Une année marquée par la violence et la résistance citoyenne

Écrit par Sheelove Semexant, Le National, Haïti, publié le 30 déc 2023 

L’année 2023 a été marquée particulièrement par une situation d’insécurité grandissante, des tueries, vols, kidnappings suivis du rançonnement, des massacres dans plusieurs quartiers des départements de l’Ouest et de l’Artibonite, occasionnant des centaines de morts. Des milliers de déplacés ont fait le lot des citoyens haïtiens au cours de cette année. 

Au tout début de l’année 2023, les agents des forces de l’ordre ont été l’une des principales cibles des bandits. Dans une attaque contre une patrouille policière le 20 janvier à Métivier, dans la com-mune de Pétion-Ville, les hommes du gang «Kraze baryè» ont assassiné trois policiers : Gérald Occinal, Duckens Cejuste, et Luc Eliezer. Wiclern Staniclas est porté disparu. 

Quelques jours plus tard, le 25 janvier, 6 agents de la PNH affectés à l’Unité départementale de Maintien de l’Ordre (UDMO Artibonite) ont été tués par des bandits armés lors des attaques contre le commissariat de Liancourt. Parmi les victimes, on compte Kether Louis, Mackès Badin, Donalson Innocent, Norabert Aurelus, James Junior Felix, et Camille Pierre. Osny Mesadieu, blessé par balles, est décédé à l’hôpital. Les corps des policiers n’ont pas été récupérés, et aucune arrestation n’a été annoncée. 

Pour protester contre les meurtres de leurs frères d’armes, le 26 janvier, des civils et des policiers ont défilé dans les rues de la capitale, érigé des barricades de pneus enflammés, tenté d’investir les bureaux du Premier ministre Ariel Henry, et envahi la piste de l’aéroport international Toussaint-Louverture pour exprimer leur colère et réclamer des matériels pour combattre la violence des gangs. 

Après l’assassinat des 3 policiers à Métivier, le 17 mars 2023, les membres du gang «Kraze baryè» ont instauré la terreur à Marlique. Le 18 mars, ils ont semé la panique dans plusieurs quartiers, conduisant la population dans l’inquiétude. Le mercredi 20 mars, les caïds ont resserré l’étau au carrefour de Cageau et Tunel à Pétion-Ville, tuant neuf personnes et en blessant d’autres, poussant des dizaines de citoyens à abandonner leurs maisons par crainte de la fureur de ces bandits. 

Dans l’Artibonite, les membres du gang «Kokorat San Ras» ont débarqué dans la nuit du 4 avril dans la localité de «Gran Kay», attaquant la bande «Farinen» en préparation pour une soirée. Les hommes de Kokorat « Sans Ras » ont ouvert le feu, tuant le président de la bande Farinen, Lormilus Esmagne alias Tibaguette, et un musicien de la bande, Louis Charles Robert alias Penpo. Sept autres personnes ont été blessées par balles. La nuit du 5 avril, plus de 25 maisons ont été incen-diées dans plusieurs zones de Montrouis, forçant plusieurs familles à abandonner leurs demeures. 

Dans la nuit du jeudi 6 avril 2023, des individus lourdement armés, faisant partie du gang armé de Canaan, ont attaqué le village Onaville, provoquant la fuite de nombreuses familles de la zone. 

Le 19 avril 2023, la prison civile de Cabaret a été prise pour cible par ces bandits armés qui cher-chent à en prendre le contrôle. Dans les échanges de tirs qui s’en sont suivis, un policier a été blessé par balle, incapable d’être évacué vers un centre hospitalier. 

Toujours le 19 avril, les hommes armés de Canaan ont semé la terreur à Source Matelas dans la commune de Cabaret. Plus de 100 personnes ont été tuées dans ce massacre, selon un bilan partiel de la Fondation Je Klere, dont 13 membres d’une même famille. De plus, 9 citoyens, dont 3 bébés qui avaient emprunté la voie maritime pour fuir la zone, ont péri en mer. 

Suite à l’assassinat, le 9 avril 2023, des trois policiers de la Brigade d’Intervention, affectés au Sous-Commissariat de Thomassin, commune de Pétion-ville par des membres du gang de «Ti Makak», la police a mené une opération de plusieurs jours à Laboule 12, conduisant au décès de Carlo Petit-Homme connu sous le nom de "Ti Makak". 

Le lundi 24 avril 2023, environ 14 individus lourdement armés ont été interceptés à bord d’un minibus à Canapé-Vert, et tués par les membres de la population civile. Cette action a donné naissance au mouvement populaire nommé "Bwa Kale", qui consistait à rechercher les membres des groupes criminels. Peu à peu, le mouvement s’est répandu dans plusieurs villes du pays. 

Ce mouvement a largement contribué à faire baisser le niveau d’insécurité dans plusieurs régions du pays avec le fameux slogan «la peur a changé de camp». Selon un rapport du Centre d’Analyse et de Recherche en Droits Humains (CARDH) paru en date du 24 juin 2023, 204 présumés bandits et proches de gangs ont été tués sur le territoire d’Haïti. 155 membres présumés de gangs ont été exécutés dans le cadre de ce mouvement, dont 24 dans l’Artibonite, 12 dans la Grande Anse, 5 dans le département du Plateau central, 2 dans le Nord-Est, un (1) dans le Nord, un (1) dans le Sud, un (1) dans le Sud-Est. 

Les 22 et 23 juillet 2023, le chef de gang Vitelhomme Innocent et ses hommes de mains ont attaqué les populations de Fort-Jacques commune de Pétion-Ville, Truitier et Dumornay commune de Tabar-re, semant la terreur. Le 25 juillet, des agents de la PNH ont fait usage de gaz lacrymogène pour contraindre les citoyens à se déplacer.Peu de temps après, les locaux de l’ambassade américaine et l’un des centres des Médecins Sans Frontières ont été attaqués par les malfrats. 

La population n’a pas été épargnée à Carrefour-feuilles, où les hommes de Grand-Ravine ont atta-qué les citoyens, tuant,violant,pillant et vandalisant.Selon un rapport de l’Organisation des Nations-Unies, près de 5 000 résidents du quartier de Carrefour-Feuilles ont dû abandonner leur domicile en raison des assauts des bandits de Gran Ravine. 

L’Organisation internationale pour les Migrations (OIM) indique qu’au moins 20 719 personnes originaires de Carrefour-Feuilles vivent dans 26 campements de fortune dans la Zone métropolitaine de Port-au-Prince. Jusqu’à la fin de l’année, ces déplacés survivent dans des conditions extrême-ment précaires et insalubres. 

Fatigués d’être victimes de l’insécurité, le samedi 26 août 2023, plusieurs centaines de fidèles de l’église « l’Église Piscine de Bethesda » dirigée par le Pasteur Marcorel Zidor, plus connu sous le nom de Pasteur Marco, armés de machettes, de bâtons ou de piques, ont marché de la route de Caradeux, commune de Tabarre, vers Canaan (Nord de la capitale) pour déloger le puissant gang opérant à Canaan. Selon les informations, plusieurs dizaines de fidèles ont été tués et d’autres sont sortis blessés. 

Plusieurs personnes, dont le policier Vladimir Marcelin, ont été tuées par balles lors d’une tentative d’incursion. Les bandits ont pillé et incendié les dépôts et étalages des marchands au marché Carre-four Péan. De plus, dans l’après-midi du dimanche 19 novembre 2023, une nouvelle attaque a été menée à l’encontre du quartier de Solino par le gang de Solino. 

Entre le 22 et le 25 septembre 2023, des hommes de Canaan ont envahi les communes de Saut-d’Eau et de Mirebalais, faisant une trentaine de morts, plus d’une dizaine de blessés, et forçant plus de 800 familles à fuir leur domicile, selon un bilan de la Direction de la Protection civile. Cette vague de violences a engendré le vol d’une vingtaine de véhicules par les bandits, soit 14 véhicules et 10 motocyclettes. Un commissariat et 2 véhicules de police ont été incendiés, ainsi qu’un hôpital, selon la Protection civile. 

Des bandits du gang « 400 Mawozo » ont mis le feu le mercredi 4 octobre au commissariat de Tho-mazeau. Les malfrats ont attaqué le bâtiment en début d’après-midi. Les policiers qui y étaient ont tenté de riposter, mais ils ont dû se désengager pour sauver leur peau. 

Dans la nuit du mardi 31 octobre au mercredi 1er novembre 2023, des bandits ont envahi la localité de Mariani, laissant les citoyens dans une angoisse profonde. Depuis lors, ce quartier est devenu l’un des territoires perdus du pays. Les bandits ont assassiné près de 3 policiers et incendié 3 matériels de la PNH, selon le coordonnateur du Syndicat national des Policiers haïtiens, Lionel Lazarre. Ils imposent des droits de péage aux passants et bloquent de temps à autre la circulation automobile. 

À la fin de l’année, les attaques n’ont pas cessé en dépit des mesures annoncées par la PNH pour assurer la sécurité de la population. Le gang « 400 Mawozo » a lancé des assauts contre la popu-lation civile à Ganthier, occasionnant au moins 5 morts, six blessés et des maisons incendiées, laissant présager une année 2024 encore plongée dans le chaos.