Bientôt, un triste premier janvier
Par Ghislaine Rey Charlier
Haiti Liberté,édition du 28 Décembre au 3 Janvier 2012
Dès le jour où nos dirigeants ont abandonné la ligne de conduite tracée par notre grand Dessalines, l’indépendance d’Haiti s’est trouvée compromise, car l’essentiel était et est encore, la préservation du territoire national conquis par nos aïeux, anciens esclaves et anciens affranchis, au cours d’une lutte héroïque. On affirme actuellement que des gens, qui ne sont pas du pays, achètent les terres des paysans aux abois pour une poignée de dollars.
Selon les mieux informés, le danger se précise. Les patriotes ont le coeur brisé et ils ont honte. Comment la diaspora peut-elle accepter sans indignation, sans protester, qu’un proconsul fasse la pluie et le beau temps en Haiti ? Celle-ci serait-elle déjà une colonie ? En tout cas, il s’en faut de peu si l’on n’y prend garde. Deviendra- t-on un nouveau Porto Rico, un nième état de qui l’on sait ? Les Haïtiens de la diaspora sont-ils à vendre ou déjà vendus ?
Les hommes qui ont fait 1804, appuyés par leurs femmes et la majorité de la population, ont tout sacrifié pour affronter les esclavagistes, malgré les fatigues et la faim. Nous savons de plus que, souvent, ils étaient à peine vêtus, très peu et très mal armés. Que depuis l’indépendance, ce pays ait été sans cesse menacé, calomnié, pillé, acculé à une misère effroyable avec, bien sûr, l’aide de gouvernements apatrides ou inconscients. Est-ce une raison d’abandonner le peuple haïtien en le rendant responsable de son malheur ?
Un peu d’histoire nous permet, certes, de mieux comprendre ce qui se passe. La merveilleuse Grèce en a vu de toutes sortes en matière d’agressions, d’occupations, ce, depuis des millénaires. Point n’est besoin d’être noir pour être maltraité par plus fort que soi. La courageuse Irlande a résisté durant quelque huit siècles aux menées d’un oppresseur trop proche.
Que des collabos, des sousous s’inclinent sans pudeur devant le dieu dollar, les gens honnêtes n’ont pas à les imiter. Quant aux patriotes, même s’ils bénéficient d’un accueil bienveillant en terre étrangère, qu’ils y gagnent décemment leur vie et peuvent envoyer une aide indispensable à leurs familles, ils devraient se dire qu’il existe un peuple qui a faim et qui, à Port-au-Prince, vit encore sous des tentes sommaires.
Les Irlandais, Italiens, Français, Sud-Américains et beaucoup d’autres n’oubliant pas leurs pays d’origine, protestent lorsque leur liberté est en péril ou que des dictateurs protégés par les grandes puissances leur rendent la vie misérable.
Le devoir de tout être humain est, dès l’adolescence, de défendre la liberté et la justice. Faut-il laisser aux seuls démocrates étrangers le courage de défendre Haiti ?
En Haiti, le peuple est dépourvu de tout moyen de défense. Nous autres, Haïtiens d’origine, nous ne sommes pas astreints aux dures luttes armées de jadis, mais chacun sait qu’une lutte pacifique, persévérante peut aboutir à la victoire, pourvu qu’elle soit l’oeuvre d’un nombre important d’amis de la démocratie.
Que se passe-t-il ? Comment at- on éduqué la nouvelle génération ? Ne lui a-t-on pas appris que nos ancêtres esclaves ont non seulement lutté sans cesse, mais que, devenus libres grâce à leur courage extraordinaire, ils ont, dès l’indépendance, soutenu la lutte des opprimés contre leurs oppresseurs ? Dessalines, Pétion, et d’autres l’ont fait.
Nous en appelons à tous, ceux qui croient encore à la liberté, à la justice, comme y ont cru ceux auxquels nous devons notre existence.
Ghislaine Rey Charlier Montréal, décembre 2011-12-27 N.B : L’auteur de cet article avait publié en 2004, une brochure « Contre l’Occupation d’Haiti » aux éditions de la Sorhica


