Une reprise en main pour que rien ne change !

Écrit par Berthony Dupont, Haïti Liberté, édition du 15 au 21 mai 2024 

Ce n’est nullement l’intention de l’hebdomadaire Haïti liberté de se présenter comme un oiseau de mauvais augure ni d’être une porteuse de mauvaises nouvelles, pendant que d’autres se réjouis- sent dans l’allégresse, applaudissant même l’arrivée du sauveur suprême, suite au débarquement d’armements militaires américains à l’aéroport international pour préparer le déploiement des forces occupantes de la Mission Multinationale d’Appui à la Sécurité en Haïti (MMAS). 

Le journal, cependant, a une certaine responsabilité morale et politique à défendre, et qui fait même partie de son étendard : Justice, Vérité, Indépendance. Il faut avoir du courage, non seulement pour chercher la vérité mais aussi la propager. En aucune circonstance, Haïti Liberté ne saurait cacher une quelconque vérité, même quand celle-ci blesse et fait mal à certains. 

D’ailleurs, nous ne possédons pas une boule de cristal pour découvrir comme un devin ce qui va se passer dans l’avenir; mais vu notre expérience et grâce à notre capacité d’analyse basée sur la lutte de classe, nos points de vue sur la conjoncture politique haïtienne se sont révélés en maintes fois corrects et justes. 

N’en déplaise à ceux qui se laissent émerveillés par les bruits ronflants des moteurs des avions américains remplissant leurs têtes d’espoir que la population va retrouver son sourire d’antan. Il faut constater que la bourgeoisie se sent aujourd’hui plus fière et plus forte que jamais puisque la majori-té de ces laquais occupent le pouvoir exécutif. Il suffit de parcourir la presse capitaliste et jeter un coup d’oeil sur les réseaux sociaux ces dernières semaines pour découvrir une série d’extraits éloquents montrant à quel point leurs visions sont totalement basées sur des prémisses erronées. Leur désir de voir le règne américano-impérialiste se perpétuer au lieu d’être diminué illustre qu’ils sont pour la plupart des médiocres objectivement au service de leurs maîtres-patrons. 

L’histoire nous montre une fois de plus  « qu’il ne faut pas juger les politiciens haïtiens à travers leur discours, mais à l’aune de leurs actions » Désormais, nombreux d’entre eux se perdent dans des pratiques qui sont contraires à leurs premières paroles. C’est malheureux de voir que ces groupes : Accord du 21 Décembre, Accord Montana, Fanmi Lavalas, Pitit Dessalines, Collectif du 30 Janvier, PHTK, EDE/RED se sont unis pour partager le gâteau du pays. L’adoption d’un tel amalgame de front unique implique que ces organisations renoncent à leur autonomie, leur programme et leur action pour ne servir que la cause impérialiste. 

En ce qui concerne les Etats-Unis d’Amérique, s’ils continuent de soutenir des dirigeants totalement discrédités et le développement d’une crise sans précédent en Haïti, c’est pour combattre la majo-rité de la population réclamant un changement radical tant dans la forme du gouvernement que dans le contenu de la politique vis-à-vis de la société. En réalité, ils évoquent le prétexte des gangs pour endosser la responsabilité du malaise engendré par le système de prédation. La promotion de cette nouvelle occupation est pour masquer le complot qu’ils ont d’abord tramé et dirigé ensuite contre le mouvement de masse de façon à éterniser la catastrophe sociopolitique dans laquelle la popu-lation est plongée. 

Le déploiement militaire annoncé, à l’instar de tous les autres antérieurement ne va rien bouleverser, voire changer la vision et le comportement de l’impérialisme en Haïti. 

Il faut tirer les leçons de la Minustah (Mission des Nations-Unies pour la Stabilité en Haïti) qui a bel et bien accompli sa fonction. Elle avait pour principal objectif de réaliser toutes les transformations ima-ginées dans une logique néolibérale permettant d’éliminer toute possibilité de fierté, de dignité et de souveraineté nationale d’Haïti. Cette énième mission va obéir à la même logique et va complémenter à la lettre le gigantesque plan d’agression perpétuelle pour mieux nous asservir. Il était devenu im-pératif de trouver un moyen qui détournerait les masses des problèmes réels. Ces nouvelles acro-baties ne peuvent que cacher la démagogie des classes dirigeantes et de la bourgeoisie qui avaient placé tous leurs espoirs et en continuant avec le même dessein de miser sur le système capitaliste sous le fallacieux prétexte de réformer le pays. 

La question maintenant est de savoir si nous avons affaire à un processus de changement radical ou de caractère superficiel. Nous connaissons la réponse. Jamais l’impérialisme ne porterait dans son sein un changement qui soit dans l’intérêt des masses ouvrières. Ce serait naïf de croire que l’impérialisme pouvait être catalyseur de changement dans un pays qu’il contrôle politiquement. Au contraire, son but partout est la poursuite de la désorganisation des peuples en produisant le chaos. Dans le cas d’Haïti, le rôle de l’impérialisme de tout temps a été et restera : la déstabilisation à outrance. L’on est dans la continuité. Le statu quo  ! Et ce n’est pas par hasard, que le programme indispensable du CPT (Conseil Présidentiel de Transition) est d’organiser des élections, car le vrai motif est de régénérer les mécanismes de reproduction du système de prédation. Evidemment, une telle démarche ne rime guère avec une amélioration des conditions de vie des masses populaires. 

Dans la crise actuelle, l’impérialisme a tout bonnement changé de tactiques. Une chose est certaine, on ne peut pas dire qu’il est l’ennemi principal d’un courant et l’ami privilégié d’un autre, puisqu’il a mis tous ces crabes de la politique politicienne haïtienne dans un même sac pour les avilir en tant que fossoyeurs. A la seule différence, tout de même, il ne fait que présenter la marchandise sous un nouvel emballage. Il a sacrifié l’accessoire tout en préservant l’essentiel puisqu’il continue sans faille de dominer la classe politique haïtienne. Certes, les modalités ont changé, mais au fond toutes les bases structurelles fondamentales de domination demeurent intactes. 

C’est aux masses conscientes et conséquentes, particulièrement, celles qui luttent pour déjouer toutes les manoeuvres des forces impérialistes de comprendre que cette classe politique, cette éli- te qui gesticulent à vide, résignées et cyniques après avoir servi la cause impériale, elles ne doivent pas les réhabiliter. Ces individus ne sont que des complices authentiques, des valets locaux, réac-tionnaires issus de partis politiques et d’organisations sociales à rejeter, à brûler comme des ingré-dients toxiques nuisibles à la santé et au progrès du pays. Qu’on ne s’y trompe pas, rien ne va changer en Haïti avec cette nouvelle alliance impérialiste autour des EtatsUnis d’Amérique avec sa MMAS. La nature de l’impérialisme est invariable. A moins que le peuple par une lutte constante le force, l’exige et l’impose ce grand changement fondamental. 

Ce sera par l’action permanente des masses organisées, dressées contre le néo-colonialisme, l’occupation, l’exploitation et le pillage dont est victime le pays que se fera la Révolution pour le changement réel et véritable dont rêve le peuple haïtien.