Haiti : Un Etat de faux !

Par Yves Pierre-Louis, Haïti Liberté, du 25 mai au 30 mai 2011

La politique d'exclusion conduite par la communauté Internationale depuis le début de l'année 2004 en Haïti a amené à l'instauration d'un Etat de faux. Les dernières élections/sélections réalisées par le Conseil Electoral Provisoire de Gaillot Dorsinvil, sous la houlette de l'ONU et de l'OEA ont donné des faux sénateurs et députés qui, en dépit d'un certifi cat émanant du CEP n'arrivent pas à prêter serment et ne sont pas encore entrés en fonction. D'autres qui sont assermentés sous l'égide de la constitution de 1987 ont hâtivement produit de fausses signatures dans le Journal Le Moniteur. Comment peut-on imaginer des députés de la 49e législature et des sénateurs de la République soient capables de ridiculiser la charte fondamentale de la Nation haïtienne au profi t de leurs intérêts mesquins et partisans ? Et le président de la République sortant, René Préval a autorisé la publication d'un faux amendement au Journal offi ciel Le Moniteur. Est-ce vraiment des erreurs matérielles comme on veut le faire comprendre ou un vaste complot de l'international et de ses laquais locaux contre le parti majoritaire en particulier et le peuple haïtien en général?

En effet, le vendredi 13 mai dernier, un jour avant le départ de René Préval à la tête du pays, il a fait publier un faux amendement de la constitution de 1987 dans le Journal offi ciel, Le Moniteur. La publication du Moniteur ne reflète pas exactement les votes des parlementaires réunis en Assemblée nationale à la fin de la première session de la 49e législature. Selon le sénateur de l'Ouest, Steven Irvenson Benoît, au moins 8 articles de la version finale de l'amendement constitutionnel ont été falsifiés. Les articles en question concernent notamment la durée des mandats des sénateurs élus en 2006 pour 6 ans et des députés fraîchement élus.

Des articles non votés par les parlementaires relatifs à la durée du mandat des élus auraient été insérés délibérément aux versions publiées dans Le Moniteur, alors que les parlementaires avaient été contraints à la dernière minute de revenir sur le vote précédent concernant la prorogation du mandat des députés de 4 à 5 ans et sur celle de deux ans du mandat des sénateurs qui devra bientôt arriver à terme.

Le député de la Croix-des- Bourquets, Tolbert Alexis de son côté, a dénoncé la disparition suspecte des minutes de la séance consacrée à l'amendement de la constitution. Son collègue parlementaire en charge du dossier lui avait indiqué que les minutes avaient été volées. Deux semaines après, le cambriolage d'un document aussi précieux, les dirigeants du Parlement n'avaient toujours pas annoncé l'ouverture d'une enquête.

Au bas du faux amendement publié dans Le Moniteur, une signature a disparu également, celle du deuxième secrétaire de l'Assemblée nationale, le sénateur du Nord- Ouest, Mélius Hyppolite. Ce dernier soutient pourtant avoir signé correctement le texte de l'amendement. Il a toutefois questionné la disparition mystérieuse de sa signature au bas du texte amendé. " Je cherche une explication à ce sujet, sur le texte que j'ai signé et qui est sorti du Parlement., il y a mon nom comme deuxième secrétaire, et comme le sénateur Pierre Francky Exius qui est le premier secrétaire au Sénat avait eu une urgence, il m'avait mandaté de signer pour lui. Dans le document publié dans Le Moniteur, j'ai été saisi de voir que mon nom n'y figurait pas, ma signature avait disparu… " s'est-il indigné.

Le sénateur de la Grand-Anse, Andris Riché quant à lui était plus tranchant, il a demandé de mettre l'action publique en mouvement contre les faussaires, puisqu'on a qualifié cet acte de faux en écriture publique et usage de faux. Il a en outre réclamé du président de la République l'annulation pure et simple du texte amendé.

Dans son texte rendu public le jeudi 19 mai 2011 concernant l'amendement de la constitution de 1987, le journaliste Hérold Jean François l'a qualifié de fausse couche. " Le piratage du texte de l'amendement constitutionnel relève d'un acte de fossoyeurs de la nation. Sans connaître les véritables mobiles de la main qui a glissé le mauvais texte, l'image que cette action envoie au monde entier c'est qu'en Haïti, nous nageons dans l'imperfection et que mêmes des questions aussi sérieuses que l'amendement de la Constitution, nous les banalisons. " a-t-il regretté. Il a ensuite enchaîné pour démontrer l'ingérence de la communauté internationale dans la réalisation des élections frauduleuses de 2010 et la banalisation de la vie politique haïtienne: " L'amendement du 9 mai 2011 aura été une fausse couche comme d'autres faits de l'actualité nationale récente oeuvrent dans le même sens. Depuis le processus électoral pour aboutir à la honte du 28 novembre 2010, les résultats proclamés le 7 décembre 2010 et les protestations qui en sont naturellement découlées , l'arbitrage de l'international qui a forcé au changement des résultats, l'illusion de correction du deuxième tour jusqu'à la surprise des résultats définitifs qui ont soulevé l'indignation des uns et des autres et qui nous a valu une nouvelle injonction du ''blanc'' pour aboutir à la déconcertante ''panne'' électrique du 14 mai 2011, comme si elle était planifiée sur mesure pour que la prestation de serment du nouveau Président se passe dans l'obscurité, Haïti a été pris dans un cycle infernal de (permettez-nous ce néologisme) banalisation de la vie politique. "

L'ex-sénateur de la République, Samuel Madistin a qualifié l'imbroglio de l'amendement constitutionnel de faux en écriture publique. Il a fait remarquer que le président Michel Martelly ne peut nullement acheminer un autre document au Moniteur avec la signature de son prédécesseur. Le jeudi 19 mai, les membres du bureau de l'Assemblée Nationale ont acheminé un autre document constitutionnel. Le président Martelly et les présidents des deux Chambres se sont entendus qu'il s'agissait d'erreurs matérielles pouvant être corrigées par une nouvelle production du même numéro du Moniteur et avec les mêmes signatures. D'aucuns se demandent comment apporter des corrections, puisque les minutes ont disparu aux archives du bureau de l'Assemblée Nationale à entendre le député Tolbert Alexis. Des voix s'élèvent pour condamner la façon dont on procède pour amender la loi mère du pays. L'amendement de la Constitution de 1987 tel qu'il a été hâtivement voté par les parlementaires n'allait pas dans le sens de la construction d'un Etat démocratique de droit. Il allait de préférence dans le sens d'établissement d'un Etat de faux, juste pour barrer la route au parti majoritaire et exclure ainsi le peuple haïtien dans les affaires politiques du pays.

Donc un fait est certain, le faux amendement produit par les parlementaires haïtiens et les dirigeants sont le produit direct de la politique d'exclusion imposée par la communauté internationale depuis plus de 7 ans avec la présence de ses forces d'occupation injustes et criminelles. Cette politique a conduit le pays dans l'anarchie constitutionnelle. L'ancien représentant de Ban Ki-Moon et chef Civil des forces d'occupations de l'ONU en Haïti, Edmond Mulet, qui vient de quitter son poste a hypocritement exprimé sa grande frustration dans la presse latino. Il a fait savoir que durant les 30 années d'expérience en Haïti, la communauté internationale a réalisé des centaines de projets dans le pays, qui n'ont aucune valeur réelle. Selon lui, la communauté internationale est coresponsable de la faiblesse des institutions haïtiennes, en raison de sa tendance à ne pas vouloir travailler avec ces institutions, voulant à tout prix s'imposer. Il appelle Haïti à rompre le cordon ombilical avec la communauté internationale, afin de parvenir à un pays autonome et indépendant.