Le Conseil de Sécurité de l’ONU en Haïti :Amplification des protestations

Le Conseil de Sécurité de l’ONU en Haïti : Amplification des protestations

Par Yves Pierre-Louis

Haiti Liberté:édition du 22 au 28 février 2012

Durant la visite des membres du Conseil de Sécurité de l’Organisation des Nations Unies en Haïti, du 13 au 16 février dernier, des organisations du mouvement progressiste et mouvement social haïtiens, des victimes de l’épidémie de Choléra importée par les soldats de l’ONU ont organisé diverses formes de protestation contre la présence des forces étrangères sur le territoire national. Elles ont exigé du même coup justice et réparation pour toutes les victimes d’innombrables exactions des soldats de l’ONU, notamment celles du Choléra et des violences sexuelles. Les protestations vont des manifestations des rues aux lettres ouvertes adressées particulièrement au Conseil de Sécurité, l’organe décisionnel en dernier ressort de l’ONU pour maintenir la Minustah en Haïti.

Dès l’arrivée du Conseil à l’aéroport International Toussaint Louverture de Port-au-Prince, le lundi
16 février, des dizaines de militantes anti-occupations, ont organisé un sitin devant le quartier général des Nations Unies en Haïti, appelé « Log Base » sis à Tabarre. Le lendemain, mardi
14 février, des centaines de personnes ont pris part à une manifestation partant du Fort-National pour se rendre au Champ-de-Mars, alors que les membres du Conseil étaient en visite à l’une des bases du contingent brésilien dans le quartier populaire de Fort-National.

Le jeudi 16 février 2012, dans l’après-midi, alors que le Conseil s’apprêtait à s’envoler pour les Etats- Unis, au moment où il s’adressait à la presse au salon diplomatique à l’aéroport, des centaines de victimes de Choléra accompagnées de militants anti-occupation ont manifesté devant l’aéroport pour demander justice et réparation pour les victimes de Choléra, de viol, de violations des droits humains et le départ inconditionnel des forces illégales de l’ONU sur le territoire national. « Nous demandons au Conseil de Sécurité de partir avec ses forces, Haïti n’a pas besoin de ces forces d’occupation. Il n’y a pas de guerre, pas de conflit. Haïti a besoin de solidarité et de coopération internationales. Nous demandons justice et réparation pour des milliers de victimes de Choléra- Minustah, pour les victimes de viol des soldats de l’ONU et pour tous les autres crimes odieux commis par les casques bleus de l’ONU. Justice pour Johny Jean, Rood Jean, Gérald Gilles. » Le chef de la délégation onusienne, Susan Rice, la représentante des Etats-Unis à l’ONU a fait savoir que le Conseil a entendu la voix qui s’élève contre la présence de la Minustah en Haïti et exige son départ : « Nous sommes conscients que certaines personnes veulent le départ de la Minustah, cependant, je dois vous dire que beaucoup d’autres à Miragoâne, à Léogâne et à Port-au-Prince pensent que la Minustah doit continuer à faire son travail » a-t-elle déclaré.

Toutefois elle reconnait que les soldats de l’ONU ont eu des comportements irrévérencieux à l’encontre des idéaux fondamentaux ayant conduit à la création de la mission. « Nous prenons très au sérieux les cas d’abus sexuels et de violences perpétrés par les casques bleus sur la population. Nous demandons la poursuite des investigations afin que les accusés soient traduits par devant la justice. Nous continuons de suivre la situation de très près. » a-telle indiqué avant de quitter Haïti.

Par surcroit, des lettres ouvertes ont été adressées également au Conseil de Sécurité des Nations Unies pour exiger le retrait immédiat de la MINUSTAH en Haïti, la réparation civile pour les victimes de Choléra, d’abus sexuels et des violations systématiques des droits humains perpétrées par les agents de la Minustah. Les organisations signataires de cette lettre regroupées au sein du Collectif Mobilisation pour dédommager les victimes de Choléra, ne cachent pas leur indignation, face aux violations des droits humains commises par les soldats de L’ONU en Haïti. « Révolté de ces différentes exactions, les militaires , les policiers et les agents civils de la MINUSTHA ; tenant compte de l’illégalité et l’illégitimité de cette force d’occupation constituant une gifle à notre histoire de première république noire indépendante, le Collectif de Mobilisation pour le Dédommagement des Victimes du Choléra estime nécessaire de vous adresser la présente correspondance en vue de solliciter de vous le retrait immédiat de la MINUSTHA et la réparation civile pour les victimes de choléra, d’abus sexuels et de violations systématiques de droits humains en Haïti. »

Il souligne une fois de plus le caractère illégal et illégitime de la présence de la Minustah dans le pays. Il note également de multiples cas de violations des droits humains et des violences sexuelles avant de conclure ainsi : « En conséquence, le Collectif de Mobilisation pour le Dédommagement des Victimes du Choléra demande : - Le départ immédiat des forces d’occupation des Nations Unies - La réparation civile des milliers de victimes du choléra et des victimes de viols - La levée de l’immunité des soldats de la Minustah, impliqués dans actes criminels, afin qu’ils puissent être jugés par la justice haïtienne. »

Un autre réseau d’organisations et d’institution du mouvement social haïtien s’est adressé également au Conseil de Sécurité pour continuer de réclamer le droit à l’autodétermination du peuple haïtien : « Non à la tutelle déguisée en Haïti ! Non à la recolonisation sournoise de notre pays ! Non à la destruction de nos Institutions ! Oui à l’Auto-détermination du peuple haïtien ! Nous, organisations du Mouvement Social Haïtien concernées par le présent et l’avenir du pays et signataires de cette lettre ouverte, tenons à vous renouveler notre refus le plus entier à l’expression la plus honteuse et hideuse de l’occupation en Haïti, nous voulons citer la MINUSTAH. 8 ans d’occupation militaire porteuse de kidnappings, de viols collectifs de mineurs-es, de pendaison, de prostitution de familles entières à travers des marchandages de services sexuels contre nourriture, de domestication du système judiciaire dans les villes intérieures et régions rurales du pays, de répression contre les quartiers populaires et les protestations pacifiques. Pire encore, des soldats de la MINUSTAH ont introduit le Choléra sur le territoire haïtien provoquant la mort de plus de 7000 personnes et laissant des enfants orphelins désemparés à travers le pays et une nouvelle source de stigmatisation. NON ! NOUS EXIGEONS JUSTICE ET RÉPARATIONS POUR LES VICTIMES DES INNOMBRABLES CRIMES COMMIS PAR VOS SOLDATS ET POLICIERS ! NOUS VOULONS QUE VOS TROUPES PARTENT LE PLUS VITE QUE POSSIBLE ! »

208 ans après l’indépendance de la première République noire, les anciennes puissances coloniales et les forces impérialistes cherchent toujours par tous les moyens à maintenir Haïti sous leur domination récurrente. Elles fomentent toutes sortes de complot contre Haïti. Elles tiennent Haïti dans une spirale de dictature et d’occupation pour continuer de piller et d’exploiter les richesses du pays et la population est devenue de plus en plus appauvrie, dont la seule issue est de recourir à la migration vers d’autres pays, a la recherche d’un mieux-être. La preuve, c’est que depuis plus de huit (8) ans, les pays riches (Etats-Unis, la France, Canada et autres) ont usé de leur influence sur Haïti, par l’entremise de l’ONU, et imposé une force d’occupation sur la terre de Dessalines. Depuis lors, rien n’a changé, la situation de la population haïtienne s’empire constamment. Au contraire, l’occupation a ajouté un autre fardeau aux calamités du peuple haïtien, outre l’importation du Choléra, elle tue et viole. La Minustah n’est pas une force de maintien de la paix comme on veut le faire croire, c’est une force d’occupation qui impose la volonté de la communauté Internationale du point de vue politique, économique et social.

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