Près de la moitié de la population haitienne, soit 4.5 millions de citoyens, seraient dans une situation d'insécurité alimentaire

Port-au-Prince, le 22 septembre 2011 (AHP)--Le responsable de la Coordination Nationale de Sécurité Alimentaire (CNSA), Garry Mathieu, a indiqué jeudi que près de la moitié de la population haitienne, soit 4.5 millions de citoyens sont dans une situation  d'insécurité alimentaire.

Ces données ont été recueillies suite à une enquête d'évaluation de la sécurité alimentaire dans le pays, conduite par la CNSA avec l'appui du Programme Alimentaire Mondiale (PAM), l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation (FAO) et d'autres partenaires.

M Mathieu a fait toutefois remarquer que ces statistiques pourraient être revues à la baisse, car l'enquête a été réalisée durant les mois d'avril et mai, période marquée généralement par un manque de disponibilité alimentaire.

Le responsable de la CNSA a fait savoir que les 10 départements géographiques du pays sont touchés par l'insécurité alimentaire mais 4 d'entre eux ont des taux supérieurs à la moyenne nationale d'insécurité qui est de 45%. Il s'agit de l'Artibonite (60%), du Nord'Ouest (54%), du Sud et du Sud Est. Les personnes appartenant aux couches les plus défavorisées sont les plus touchées par l'insécurité alimentaire, explique Garry Mathieu.

Les populations n'ont pas accès à une alimentation équilibrée, a dit M. Mathieu, faisant remarquer que la plupart des citoyens vivent avec des revenus inférieurs au prix panier. Selon lui, 37% de la population font face à une insécurité alimentaire modérée et 8% à une insécurité alimentaire chronique. Ils ne mangent ni la quantité ni la qualité de nourriture dont l'organisme a besoin pour fonctionner.

Garry Mathieu a fait remarquer que, pour lutter de manière efficace contre l'insécurité alimentaire, il faut la mise en place d'une politique gouvernementale coordonnée et génératrice de projets de développement et créatrice d'emplois.

L'éducation nutritionelle de la population doit etre egalement parmi les priorités, a-t-il dit, invitant les autorités compétentes à prendre des mesures visant à protéger les bassins versants afin de sécuriser les récoltes des paysans.

M. Mathieu plaide également en faveur davantage d'investissements dans l'agriculture, le stockage et la transformation des produits. Il faut aussi, dit-il, qu'on adopte des mesures aptes à favoriser l'acces aux marchés. Il a fait remarquer que l'humanitaire ne saurait réduire l'insécurié alimentaire.

Le socio-économiste Camille Charlmers a, lui, indiqué que le libéralisme pratiqué depuis quelques années en Haiti a grandement contribué à marginaliser la production agricole, entrainant du même coup sa chute.

Un pays incapable de se nourrir est un pays en déclin, a dit Camille Charlmers, invitant les autorités haitiennes à appuyer les paysans et à mettre en application des politiques visant à valoriser leurs terres.

Une bonne gestion de l'eau peut aussi, ajoute le directeur executif de la PAPDA (Plateforme de Plaidoyer pour un Développement Alternatif) faire augmenter la production agricole. Haiti, a-t-il dit, a besoin de récupérer sa capacité à nourrir sa population.

Au terme d'une visite de 3 jours effectuée la semaine derniere dans le pays, le nouveau directeur régional du PAM pour l'Amérique Latine et les Caraibes, Gemme Lodesani, avait exprimé son inquiétude devant le niveau d'insécurité alimentaire dans le pays, soulignant que plus de 18 mois apres le tremblement de terre de janvier 2010 et en dépit des efforts déployés par les acteurs, la faim demeure un problème pour beaucoup d'haitiens.

En juin dernier, plusieurs organisations qui évoluent dans les domaine de l'alimentation, ont organisé à Hinche une marche pacifique contre l'accaparement des terres agricoles haitiennes et pour exiger des autorités qu'elles prennent des mesures visant à assurer la souveraineté alimentaire du pays.