à la cause de Laurent Lamothe. Celui-ci doit présenter la déclaration de sa politique générale devant les deux Chambres séparément avant de prêter serment comme Premier ministre. Cette dernière étape ne devrait être qu'une simple formalité.