Election : l’abstention triomphe !

Par Yves Pierre-Louis, Haiti Liberté, le 23 au 29 mars 2011

Le deuxième tour de la mascarade du 28 Novembre 2010 s’est déroulé comme prévu le dimanche 20 mars 2011, pour faire semblant d’élire un président marionnette des deux en lice imposés par la communauté internationale. On devait élire également 8 sénateurs et 75 députés à travers le pays et au total 11,186 bureaux de vote étaient mis à la disposition de 4.5 millions éventuels d’électeurs. Cependant, tout au long de la journée du dimanche, le déroulement du second scrutin n’a pas attiré de grande foule, très peu d’électeurs y ont pris part.

A part le faible taux de participation des électeurs, de graves irrégularités, des incidents violents, des retards volontaires dans les livraisons des matériels de vote ont été observés dans les centres de vote partout dans le pays. Le bilan s’est soldé au moins par trois (3) morts, une cinquantaine de blessés, du sabotage de matériels, des intimidations de toutes sortes. Les agents de la Police Nationale d’Haïti ont procédé à une vingtaine d’arrestations, dont 2 policiers pour fraudes et diverses autres raisons : possession d’armes, orientation de vote, magouille et autres.
Au prime à bord, les retards volontaires dans les distributions des matériels électoraux ont marqué la journée. Les matériels ont commencé à arriver dans les centres de vote aux environs de 9 heures du matin, dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince. Les soldats des forces d’occupation de l’ONU, de la Minustah qui étaient chargés de la distribution n’ont donné aucune explication. Les responsables du Conseil Electoral Provisoire (CEP) se contentaient tout simplement de dire il revient à la Minustah de faire la lumière sur les retards. Quelle irresponsabilité de la part des membres du CEP, organisme d’Etat chargé de réaliser des élections dans le pays! Avec le CEP dépendant des forces étrangères et du reste de la communauté internationale, particulièrement de l’ONU, de l’OEA, de l’Union Européenne, des Etats-Unis, de la France et du Canada entre autres, qui ne marchandent pas leur ingérence dans les affaires politiques internes d’Haïti, aucune élection libre, démocratique n’est possible en Haïti. Ils ne font que d’organiser les farces pour pouvoir mieux maintenir Haïti sous l’occupation étrangère et la mise sous tutelle des puissances impérialistes par l’humiliante commission dite CIRH.

Dans le reste du pays, la première moitié de la journée de 20 mars a été marquée par de graves incidents tels que : des rafales d’armes, du sabotage des matériels, voire leur disparition, c’était la pagaille généralisée dans tout le pays. A l’Arcahaie, la Gonâve, Mirebalais, Beaumont Camp-Perrin, Marchand Dessalines, Marre- Rouge, Saut d’Eau et plusieurs régions du pays, des incidents violents se sont produits durant la journée du 20 mars.

A la Gonâve un commando composé d’individus cagoulés a fait irruption dans un centre de vote et emporté tous les matériels électoraux dont les bulletins utilisés et non utilisés. Dans la Grande-Anse, à Beaumont, un individu armé a semé la panique dans un centre de vote. Dans le département de l’Artibonite, à Marchand Dessalines, un individu non identifi é a été tué dans la localité de Prien, plusieurs autres ont été blessés et transportés à l’hôpital en toute urgence. Dans le Nord du pays, à Marre-Rouge, deux personnes ont été tuées et plusieurs autres blessées par balles. Dans le département des Nippes (Sud-Ouest) à Miragoâne, des individus armés ont fait irruption dans des centres de vote qu’ils ont saccagés, emportant ainsi des matériels de vote et sont repartis sans être inquiétés. Cette situation a paralysé toutes les activités électorales, les votes ont été suspendus, en attendant qu’un juge de paix soit venu dresser le procès-verbal.

Au Plateau Central, le Centre du pays, des barricades ont été dressées et des pneus enfl ammés étaient érigés dans plusieurs localités paralysant ainsi la circulation interne. A Saut-d’Eau, des individus qui circulaient à bord du véhicule d’un ancien député, en course pour un second mandat, ont tiré plusieurs coup de feu, provoquant l’arrêt des opérations électorales dans le centre de vote. D’autres incidents similaires qui se sont produits dans tout le pays, dans des centres de vote ont émaillé la journée électorale du 20 mars 2011.

Au cours de la journée, après avoir voté au Lycée Marie-jeanne, le président de facto sortant, René Préval a fait appel au calme. Il a également exprimé ses inquiétudes quant à la participation des citoyens aux scrutins du second tour. « J’ai fait mon devoir, j’espère que la population ira également voter pour choisir un président et des membres du Parlement avec lesquels il va travailler. »

De plus, René Préval a demandé à la population de garder son calme et a souhaité que les résultats du scrutin n’entraînent aucun problème. Il a fait savoir que ces élections représentent une étape très importante pour l’établissement de la démocratie en Haïti. A la fi n du déroulement du second tour de la mascarade du 28 Novembre dernier, le président du CEP d’exclusion, Gaillot Dorsinvil accompagné d’autres conseillers et du directeur général, Pierre-Louis Opont a fait le bilan de cette journée en ces termes : « La démocratie a triomphé, c’est la leçon du jour. Quelques incidents ont été enregistrés, mais ils n’auront pas d’impact sur l’ensemble de l’opération électorale », a déclaré Gaillot Dorsinvil lors d’une conférence de presse. Pierre-Louis Opont quant à lui a lancé une mise en garde à la presse qui avait déjà diffusé des résultats affi chés à l’entrée des bureaux électoraux, dans lesquels, le candidat populiste d’extrême-droite mène largement sur la candidate de droite affi chant un nombre moindre de votants. Il a interdit à la presse sous menaces de sanctions, de diffuser des informations relatives aux résultats parce que le jeu est clair, il n’y a pas assez de marge de manoeuvres pour magouiller en faveur de sa favorite.

Cependant avec l’ingérence d’Edmond Mulet et d’autres représentants des forces d’occupations de l’ONU sur le territoire haïtien, leurs magouilles pour imposer au peuple haïtien deux candidats de la droite sont visibles. Ces élections farces ne représentent pas une étape importante pour l’avancement de la démocratie qui implique la participation effective du peuple, de toutes les tendances ou courants politiques. Ce n’est pas le cas en Haïti dans le processus électoral, c’est la communauté internationale qui dicte la forme de démocratie qui devrait s’établir en Haïti.

La communauté internationale se félicite de la réalisation de la journée électorale, malgré toutes les irrégularités flagrantes, les incidents violents et les retards constatés. « Ces problèmes viennent d’être corrigés. Les gens savent que c’est un grand moment aujourd’hui pour Haïti. Tout est bien, tout s’est passé dans la paix », a commenté le chef civil des forces d’occupations de l’ONU, Edmond Mulet. En raison de l’ingérence patente des forces étrangères et de l’exclusion du parti majoritaire, des organisations populaires et progressistes d’Haïti ont lancé un appel au boycott et cet appel a été largement suivi dans tout le pays. Le taux de participation du second tour des élections/sélections du 20 mars dernier est évalué entre 15 et 20%. Les résultats préliminaires seront rendus publics le 31 mars prochain et le 16 avril ce sera la publication des résultats définitifs.

Quoi qu’on fasse pour manipuler les résultats du second tour en faveur d’une candidate de démocrate chrétien pour imposer un président celle-là ne sera autre qu’une marionnette entre les mains invisibles de la communauté internationale. Son projet politique sera le maintien Haïti sous la tutelle des grandes puissances impérialistes américaines et européennes et son projet économique sera la commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti (CIRH). Tout en continuant à mettre en application la politique économique du néolibéralisme.

De toute évidence, l’abstention de plus de 80% de l’électorat signifie le rejet total du projet de la communauté internationale et de la classe politique traditionnelle qui n’apportera aucun changement pour le peuple haïtien. De toute façon la lutte du peuple haïtien pour son émancipation doit se poursuivre, car la souveraineté politique du peuple est le socle de l’émancipation sociale.