Garry Conille démissionne !

Par Isabelle L. Papillon, Haiti Liberté, le 29 février 2012

Quatre mois après l’installation du Dr. Garry Conille à la Primature, l’expérience des deux ailes du régime macoute néo duvaliériste n’a pas fait pas long feu. Le Premier ministre Garry Conille s’est vu dans l’obligation de remettre sa démission au président Michel Joseph Martelly par une lettre datée du 24 février 2012. «  Monsieur le président de la République, je me vois dans l’obligation de vous présenter ma démission comme Premier ministre du gouvernement de la République d’Haïti »,  a écrit Garry Conille. Et des copies conformes ont été adressées aux présidents des deux Chambres: l’Honorable Levaillant Louis , de la Chambre des Députés ; l’Honorable Simon Dieuseul Desras, président du Sénat de la République.

Le même jour, dans une lettre responsive, le président Michel Martelly confirmait la démission de son Premier ministre, Garry Conille : « J’accuse réception de votre lettre du 24 février 2012 par laquelle vous avez présenté votre démission comme Premier ministre du gouvernement de la République d’Haïti. Je vous informe, par la présente, que votre démission est acceptée », lit-on dans cette lettre.

Plus tard dans la soirée, il s’est adressé à la nation pour informer le peuple  haïtien et la communauté internationale sur l’état de la situation : « Ce matin, le Premier Ministre Garry Conille m’a présenté sa lettre de démission, je l’ai acceptée. Je profite pour le remercier de son engagement. Certes, je regrette que cette démission survienne dans un contexte où le pays démarre. Mais je tiens à vous rassurer, j’ai déjà pris contact avec les Présidents des deux chambres, qui avaient déjà reçu une copie de cette lettre. Nous avons pris l’engagement d’harmoniser nos efforts pour une sortie rapide de cette situation et pour que je propose un nouveau Premier Ministre. Aux partenaires tant nationaux qu’étrangers qui veulent investir dans le pays et créer du travail, je leur demande de garder leur sérénité. Toutes les dispositions ont été prises pour que l’Etat remplisse ses engagements vis-à-vis de la population. L’Exécutif et le Parlement travaillent au renforcement de leurs rapports, comme il se doit, se mettent déjà ensemble pour une sortie de crise immédiate. Peuple Haïtien, vous savez que vous pouvez compter sur moi, comme moi je peux compter sur vous. Je vous ai fait des promesses, je les respecterai. Qu’on le veuille ou pas, la victoire appartient au peuple. »

Suite à la démission prévisible de Garry Conille, des réactions sont venues de partout. D’abord du Parlement haïtien, Levaillant Louis Jeune a fait savoir qu’au niveau du Parlement, on a déjà reçu la lettre de démission du Premier ministre et la réponse du président. Le nécessaire a été fait pour ne pas arriver là. « Nous étions favorables à une entente, nous avons profité de la période du carnaval pour rencontrer tous les secteurs afin de trouver une issue heureuse à la crise politique. Nous avons rencontré le Premier ministre, le président de la République, les responsables de l’église, de la société civile, les ambassadeurs, mais l’esprit d’intransigeance du président Martelly n’a pas facilité notre démarche.

Après la réception de la lettre de démission du Premier ministre, nous avons rencontré les présidents des Commissions au niveau de la Chambre des députés, nous nous sommes déjà entendus pour organiser une séance dans le but de comprendre mieux la vraie cause qui a conduit à la démission du Premier ministre, avant d’aller en consultation avec le président Martelly dans le cadre du processus de désignation d’un autre Premier ministre. Le problème reste en entier, nous allons stopper le processus de vote du budget à un gouvernement démissionnaire. Le pays est bloqué, il n’y a pas de gouvernement, tous les projets sont bloqués. En cas de démission du Premier ministre, le gouvernement reste en place jusqu’à la nomination de son successeur pour expédier des affaires courantes. »

Dans un appel à la nation, les présidents des deux Chambres s’interrogent sur ce qui a provoqué la démission du Premier ministre au moment où le pays fait face à toutes sortes de crise : « Qui aujourd’hui refusait de se soumettre à l’ordre démocratique ? Qui sont ceux qui font souffler un vent de fronde au sommet de l’État ? Cette adresse part du constat que les espaces de pouvoir, chez nous, dans notre Pays, sont habités par la déraison qui, si elle ne devait pas arrêter au plus vite, menace de précipiter la population haïtienne dans le dernier désarroi. Voilà deux années déjà depuis que notre terre a tremblé pour ajouter à nos malheurs des pertes si énormes que le reste de l’humanité n’a pas hésité à admettre avec nous l’idée de la reconstruction nécessaire. Un tel contexte devrait suffire pour motiver les hommes et les femmes d’État dans ce qui constitue leur tâche, celle qui appellerait à son tour à des discours, des comportements et des actes en conformité avec les urgences de l’heure. Mais, voilà que nos élus, au lieu de s’y faire, ont préféré développer une familiarité avec l’idée de manquer aux engagements publics, par la crainte des sacrifices, par lâcheté ou par cupidité. Cette irresponsabilité vaut au Pays et au peuple une série de débats tumultueux, vides, sans portée, sans conséquences qui versent dans la trivialité ou le terre à terre en marge des intérêts nationaux. L’impression des citoyens, aujourd’hui, est qu’ils ne sont pas gouvernés, que le présent est insaisissable et l’avenir hypothéqué.

Cette situation de grande inquiétude détourne l’attention de la population, dérange les capacités et empêche les hommes et les femmes de se mettre au travail dans leur pays qui attend d’être reconstruit. Ce conditionnement compris de la sorte doit être contourné ; et là où l’Etat menace de céder, il appartient aux citoyens d’assumer leur rôle pour obliger ou forcer les dirigeants à assumer le leur. La société civile, à travers ses structures organisées, ne devrait pas non plus attendre la catastrophe qui peut être prévenue. Convaincus de cette gravité, le Président du Sénat de la République et celui de la Chambre des Députés croient utile de lancer un appel urgent à la vigilance des citoyennes et des citoyens qui sauront veiller à côté de leurs mandataires pour éviter le pire. »

La communauté internationale par la voix du Chilien Mariano Fernández Amunátegui, Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies en Haïti, et chef civil de la force d’occupation, la Minustah, a fait part de sa vive préoccupation suite à la démission du Premier ministre, le Dr Garry Conille, quatre mois après sa nomination. M. Fernandez qui salue la contribution du Premier ministre au processus de stabilisation du pays, souligne que « la démission du Dr. Garry Conille démontre, malheureusement, que les déchirements ont pris le dessus sur la conciliation au détriment du pays, alors que la population haïtienne aspire à amorcer véritablement le tournant qui la conduira sur la voie de la reconstruction, de la croissance économique et du renforcement des institutions de l’État de droit». Appelant les autorités haïtiennes à privilégier et à maintenir un climat harmonieux et propice à la stabilisation démocratique d’Haïti et à la relance économique. Le Représentant spécial exhorte les autorités à désigner le plus rapidement possible un nouveau Premier ministre, afin d’éviter tout nouveau retard dans l’adoption des éléments prioritaires qui constituent le fondement de la stabilité politique, à savoir « l’adoption par le Parlement du budget national; l’élaboration d’un agenda législatif consensuel; la publication des amendements de la Constitution; et l’organisation des élections locales, municipales et sénatoriales de 2012, et à œuvrer ensemble en vue d’atteindre ces objectifs dans l’intérêt premier et unique du peuple haïtien. ».

Une fois de plus, la démission du Premier ministre, Garry Conille est un échec total de la communauté internationale, présente physiquement en Haïti depuis des années. Elle nous l’avait imposé pour continuer sa politique agressive de mise sous tutelle d’Haïti. En plus de l’occupation du pays, la communauté internationale utilise tous les laquais locaux pour asseoir sa domination. Des secteurs de la population dénoncent toujours l’échec de la communauté internationale et sa politique de domination et d’exploitation, mais également l’échec de la politique rétrograde du néo-duvaliérisme qu’on tente de faire renaître dans le pays. Les organisations populaires et progressistes d’Haïti qui dénoncent également cette politique de domination maintiennent leur vigilance afin de contrecarrer tous les projets macabres contre le peuple haïtien. Dans cette perspective, seule l’unité du camp populaire et progressiste, de la classe dominée, sous une direction éclairée, un leadership populaire parviendra à faire définitivement échec au projet de domination impérialiste.