Double nationalité : Martelly et Conille dos à dos

Double nationalité : Martelly et Conille dos à dos

Par Isabelle L. Papillon

Haiti Liberté:édition du 22 au 28 février 2012

L’éclatement du dossier de nationalité étrangère des différents membres du pouvoir en place aurait une répercussion néfaste sur le gouvernement Martelly-Conille et la plateforme politique INITE. En plus des problèmes de l’amendement falsifié de la constitution haïtienne de
1987, des élections pour le renouvellement d’un tiers du Sénat de la République, des Collectivités territoriales et d’autres postes vacants à la Chambre des députés, une crise de gouvernance pointe à l’horizon.

En effet, suite à l’invitation faite par la commission spéciale sénatoriale, chargée d’enquêter sur la nationalité des membres du gouvernement de Garry Conille, qui, à la dernière minute, n’ont pas répondu, la Commission avait décidé de les convoquer pour le jeudi 16 février dernier.

Cette convocation a fait l’objet d’une pomme de discorde au sein même du gouvernement. A l’exception du Premier ministre Garry Conille, les 17 ministres du gouvernement, qui se sont réunis sur ordre du président Martelly ont rejeté l’invitation de la Commission. La Commission, de son côté, a jugé nécessaire de passer à une autre vitesse : une convocation à chaque ministre a été acheminée. A cette convocation seul le Premier ministre a répondu présent.

Suite à la décision de la Commission de transformer l’invitation collective du gouvernement en convocation individuelle le chef du gouvernement, Garry Conille a hâtivement réagi pour passer des instructions aux membres de son gouvernement. Dans un communiqué de la Primature, le Premier ministre a ordonné à chacun des membres de son Cabinet de répondre à la convocation de la Commission au lieu et à l’heure indiqués, et ceci, disait-il, en raison du caractère impératif de l’acte de convocation et dans le respect des prérogatives constitutionnelles de chaque pouvoir de l’Etat. Alors que selon le ministre chargé des relations entre l’Exécutif et le Législatif, Ralph Théano, une décision a été adoptée en Conseil des ministres présidé par Michel Martelly pour ne pas faire le dépôt de documents de voyages réclamé par la Commission. « Ce n’est pas une décision prise à la légère, car nous avons consulté plusieurs grands Cabinets d’avocats en plus des hommes de lois chevronnés qui sont membres de l’Exécutif. » A martelé le ministre Théano.

Le jour même de la convocation, le ministre Théano a transmis une correspondance à la Commission pour solliciter un report à la huitaine de la convocation, soit le jeudi 23 février
2012 au regard des différentes activités ministérielles, nécessitant des déplacements sur le terrain. Cette lettre a porté la signature de tous les ministres, sauf du Premier ministre. Il est clair que les consignes du Premier ministre, n’ont pas été respectées en cette circonstance, c’est l’ordre du président Martelly qui est respecté à la lettre. N’y-a-t-il pas là une crise de gouvernance, de leadership sérieux qui est à la base de la division au sein du pouvoir exécutif. De toute façon, le Premier ministre n’entend pas démissionner, « Si à chaque fois qu’on est confronté à des difficultés, des contradictions, on doit se poser des questions sur la nécessité ou non de rester à son poste, le pays n’ira nulle part, » répondant aux questions de la Commission d’enquête.

Entre-temps un conflit ouvert a éclaté entre les deux sénateurs de l’INITE, Moïse Jean Charles et Joseph Lambert. Le sénateur du Nord exige la démission de deux collègues à la tête de la Commission d’enquête : Joseph Lambert et Youri Latortue pour détourner la bonne marche de l’enquête, de connivence avec le président Martelly. Le dimanche 12 février 2012, à Jacmel, dans l’ambiance Carnavalesque, le président Martelly a publiquement promis son support au sénateur Lambert pour les prochaines sénatoriales. Avant même l’aboutissement de l’enquête sur la nationalité des membres du pouvoir en place, le doute plane toujours sur la nationalité du président Martelly . Le président de la Commission, Joseph Lambert reproche à l’accusateur, le sénateur Moïse Jean Charles d’avoir induit la Commission en erreur. Il est allé jusqu’à dire que le sénateur Moïse s’est couvert de ridicule à travers de nouvelles révélations farfelues qu’il avait faites sur le président en présence de vingt-deux de ses collègues.

Dans la foulée, la Coordination nationale de la Plateforme politique l’INITE, montée de toutes pièces par l’ex-président, René Préval, dans une note de presse, a fixé sa position et n’entend pas appuyer son coordonnateur, Joseph Lambert dans sa prise de position, particulièrement dans le dossier de la double nationalité qui plonge le gouvernement Martelly-Conille dans des difficultés énormes et qui risque de l’éclater. Les signataires de cette note entre autres, Jean Joseph Molière, Paul Denis, Gérald Germain, Levaillant Louis Jeune, Sorel Jacinthe ont critiqué les dérives du pouvoir et annoncent qu’ils se sont démarqués des prises de position du coordonnateur de la plateforme, Joseph Lambert. Ils encouragent les membres du gouvernement sortis des rangs de l’INITE à répondre aux exigences de la Commission d’enquête.

Le refus catégorique du président Martelly, ses ministres et quelques secrétaires d’Etat de se soumettre à des exigences constitutionnelles et des manoeuvres de certains, visant à transférer le dossier de la double nationalité au pouvoir judiciaire, suscitent beaucoup plus de suspicions chez certains observateurs. Vu que deux cas avérés ont été déjà découverts par la Commission d’enquête, il s’agirait d’un ministre et d’un secrétaire d’Etat. Le sénateur Moïse Jean Charles décortiquant la lettre de l’ambassade des Etats-Unis, tient toujours mordicus que le président Martelly à la nationalité étasunienne et italienne. Il estime que le refus des ministres de respecter les consignes du Premier ministre, est une manoeuvre du président Martelly visant à déstabiliser et à isoler le chef du gouvernement jusqu’à provoquer sa démission. Garry Conille de son côté n’entend pas démissionner de son poste. Pour lui, remettre sa démission quand les choses se compliquent, n’est pas la meilleure attitude à adopter. Un fait est certain : le dossier de la double nationalité finirait par faire basculer le pouvoir en place.

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