Occupation :Visite du Conseil de Sécurité de l’ONU sur fond de protestation
Par Thomas Péralte
Haiti Liberté: le 15 au 21 Février 2012
Au moment où l’expert indépendant des Nations Unies, Michel Forts effectuait une visite d’évaluation de la situation des droits de l’homme en Haïti, le Conseil de Sécurité des Nations Unies s’apprête à se rendre en Haïti. La population continue de manifester pour dénoncer les exactions des soldats de l’ONU et exige leur départ sans condition. Aux Gonaïves, le jeudi 9 février dernier, des centaines de personnes ont manifesté dans les rues contre la présence des casques bleus de l’ONU en Haïti. Les manifestants ont dénoncé deux agents pakistanais de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah), de l’ONU d’avoir violé un jeune garçon âgé de 14 ans, le dénommé Roody Jean, le
20 janvier dernier. Les manifestants très hostiles à la Minustah ont lancé des propos injurieux envers les soldats de l’ONU. Ils ont fait savoir qu’ils n’ont pas l’intention de lâcher prise jusqu’à ce que les forces d’occupation de l’ONU quittent le pays.
Par ailleurs, une patrouille de la Minustah qui se trouvait sur le parcours de la manifestation n’a pas hésité de provoquer les protestataires en colère en tirant des coups de feu en l’air pour essayer de les intimider. En revanche, certains manifestants ont lancé des jets de pierre en direction des occupants.
Suite à l’énième cas de viol commis par des casques bleus de l’ONU aux Gonaïves sur le jeune mineur Roody Jean, le gouvernement haïtien est sorti de son silence complice. Le ministre de la justice, Michel Brunache, au nom du gouvernement a adressé une correspondance au chef civil de la Minustah, Mariano Fernandez pour lui faire part de la préoccupation du gouvernement devant une série de cas d’abus sexuels sur des mineurs haïtiens par les soldats de la Minustah. Le gouvernement haïtien exige que la justice soit rendue conformément aux dispositions légales et conventionnelles régissant les rapports entre l’Etat haïtien et les Nations Unies.
Le mercredi 8 février 2012, le Sénat haïtien a unanimement adopté une résolution demandant que les soldats pakistanais de la Minustah accusés de viol sur le jeune gonaïvien soient jugés par devant les tribunaux haïtiens. Par cette résolution, le Sénat recommande la levée de l’immunité des soldats indexés par des témoins, par la police et par la clameur publique comme présumés auteurs de ce viol. Selon la résolution, dans les cas de viol, c’est la loi du lieu (ratione loci) qui doit prévaloir.
Le sénateur Youri Latortue qui a fait cette proposition de résolution a rappelé que du 18 janvier 2005 au 31 janvier 2012, 14 cas d’exactions commises par les soldats de la Minustah ont été répertoriés dans le pays. Le viol, le harcèlement sexuel, le détournement de mineurs, la Sodomie forcée, la torture constituent des infractions graves portant atteinte à la dignité humaine et sont également des actes deshumanisants et dégradants.
Rappelons que le Sénat a déjà voté une résolution demandant la fin du mandat de la Minustah d’ici octobre
2012. Certains estiment que les membres du pouvoir législatif n’ont pas besoin de passer par quatre chemins pour mettre fin au mandat illégal des forces d’occupation de l’ONU, présentes dans le pays depuis juin 2004. Il suffit de demander à l’Exécutif la transmission de l’accord du 29 juillet 2004, signé par l’ex-Premier ministre de facto, Gérard Latortue et le représentant des Nations Unies Adama Guindo pour le sanctionner.
A noter que l’expert Indépendant, Michel Forst sur la situation des droits de l’homme en Haïti, malgré la violation flagrante des droits des Haïtiens par les casques bleus de l’ONU, refuse de se prononcer sur l’ensemble des cas innombrables répertoriés. « Ecoutez, c’est une question qui est abordée à chacune des conférences de presse, je le sais, parce que je lis toutes les semaines les notes de points de presse de la MINUSTAH. C’est un sujet qui préoccupe beaucoup les Haïtiens et la presse haïtienne mais le mandat qui m’a été confié est un mandat très cadré par une décision du Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies et ce mandat ne porte pas sur la MINUSTAH. Néanmoins, je suis un Expert Indépendant ce qui signifie que j’ai la liberté de parole. J’ai la liberté de dire ce que je pense. Même s’il ne m’appartient pas de m’exprimer publiquement devant vous, sachez que je me suis exprimé sur ce sujet à différents niveaux au sein du système des Nations Unies ; mais il ne m’appartient pas de dire ici ce que j’ai dit aux membres de la MINUSTAH. Je pense qu’une réponse officielle a été donnée et la position de la MINUSTAH est rappelée à chaque fois ; l’immunité ne signifie pas l’impunité. Je suis au courant des demandes qui ont été faites et je crois que la Porte-parole de la MINUSTAH a déjà répondu sur ce point. Je crois qu’elle a un document écrit qui donne la position de la MINUSTAH sur cette question. »
Dans la foulée, les 15 membres du Conseil de Sécurité des Nations Unies, dirigé actuellement par un Togolais, sont arrivés en Haïti le lundi 13 février pour une visite de 3 jours, pour évaluer l’exécution du mandat de la Minustah, la situation sécuritaire, politique, l’état d’avancement des conditions de vie de la population sinistrée du séisme du 12 janvier et les aides de la communauté Internationale. La délégation composée de 5 pays membres permanents (Etats-Unis, Chine, France, Royaume-Uni, Russie) et non-permanent, entre autres, l’Afrique du Sud, l’Allemagne, la Colombie, le Guatemala, le Maroc, l’Inde, le Pakistan, le Portugal, le Togo, l’Azerbaïdjan est conduite par Susan Rice, représentante des Etats-Unis. La présente mission comprend également les Ambassadeurs Agshin Mehdiyev de l’Azerbaïdjan, Yang Tao de la Chine, Néstor Osorio de la Colombie, Gérard Araud de la France, Peter Wittig de l’Allemagne, Gert Rosenthal du Guatemala, Hardeep Singh Puri de l’Inde, Mohammed Loulichki du Maroc, Raza Bashir Tarar du Pakistan, José Filipe Moraes Cabral du Portugal, Nikita Y. Zhukov de la Russie, Baso Sangqu de l’Afrique du Sud, Kodjo Menan du Togo -- et président actuel du Conseil de Sécurité, et Philip Parham du Royaume-Uni et de l’Irlande du Nord.
Arrivée à Port-au-Prince, ils ont donné une conférence de presse au Log base de la Minustah, situé à Tabarre, nord de la capitale, où ils ont déclaré : « C’est pourquoi, en Haïti, le Conseil de Sécurité entend réitérer son soutien continu au gouvernement et au peuple haïtien dans leurs efforts visant à reconstruire leur pays, à consolider la paix, la démocratie et la stabilité, à promouvoir le redressement et le développement durable , et d’ évaluer la mise en oeuvre de ses résolutions pertinentes, en particulier, la Résolution
2012 (2011), et d’examiner les progrès enregistrés par le gouvernement haïtien, avec l’aide de la communauté internationale, principalement la MINUSTAH, dans les efforts déployés pour relever les défis interconnectés dans les domaines de la stabilité et de la sécurité, y compris le renforcement de l’Etat de droit et la protection des civils; le développement économique et social, la réforme institutionnelle et la gouvernance, la gestion des frontières et les droits de l’homme ». Selon ce qu’on dit le Conseil vient en Haïti de son propre chef, non sur l’invitation de quiconque, mais en coordination avec les autorités du pays hôte. Cette visite a été étroitement coordonnée par les autorités locales et les représentants des Nations Unies sur le terrain. Durant leur séjour les membres du Conseil de sécurité, s’entretiendront avec le président Michel Martelly, le Premier ministre Garry Conille, des parlementaires et des représentants de la société civile minoritaire.
Le Conseil effectuera également des visites sur le terrain, dans les bases des forces d’occupation de l’ONU, des camps des déplacés internes, victimes du séisme de 12 janvier 2012.
De leur côté des organisations du mouvement social haïtien qui revendiquent toujours le départ des forces d’occupation sur le territoire national, justice et réparation pour toutes les victimes des soldats de l’ONU, particulièrement celles de l’épidémie de Choléra importée par les casques bleus, ont organisé des mouvements de protestation contre l’occupation du pays par la Minustah. Dès l’arrivée du Conseil de Sécurité, devant Log base, où ils ont rencontré la presse, des dizaines de militants anti-occupation ont manifesté pour exiger le retrait définitif de la Minustah d’Haïti. Les manifestants ont brandi des pancartes sur lesquelles s’inscrivaient des slogans tels que : « occupation est contraire à la Démocratie ! Minustah = Choléra ! Minustah= Ingérence ! Minustah= violence sexuelle ! Minustah= violation des droits humains ! Conseil Sécurité de l’ONU, Haïti n’a pas besoin d’occupation.
« La Minustah doit partir...» Ils ont lancé des propos hostiles contre les occupants de la Minustah qui se sont postés à l’entrée de log base, en face des protestataires. Le mardi 14 févier, des centaines de personnes ont manifesté à Port-au-Prince contre la Minustah. Cette manifestation a démarré au Fort-National là où se trouve une base du contingent brésilien. Au moment où se déroulait cette manifestation, les membres du Conseil de Sécurité étaient à l’intérieur de cette base. Les manifestants ont lancé des propos hostiles à l’encontre des soldats présents devant la base qui étaient très menaçants. Les manifestants anti-Minustah ont poursuivi leur parcours pour se rendre au Champ-de-Mars en passant par devant les ministères de la Justice et des Affaires sociales avant de prendre fin devant la barrière nord du palais national au Champ-de-Mars.


