Colloque International sur la problématique de la terre et du logement en Haïti
Par Lafortune Jean-Claude
Haiti Liberté,édition du 26 Obtobre au 1er Novembre
La Plateforme « Je nan Je » regroupant des organisations paysannes et populaires comme : Association des paysans de Vallue (APV), Mouvement Paysans de Papaye (MPP), Réseau National Haïtien pour la Souveraineté et la Sécurité Alimentaire (Renhassa), Plateforme des Organisations de la Zone Métropolitaine de Port-au-Prince
(COZPAM), Coordination Régionale des Organisations du Sud’Est (KROS), Mouvman Peyizan Nasyonal pou konbit Peyizan Papay (MPNKP), Fanm Deside a lancé une campagne au cours du mois de Septembre avec des pré-colloques dans les villes de province comme : Jacmel, dans le Sud-Est, Grand-Gôave, dans l’Ouest et Hinche dans le département du Centre avec des séances débats, des marches, dans l’objectif de sensibiliser l’opinion nationale sur la problématique du logement et de la terre en Haïti. Toutes ces démarches s’inscrivent dans une vision large qui a été débattue durant trois (3) jours au Karibe Convention Center à Port-au- Prince, du 17 au 19 Octobre dernier, réunissant environ 400 personnes, venant de tous les départements géographiques du pays et de l’étranger. Le thème de ce colloque était ainsi résumé : « Haïti Reconstruction : accès au logement décent et à la terre, un droit fondamental à garantir et à respecter. » C’était une occasion pour différents représentants d’organisation de plaider en faveur de la refonte des lois relatives à la question agraire, permettant aux paysans qui travaillent la terre d’en entrer en possession afin que la production nationale soit effective, et de permettre aux citoyens de participer à la reconstruction du pays ; à travers une politique d’intégration et d’inclusion notamment des couches vulnérables de la population dont les femmes.
La question des victimes du séisme du 12 janvier 2010 a été soulevée à l’ouverture du Colloque, au cours de l’intervention du directeur national de l’Action Aid, Jean Claude Fignolé. Des réponses réelles et concrètes doivent être apportées aux problèmes des populations à partir de leurs attentes. « Je nan Je » entend poursuivre avec des initiatives capables de pousser les instances décisionnelles, d’abord à opérer des changements structurels et ensuite à apporter des réponses réelles, concrètes adressant les problèmes des populations à partir de leurs attentes. Nous sommes conscients que nous nous sommes engagés dans une longue bataille. Nous sommes confiants dans la force de ces premières activités à partir de ce premier rassemblement. Nous pensons qu’un espace s’est créé pour que nous devenions plus forts, afin de nous engager dans une direction claire, stratégique et définitive sur ces questions. »,a-t-il indiqué.
Doudou Pierre Festile, membre de l’organisation Je nan Je, de son côté, a dénoncé tous ceux qui accaparent les terres depuis après l’Indépendance : « Il est injuste, immoral et anormal qu’un groupe de personnes possède toutes les terres. On les connait très bien, ce sont l’Eglise, l’Etat, les « Grandons» ou grands propriétaires fonciers qui ne sont autres que les descendants des militaires. Alors que les paysans vivant aux alentours de ces terres ne peuvent les exploiter. Cela crée un cycle infernal d’appauvrissement, une situation de misère perpétuelle ainsi que l’exode rural et de la migration humiliante », soutient-il.
En plus des thématiques de la terre et du logement décent qui ont été débattues, d’autres questions telles : la Commission Intérimaire pour la Reconstruction d’Haïti (CIRH), la dégradation de l’environnement et des ressources du pays, la réforme agraire véritable et inclusive, les crédits agricoles et aux logements, la participation de la population dans la reconstruction, le plan d’urbanisation et d’aménagement du territoire ont été également soulevés dans les débats.
Les organisateurs du Colloque revendiquent ouvertement leur participation dans la reconstruction d’Haïti telle qu’on l’a défini dans le plan de la CIRH qui est un instrument de domination et d’exploitation impérialistes. Après 18 mois, plus de 4 milliards de dollars ont été dépensés et la situation des victimes du tremblement de terre du 12 janvier n’a pas changé, plus de 600 mille déplacés internes vivant toujours sous des tentes et sous menace d’expulsion forcée. Le projet de la reconstruction d’Haïti tel qu’il a été envisagé par Bill Clinton ne répond pas au projet du peuple haïtien, qui, de son côté, revendique en tout état de cause la souveraineté politique en passant par le départ des forces d’occupation de l’ONU, la Minustah.
C’est inacceptable qu’après le séisme de 2010 qui a jeté 1.5 millions de personnes dans les rues et plus de 20 mois après 600 mille d’entre elles vivent encore dans des abris précaires et insalubres. Selon lui, le séisme a fait ressurgir l’épineuse question du problème foncier, qui selon les participants au Colloque, demeure un frein au logement des sans-abris. A la fin de ce colloque, les participants ont exigé du gouvernement la mise en place d’une politique agricole devant permettre aux paysans de disposer des terres cultivables et aux citoyens, notamment les victimes du 12 janvier, de vivre dans des maisons décentes. Ces activités ont été financées par l’Action Aid Internationale et Oxfam-Haïti.


