Haiti : entre le marteau et l’enclume

Editorial, Haiti Liberté, July 28-August 2, 2011, www.haitiliberte.com

Berthony Dupont
Tout le monde savait que les dernières mascarades électorales qui ont catapulté Joseph Michel Martelly à la présidence d’Haiti et la majorité des parlementaires à la chambre législative ont été l’oeuvre de manipulations, de manoeuvres et d’interventions de la Communauté internationale sous la houlette des Etats-Unis.

Mais depuis l’accouchement de leur avorton, la Communauté internationale semble rester dans l’expectative, attendant que les nouveaux dirigeants haïtiens fassent démarrer la machine gouvernementale pour faire semblant que le pays fonctionne, malgré le choléra apporté par la Minustah et qui tue encore les masses pauvres et nombre de gens qui vivent toujours sous des tentes de misère.

Plus de deux mois après l’installation du régime Tèt kale, rien n’a encore bougé dans le sens de la cristallisation d’une certaine politique favorable pour engager le pays sur une autre voie, vers un nouvel horizon. Tout ce qui se fait jusqu’à présent montre que les forces au pouvoir ne sont autres que des fauteurs de troubles, des éléments réfractaires au changement tant souhaité par le peuple haïtien.

Ce n’est pas dans cette perspective que la Communauté internationale a accouru pour venir dicter les règles du jeu aux différents protagonistes, mais bien pour ne pas laisser dégénérer la situation afin de ne pas perdre le contrôle. Ainsi, l’ambassadeur des Etats- Unis Kenneth Merten s’est empressé de souligner l’impatience de la communauté internationale. Henri Paul Normandin du Canada a, pour sa part, estimé que la crise politique qui prévaut depuis l’arrivée de Michel Martelly au pouvoir, a de graves conséquences sur la coopération d’Haïti avec ces pays amis.

Le secrétaire général de l’Organisation des Etats Américains (OEA), José Miguel Insulza n’a pas ménagé sa salive en disant : « Je formule l’espoir qu’un accord soit rapidement trouvé entre le Président et le Parlement, de sorte qu’un gouvernement puisse rapidement être mis sur pied, afin de relancer les grands chantiers de la reconstruction et du développement »

La France également a eu aussi son mot à dire : « Nous souhaitons vraiment de tout coeur que les élites haïtiennes, notamment les élites politiques fassent les compromis nécessaires pour qu’il y ait un interlocuteur, face à la communauté internationale » ont déclaré le lundi 25 juillet 2011 trois parlementaires français visitant Haiti.

Ils ont nettement réussi à mettre un peu d’eau dans le vin de certains parlementaires récalcitrants mais également et surtout dans celui de leur bonhomme Martelly. En fait, au cours de la septième réunion du Conseil de la Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti le 22 juillet 2011 dernier, les forces occupantes d’Haiti ont eu beau jeu de mettre tout leur poids dans la balance pour mettre les points sur les i et atténuer la candeur des deux secteurs qui au fond n’ont aucune divergence fondamentale.

Outre la leçon de cooptation politique qu’on leur a infligée, il semblerait que Clinton et Insulza sont allés encore beaucoup plus loin en signalant à Martelly qu’ils désapprouvent totalement sa campagne de dénigrement et de calomnies dont la Commission Intérimaire de Reconstruction d’Haiti (CIRH) est l’objet.

Effectivement, Martelly, avec le zèle démagogique qui le caractérise pour cacher sa nullité, tirait à boulets rouges sur la CIRH que dirigent Bill Clinton et le premier ministre sortant Jean Max Bellerive. Il avait même menacé de révoquer Bill Clinton et de mettre un terme au mandat de la CIRH qui devrait quand bien même prendre fin au mois d’Octobre prochain. Et c’est dans cette même optique qu’il refusa catégoriquement de maintenir Bellerive en tant que chef du gouvernement pour assurer la continuité tant souhaitée par Clinton.

Il n’a pas pris beaucoup de temps à cette caricature de président pour s’ajuster aux ordres de ses chefs hiérarchiques, vu qu’il n’a pas tardé à se raviser pour vite s’accommoder à leurs diktats. Ainsi pour illustrer ou manifester sa bonne compréhension de la leçon reçue, il rectifia ses tirs critiques au sujet de la CIRH. Il vient de demander au Parlement une prolongation d’une année pour la Commission et pour couronner le tout il déclara : « Le président que je suis doit être objectif en reconnaissant que la CIRH peut-être un bon outil pour aider au développement d’Haïti si les problèmes auxquels elle est confrontée sont résolus».

Pour se donner bonne conscience devant celui qui l’a fait président d’Haiti, Martelly verse dans la basse flatterie lorsqu’il choisit d’honorer Clinton pour de soi-disant services rendus, alors que pour nous autres patriotes haïtiens, drapés dans notre verticalité, Clinton n’est que le pire ennemi du pays et du peuple haïtien.

Bien que ce Bill Clinton ait lui-même reconnu tout le mal qu’il nous a infligé à travers notre économie, son valet lui a pourtant déclaré :« « Nous n’oublierons jamais que vous êtes l’une des toutes premières hautes personnalités internationales venue nous porter secours [...] et depuis, vous nous manifestez un indéniable intérêt par vos visites répétées au cours de ces derniers 18 mois. Nous sommes certains que cet intérêt est motivé par votre sens de l’humain couplé à la générosité proverbiale des États Unis [...] Vous êtes un grand ami d’Haïti. Dans le domaine de l’aide vous ne vous êtes pas contenté d’être le représentant de notre pays, vous vous êtes engagé, et continuez de vous engager personnellement à l’endroit d’Haïti [...] l’humanisme qui vous anime vous a conduit à vous investir ici dans l’agriculture, l’éducation, le logement, l’alimentation, l’eau potable, l’électricité [...] M. le Président le pays haïtien a confiance en vous [...] vous êtes donc pour nous un ami précieux, irremplaçable dans le long et difficile chemin de la reconstruction sur lequel nous nous sommes engagés [...] M. le Président, au nom des pouvoirs qui me sont conférés, je vous fais Grand Croix de l’Ordre national Honneur et Mérite en guise de remerciement du peuple haïtien pour ce que vous avez déjà entrepris et pour ce que vous entreprendrez ».

La réponse du fils de l’empire a été laconique avec même une pointe de méprisante condescendance que le laquais de Clinton, engoncé dans sa basse servilité n’a sûrement pas pigée: « Je ne pense pas que les anciens présidents américains aient besoin de décoration, mais celle là, je la reçois avec honneur ».

Aujourd’hui encore, le pays est entre l’enclume et le marteau. Les promesses de reconstruction, ne sont autre chose que des histoires à faire dormir debout. Les victimes ne seront jamais secourues. Donc la CIRH n’est que fuite en avant, mensonge, hypocrisie et magouille. Elle n’est qu’un projet impérialiste, colonialiste, raciste et néocolonialiste des forces dominantes, accompagnant l’opération humanitaire commencée après la catastrophe du 12 janvier 2010 et qui continue en douceur par la complicité des indigènes de service à vouloir tuer le nationalisme haïtien.