Qu’est-ce qui provoque la rareté de dollars sur le marché haïtien ?

Qu’est-ce qui provoque la rareté de dollars sur le marché haïtien ?

Par Thomas Péralte

Haiti Liberté,édition du 21 au 27 Décembre 2011

Depuis des semaines, les billets verts se font rares sur le marché financier haïtien. Les autorités monétaires ont tenté à maintes fois de donner des explications. Les clients des banques de la place ne pouvaient effectuer de retrait qui dépasse les 500 dollars. Les commerçants qui achètent à l’étranger avec la devise étasunienne se plaignent du fait qu’ils ne peuvent pas trouver sur le marché les dollars. Les cambistes commencent également à s’inquiéter.

Le gouverneur de la Banque de la République d’Haïti (BRH) ou encore la Banque Centrale, Banque des banques qui contrôle et régularise la question de la monnaie a fait savoir que le problème de liquidité de dollars sur le marché provient du fait qu’il y a de très forts retraits de billets verts dans les banques et le marché parallèle consomme aussi beaucoup de dollars. Il a conseillé aux gens d’utiliser d’autres manières d’effectuer les transactions bancaires telles : Carte de crédit, virement bancaire, chèques de directions et autres. Il demande également aux responsables des banques et des maisons de transfert d’offrir un meilleur taux de change aux clients pour faciliter les transactions. Le dollar se change a 40,90 gourdes à l’achat et 41,50 à la vente.

Face au problème de rareté de dollars sur le marché, la commission de l’économie et de finance du Sénat de la République dirigée par le sénateur Jocelerme Privert a convoqué le ministre de l’économie et des Finances, André Georges Lemercier, accompagné du gouverneur de la Banque centrale, Charles Castel, le mardi 13 décembre dernier pour donner des explications sur cette question de rareté de dollars. D’autres questions étaient à l’ordre du jour, entre autres : le budget rectificatif 2011-212, le Fonds National d’Education, la création d’une banque de développement capable de canaliser les investissements dans le pays.

Après avoir scruté toutes les causes culturelles, structurelles et conjoncturelles qui provoquent la rareté de dollars sur le marché et évalué toutes les conséquences sur l’économie du pays, à la sortie de cette rencontre, quatre (4) dispositions ont été adoptées et annoncées par le président de la commission sénatoriale, Jocelerme Privert : « La première décision, nous avons dit que la mesure que le gouverneur a prise d’exiger que la loi soit respecté en matière de paiement des transferts venant de l’étranger en monnaie nationale, cette mesure doit se faire de façon graduelle pour permettre aux opérateurs qui agissent dans ce secteur, soit de se recycler ou qu’il y ait de nouvelles opportunités créées pour ces derniers. La deuxième mesure que nous avons envisagée est qu’il y ait des préoccupations de la part de certains sénateurs par rapport à certaines dépenses qu'ils imputent au Gouverneur de la Banque Centrale et qu’il y ait eu des demandes de documents pour les justifier. C’était beaucoup plus des préoccupations que des faits réels. Le Gouverneur a pris l'engagement de communiquer au parlement les documents qui justifient les dépenses de la Banque Centrale.

Le troisième engagement que les autorités monétaires et financières ont pris devant le sénat c'est qu'il y ait une loi qui fixe la limite des transactions en dollars dans le pays, et nous pensons que indépendamment de toutes les mesures prises, c'est la loi qui doit être respectée. Il n’y a aucune loi qui autorise la limite des retraits en cash à 500 dollars. La loi fixe à 10,000 dollars le maximum qu'une personne peut déposer en cash et le maximum qu'une personne peut retirer en cash va être instruit. La quatrième grande décision que nous avons prise, c'est que la Constitution indique que la gourde est la monnaie nationale. Elle exige que toutes les transactions qui sont faites dans le pays se fassent en monnaie nationale et nous demandons aux autorités politiques, à savoir le Ministre des Finances, le Ministre du Commerce, le Gouverneur de la Banque Centrale qu’ils rappellent à tout le monde dans le pays que l'école, les loyers, les transactions dans les Markets, magasins doivent être payées en gourde, et que le citoyen a le devoir de payer en monnaie nationale.»

Le plus gros problème que le pays confronte, c’est qu’on a toujours tendance à faire toutes les transactions financières en dollars alors que le pays ne produit presque rien pour en attirer. Malheureusement, les autorités du pays préferant la politique du marché libre, du laisser faire ; aucune disposition n’a été prise pour prévenir ce qui est en train de se passer. Depuis le début des années
80, l’application de la politique néolibérale en Haïti par le dictateur, Jean Claude Duvalier a violé la loi haïtienne qui disait : « cinq (5) gourdes sont égales à un (1) dollar. » qui pis est, depuis des années, les grandes transactions se font en dollar et l’Etat ne fait rien.

http://www.haiti-liberte.com