La crise sécuritaire est une crise de gouvernance, selon la journaliste Michèle Montas

Écrit par Marie Farah Fortuné, Alter Presse, Haïti, publié le 19 déc. 2023

Une Mission multinationale d’appui à la sécurité (Mmas) serait incapable de changer la situation en Haïti, traversée par une grave crise sécuritaire, déclare la journaliste, Michèle Montas, ancienne porte-parole du secrétaire général des Nations unies, dans une interview accordée à la plateforme AlterPresse/AlterRadio.

« La crise sécuritaire est une crise de gouvernance, une crise politique. La situation ne changera pas avec une force internationale, même si on fait venir 1,000 Kenyans et 500 Jamaïcains », insiste l’ancienne directrice d’information à Radio Haïti Inter.

Le Kenya accepte de prendre le leadership d’une mission internationale pour l’avantage financier, car il ne peut pas vraiment jouer un rôle en changeant ce qui se passe dans le pays, estime Michèle Montas.

L’Organisation des Nations unies (Onu) dit espérer l’envoi de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (Mmas) en Haïti au cours du premier trimestre 2024 (janvier-mars 2024), a fait savoir la représentante spéciale adjointe du Bureau intégré des Nations unies en Haïti, la Suédoise Ulrika Richardson, lors d’un point de presse à Genève, en Suisse, le vendredi 8 décembre 2023.

Pour leur part, cinq députées américaines et un autre député ont appelé le gouvernement des États-Unis d’Amérique à retirer son soutien au déploiement d’une force multinationale en Haïti, en proie à la violence des gangs armés, dans une lettre adressée au secrétaire d’État étasunien, Antony Blinken, le vendredi 8 décembre 2023.

« Le peuple haïtien mérite une gouvernance stable et une transition démocratique du pouvoir, dirigée par les Haïtiennes et Haïtiens », a déclaré, ce lundi 11 décembre 2023, l’une des signataires de la lettre, la députée du Massachusetts, Ayanna Pressley, sur son compte ‘’X’’.

Ayanna Pressley invite à nouveau le département d’État américain à cesser de soutenir une intervention armée étrangère dans le pays.

« Nous sommes gravement préoccupés par le fait qu’une intervention étrangère armée ne servirait qu’à renforcer un dirigeant illégitime et saperait les efforts d’un gouvernement de transition représentatif, visant à définir le soutien réel souhaité de la communauté internationale », lit-on dans la lettre, signée par les députées Ayanna Pressley du Massachusetts, Yvette Clarke de New York, Rashida Harbi Tlaib du Michigan, Barbara Lee de Californie, Janice dite Jan Schakowsky de l’Illinois et le député James Patrick McGovern dit Jim McGovern du Massachusetts.

Dépassée par les évènements, la communauté internationale ne comprend pas vraiment ce qui se passe en Haïti. Il est plus facile, pour elle, d’avoir des rapports avec une structure déjà existante que d’appuyer une construction démocratique, regrette la journaliste, Michèle Montas.

Le gouvernement de facto d’Ariel Henry n’acceptera pas de remettre le pouvoir, n’acceptera pas de négociations qui lui sont défavorables, tant que la communauté internationale, notamment le gouvernement américain, le soutient, considère-t-elle.

Le Conseil de sécurité des Nations unis n’arrive même pas à voter une liste de sanctions, révèle l’ancienne porte-parole du secrétaire général des Nations-Unies, estimant que les sanctions contre des chefs de gangs ne règlent en rien le problème.

L’Office de contrôle des avoirs étrangers (Ofac) du Département du trésor américain a sanctionné les chefs de gangs Johnson André alias Izo 5 segonn du gang de Village de Dieu, Renel Destina alias Ti Lapli du gang Gran Ravin, Vitel’homme Innocent du gang Kraze Baryè et Wilson Joseph alias Lanmò san jou du gang 400 Mawozo pour graves violations de droits humains, dans un communiqué.

Ces quatre chefs de gangs sont accusés d’assassinats, enlèvements contre rançons, vols, viols, pillages et incendies de résidences, entre autres.

« Les structures d’État se liquéfient. Les gens utilisent l’État pour leurs affaires personnelles. L’État devient un instrument entre les mains des intérêts individuels. L’État est remplacé par une série de gangs et la violence devient une institution », déplore Michèle Montas.

On ne peut pas envisager des élections dans un pays où 80% de la ville de Port-au-Prince est contrôlée par des gangs, fait-elle remarquer.

Les policiers pourraient résoudre en grande partie le problème de l’insécurité s’ils étaient encadrés par une structure leur permettant de remplir leur mission, argue l’ancienne directrice d’information à Radio Haïti Inter, Michèle Montas.