Haïti: Marche contre l'accaparement des terres agricoles
Hinche,Haiti : 27 Juin 2011
Ecrit et publié par Beverly Bell,le 28 Juin 2011
Plusieurs organisations évoluant dans le domaine de l'alimentation, de la santé et de la paysannerie ont organisé le mardi 21 juin en cours une marche contre l'accaparement des terres agricoles dans la commune de Hinche. Une initiative visant à pousser les décideurs à exploiter les terres du pays en vue d'assurer la souveraineté alimentaire, la réfection de l'environnement et la construction d'une nouvelle Haïti.
« Dappiyanp sou tè peyi a, yon danje pou dwa grandèt majè Ayiti », tel est le thème de la manifestation entamée vers dix heures dans la matinée du 21 juin où les habitants venant des quatre coins de la localité de Papaye et des zones avoisinantes, se sont rassemblés au Carrefour Papaye pour marcher jusqu'au centre-ville de Hinche, dans le cadre de la campagne « Je kontre » organisée par un regroupement d'organisations dont : Actionaid Haïti, Mouvman peyizan Papay (MPP), CROSE, Réseau national pour la souveraineté et la sécurité alimentaire en Haïti (RENASSAH), kòdinasyon fanm peyizan (KONAFAP), Plate-forme des organisations communautaires de la zone métropolitaine de Port-au-Prince (COZPAM) et Coordination pour la santé et le développement en Haïti (COSADH).
Cette initiative vise à dire non à l'accaparement des terres agricoles au profit des institutions multinationales et au détriment de notre agriculture. Cette journée de marche avait également comme objectif de promouvoir la biodiversité agricole en défendant les semences locales, commémorer la journée mondiale de l'environnement, le 4 juin et commémorer la marche contre l'utilisation des semences hybrides de Monsanto dans l'agriculture en Haïti, une importante manifestation organisée en juin 2010 à Hinche. Selon les planteurs, ces produits pourraient accentuer la dépendance du pays, alors qu'il existe des semences locales.
Des hommes, des femmes et des enfants, majoritairement des paysans et des paysannes, ont répondu présent par milliers à cette grande manifestation. Chapeaux de paille sur la tête, pour la plupart, avec les inscriptions : « Kanpay je kontre » « Viv manje lakay », « Viv semans lakay » et « tè se libète », ils paraissaient très motivés sous le soleil luisant à aller jusqu'au bout en fredonnant des airs paysans sous l'animation d'un char musical qui les accompagnait.
La marche s'est déroulée pacifiquement, avec la présence des agents de la Police nationale (UDMO) et de la police des Nations unies. Plusieurs observateurs étaient également sur place, notamment ceux du Réseau national de défense des droits humains en Haïti (RNDDH), de la MINUSTHA, de la plate-forme de plaidoyer pour un développement alternatif (PAPDA), de Fanm deside, de PLANOPA et d'ITEKA.
Des participants, se dirigeant vers le centre-ville de Hinche, lançaient des slogans à travers des refrains, tels que « tonè wi ! ki bagay sa ? pèp la bouke. Tonè wi ! ki koze sa, pèp la about atò », « Bare Monsanto, mete l deyò » et « Peyizan, y ap voye wòch sou nou. Yo kache, y ap voye wòch sou nou. N ap pran yo ! » D'autres se sont plutôt servi des murs pour lancer des messages comme « Aba Monsanto », « Monsanto = lanmò ». La marche a abouti sur la place Charlemagne Péralte de la ville de Hinche où une exposition de produits locaux, de plusieurs catégories de semences, de plantules et d'engrais, a été effectuée.
« Le pays est traversé par trop de crises en même temps», ont souligné les différents intervenants, demandant des comptes sur les fonds de la reconstruction, les 11 milliards promis par 55 pays.
L'un des responsables, Chavannes Jean Baptiste, a procédé à une mise en scène démontrant le retour à la production locale par l'utilisation d'engrais naturels et un échange symbolique de production entre les différents départements du pays; il en a profité pour dire non aux engrais chimiques. La cérémonie s'est terminée par une distribution de semences aux participants.
A noter que l'Actionaid Haïti qui présidait cette initiative est une ONG internationale qui a pris naissance en 1972. Selon Michella Louis, Officier de médias de cette organisation, l'Actionaid a pour mission de travailler avec les vulnérables et les marginalisés en vue d'éradiquer la pauvreté en luttant contre l'injustice et l'inégalité qui en sont les causes. Actuellement basée à Johannesburg, en Afrique du Sud, elle accompagne plus de 5 millions de pauvres dans environ 50 pays à travers le monde, se basant sur la défense des droits fondamentaux de l'homme pour accomplir sa mission.
« C'est en 1997, qu'Actionaid a exécuté son premier projet en Haïti. Cette première intervention qui ciblait le Nord-Ouest consistait, entre autres, en des projets d'élevage de caprins, d'adduction d'eau potable et de production de ricin. Depuis, Actionaid diversifie et intensifie ses actions dans le pays. », a expliqué Mme Louis faisant remarquer qu'actuellement, ils sont présents dans onze communes de quatre départements d'Haïti.
Interrogé sur le travail de l'Actionaid dans le pays, la représentante a répondu que les interventions de l'organisation touchent la sécurité alimentaire, la promotion et la défense des droits des femmes et l'éducation. Elle a ajouté qu'après le séisme, ils ont procédé à la mise en oeuvre d'un programme de réponse aux urgences s'étendant sur trois ans. " Pour la première année, supportés par nos partenaires, nous avons pu aider environ 23 000 familles (138 000 personnes) dans divers domaines », a-t-elle indiqué."


