Une pétition pour exiger de la France le remboursement des rançons imposées à Haïti pour son indépendance

Écrit par Charilien Jeanvil, Alter Presse, 15 mars 2025 

Le Comité national pour les restitutions et les réparations (Cnrr) a initié une pétition en ligne, deman-dant à la France de rembourser à Haïti les rançons qui lui ont été imposées en 1825 par le roi Charles X pour son indépendance acquise le 1er janvier 1804, selon les informations obtenues par l’agence en ligne AlterPresse. 

Ces niveaux de rançons, présentées comme des compensations indemnitaires, avaient été exigés 21 ans après l’émancipation d’Haïti, le 1er janvier 1804, du régime esclavagiste de l’empire français. 

« Il est venu le temps pour le peuple haïtien, dans toutes ses composantes, femmes et hommes, enfants, jeunes et vieux, ouvrières et ouvriers, paysannes et paysans, citoyennes et citoyens de tous les coins du pays et à travers le monde, de s’unir autour de cette question », justifie le cnrr. 

Il faut aussi s’associer à toutes les femmes et à tous les hommes de bonne volonté du monde, les Afrodescendantes et Afrodescendants, les Caribéennes et Caribéens, les Américaines et Américains (du Nord, du Centre et du Sud),les Africaines et Africains, les Européennes et Européens, afin d’exi-ger le remboursement à Haïti de cette forte somme soutirée d’une république naissante. 

Le Cnrr souligne combien « la demande de restitution à la France représente un mouvement de jus-tice, d’équité et d’humanisme envers les centaines de milliers de femmes et d’hommes esclava-gisé-e-s qui ont été exploité-e-s, abusé-e-s, maltraité-e-s, humilié-e-s et tué-e-s pendant 3 siècles ». 

« Cette dette inique et injuste que l’Etat haïtien a fini de payer en 1946, cette rançon entraînera des conséquences graves sur le développement du pays ajoutées à celles de l’entreprise coloniale-es-clavagiste dans son ensemble ». 

« Cette infamie doit être corrigée et réparée par la restitution de la France à Haïti des 90 millions de Francs or en dizaines ou centaines de milliards d’Euros actualisés, avec les intérêts et dommages composés », estime le comité national pour la réparation et la restitution. 

?Il invite les dirigeants français et haïtiens à « régler, dans les meilleurs termes et dans un court délai, ce différend de pillage caractérisé, d’infamie suprême et d’inhumanité flagrante ». 

Cela représentera une opportunité pour les deux pays de se réconcilier avec leur histoire et de re-trouver leur dignité, fait remarquer le Cnrr, parlant de « deux pays ayant grandement contribué à l’avancement des droits humains ». 

« Ce remboursement s’avère nécessaire pour sortir Haïti de « l’assistance internationale mortelle », qui ne sert qu’à renforcer la misère du peuple et ses conditions de vie pénibles », souligne-t-il. 

Ces fonds constitueront de véritables leviers de développement et de changement des conditions de vie des paysannes et paysans, descendantes et descendants direct-e-s des esclaves cultivatrices et cultivateurs et de nos concitoyennes et concitoyens les plus pauvres des villes, issu-e-s, elles et eux aussi, du monde rural », insiste le Comité national haïtien sur les restitutions et les réparations. 

Cette année 2025 marque les 200 ans depuis qu’Haïti a été forcée, par le roi Charles X de l’empire français, de payer 150 millions de francs or, réduit à 90 millions par la suite en 1838, rappelle le Comi-té national pour les restitutions et les réparations. 

La jeune république noire indépendante d’Haïti n’a épongé cette rançon colossale que jusqu’en 1946. Ce qui a impacté négativement le développement du pays, déjà éventré par le système de colonisation déshumanisant et d’esclavage brutal, ajoute-t-il. 

Une étude, publiée en février 2023, par le journal « New York Times, avait évalué la dette envers Haïti entre 21 et 115 milliards de dollars. 

En ajoutant plus 200 ans d’intérêts, dont la France a bénéficié, le montant de la dette s’élèverait donc à 150 milliards, 200 milliards ou plus, a estimé la Docteure en anthropologue, la professeure Jemima Pierre, à l’occasion du forum permanent de l’Organisation des Nations unies (Onu) pour les personnes d’ascendance africaine (Pfpad), déroulé du mardi 16 au vendredi 19 avril 2024 à Genève (Suisse). 

Le 29 janvier 2025, à Paris (France), le coordonnateur du Conseil présidentiel de transition (Cpt), Leslie Voltaire, et le président français, Emmanuel Macron, ont brièvement discuté de la restitution de la rançon imposée à Haïti par la France au XIXe siècle, après son indépendance en 1804. 

Selon une note du Cpt, Macron a remis cette question de restitution et de réparations à l’ordre du jour. 

Tout en exprimant sa volonté d’aborder cette question mémorielle avec transparence et méthode, le chef d’État français avait également convenu avec Voltaire d’une rencontre à Paris, le jeudi 17 avril 2025, afin d’y faire une annonce d’envergure. 

Un groupe de travail a été créé, en mai 2024, par le Conseil exécutif de l’Université d’État d’Haïti (Ueh) sur la problématique de la restitution de la rançon de l’indépendance, imposée à Haïti, ainsi que les rançons versées aux XIXe et XXe siècles.