Haïti-Politique : Bye bye Lesly, bonjour Fritz

Ecrit par Michel Legros, Alter Presse, Haiti, publie le 8 mars 2025 

Michel Martelly, alias Sweet Micky, a d’abord régné sur le carnaval haïtien en véritable roi des fous, affublé de foulard rose, de culotte et de soutien-gorge, se déhanchant avec frénésie à titre de *pré-sident du compas*. De ce tremplin, il s’est, dans un élan audacieux, lancé dans la course présiden-tielle et, contre toute attente, a remporté une élection taillée sur mesure. Là où nous voyions un chanteur excentrique, lui voyait déjà un chef d’État. 

Fritz Jean, quant à lui, a suivi une autre voie, mais avec la même obsession présidentielle. D’abord *président du Montana*, ce conglomérat politique hétéroclite difficile à cerner (un manuel de scien-ces politiques haïtiennes serait le bienvenu), il s’est accroché à son ambition envers et contre tous. Le jour de son dépôt de candidature, dans une mise en scène quasi théâtrale, il a jugé bon de se faire escorter par un policier armé d’un fusil d’assaut, comme pour mieux imposer le sérieux de son entreprise. Là où les bien-pensants ne voyaient qu’une farce, lui entrevoyait déjà son couronnement. 

L’État-major du Montana a tenté de l’arrêter, les critiques ont fusé, mais, tout comme Martelly a transformé son strapontin carnavalesque en trône présidentiel, Fritz Jean a perçu dans cette parodie d’élection une rampe de lancement vers la présidence d’Haïti. 

On a bien essayé de les freiner. Pourtant, ils ont atteint leur but, grâce à la pusillanimité de leurs adversaires. À croire que, parfois, la farce mène au sommet. Il suffit d’être patient. 

Si les rois de Notre-Dame de Paris, le Roi des fous et le Roi des Argotiers régnaient sur les bas-fonds parisiens et voyaient leur pouvoir limité au Carnaval et à la Cour des Miracles, en Haïti, nos rois co-miques semblent s’emparer de toute la République, à défaut de Royaume. 

Fritz Jean prend son rôle de président très au sérieux. À voir les manifestations de soutien qui se multiplient et l’assurance avec laquelle il s’impose, on en viendrait presque à oublier que son mandat ne doit durer que cinq mois. Serait-ce donc, au bout du compte, cette fameuse transition de rupture qu’il prône sans cesse qui commence ? La tentation de s’éterniser au pouvoir ne serait pas nouvelle en Haïti. Seulement, si la farce mène parfois au sommet, elle ne doit pas se muer en tragédie. 

En attendant, le carrousel entame son troisième et avant-dernier tour, chaque rotation semblant prolonger l’impasse et l’agonie. 

Ma soeur, vois-tu venir une amélioration de la question sécuritaire ? Non, rien à l’horizon. Ma soeur, vois-tu venir les élections ? Non, toujours rien, pas même un nuage. 

Faut-il vraiment continuer à patienter derrière ces portes closes ? À croire que cette transition est aussi mystérieuse que les chambres interdites du château de Barbe Bleue.Après quatre ans d’insta-bilité, dont dix mois sous ce Conseil Présidentiel de Transition (CPT), l’avenir reste toujours aussi incertain.