Par Isabelle L. Papillon, Haiti Liberté, le 15 février, 2012
Au début du mois de février 2012, deux délégations gouvernementales ont laissé Haïti pour l'Amérique du Sud et du Nord. D'un côté, le président Michel Martelly qui était à la tête d'une délégation, composée entre autres des ministres des Affaires étrangères, Laurent Lamothe ; du Tourisme, Stéphanie Villedouin a laissé Port-au-Prince le vendredi 3 février pour le Venezuela où il a participé au XIe Sommet de l'Alternative Bolivarienne pour les peuples d'Amérique (ALBA). Il a profité de l'occasion pour qu'il se rende au Panama, à Bahamas avant de mettre fin à ce périple par Curaçao. Il est rentré au pays le jeudi 9 février dans la soirée.
D'un autre côté, le Premier ministre, Garry Conille, lui. a conduit une délégation à Washington, composée entre autres des ministres de l'Economie et des Finances, de la Condition et aux droits de la femme, Yanick Mézile ; du président du Sénat, Desras Simon Dieuseul, du président de la Commission des Affaires étrangères de la Chambre des députés, Levaillant Louis-Jeune, qui était invité à y prendre part, mais a décliné à la dernière minute cette invitation, en raison des tensions qui existent entre l'Exécutif et le Législatif.
Le jeudi 9 février 2012, à son retour à l'aéroport International Toussaint Louverture, le président Martelly a présenté le bilan de son voyage. Il a parlé de différentes rencontres qu'il a eues avec le président Vénézuélien et cubain, respectivement Hugo Chavez et Raul Castro. Il les invite à visiter Haïti. Le président Chavez de son côté a confirmé son intention de venir en Haïti, si son agenda le permet, il pourrait effectuer cette visite, lors d'une importante réunion de l'ALBA à Jacmel les
2 et 3 Mars prochain. Au cours d'une réunion de travail qui a duré des heures, le président Chavez s'était entretenu avec son homologue, Michel Martelly sur l'histoire enrichissante qui lie Haïti et Venezuela. Il s'est montré très reconnaissant envers la première république noire, quant à sa participation dans la lutte pour la libération de l'Amérique. Il a promis son plein soutien dans le processus de la reconstruction d'Haïti, et que le peuple Vénézuélien reste solidaire au peuple haïtien. " Il est de la responsabilité des pays de l'Amérique latine de rester unis pour aider Haïti. Nous devons trouver mille manières de coopérer davantage avec Haïti, trouver des ressources, inventer, créer. " A déclaré Hugo Chavez après la signature d'un accord entre le Venezuela et Haïti, qui permettra le développement des relations commerciales entre les deux pays.
De plus, le président Chavez invite Haïti à se joindre à l'utilisation du Système Unitaire de Compensation Régionale de paiements (SUCRE), un système utilisé par les pays membres de l'ALBA pour faciliter les échanges commerciaux. Le président Chavez a expliqué que : " Si un importateur Vénézuélien achète des textiles de la Bolivie, il n'a pas besoin de dollars, il paie en Bolivie ici à une banque vénézuélienne qui donne ces bolivars à la Banque Centrale du Venezuela, qui, dans le cadre du SUCRE, transfère les fonds à la Banque Centrale du Bolivie. Ainsi, l'importation vénézuélienne a payé ses marchandises en monnaie nationale. C'est merveilleux. "
Le ministre des Affaires étrangères, Laurent Lamothe qui a donné beaucoup plus de détails sur la tournée de la délégation et les accords signés a fait savoir : " C'est une tournée qui a duré 6 jours et qui nous a permis de réaliser 44 rencontres dans ces 6 jours ce qui fait nous pouvons qualifier cette tournée de succès éclatant pour Haïti. " Selon lui, 8 accords ont été conclus et signés portant sur plusieurs domaines : économique, agriculture, social, environnement et éducatif entre autres :
1) Le Venezuela a accepté d'augmenter le quota de barils de pétrole par jour de 14,000 à 20,000, ce qui donnera a Haïti 100 millions de dollars en plus par an dans le fonds Petro Caribe.
2) Pour Jacmel le Gouvernement vénézuélien a promis de réaliser un projet pilote dans le secteur de la déforestation, il va envoyer 50,000 arbres et 200,000 bonbonnes de gaz propane dont notre besoin s'élève à 700.000.
3) Le Venezuela a confirmé l'envoi d'un diesel de meilleure qualité, qui contient moins de sulfure (de 0.05 à 0.02)
4) Pour le Cap, le Venezuela va augmenter la capacité de production des usines électriques, de 13Mw à 30Mw, un projet qui peut prendre entre 8 à 12 mois pour être réalisé.
5) Formation d'une Commission mixte, pour gérer tous les projets. En plus de Petro Caribe, il y a plusieurs autres projets tels : une raffinerie, stockage du carburant, stockage d'asphalte, de réchauds... Cette Commission sera co-présidée par les Chanceliers Laurent Lamothe et Nicolás Maduro
6) Dans la relance de la production agricole, Président Chávez affirme que le Venezuela devrait nous aider. Le Venezuela a proposé la création d'un fonds, pour garantir l'achat des récoltes aux paysans
7) Le Venezuela offre à Haïti une mesure spéciale dans le cadre du fonds Petro Caribe, qui permet de garder une partie pour le développement des quartiers populaires. Haïti doit choisir les quartiers dans lesquels ils vont commencer ce projet pilote et ils vont mettre des fonds pour rénover les quartiers.
8) Le Venezuela va envoyer 3 missions ce mois-ci : une première va venir dans 3 jours pour une semaine, une autre mission viendra du 17 au 19 fevrier et le Chancelier vénézuélien Nicolás Maduro sera, à Jacmel le 2 et 3 mars prochain pour signer les nombreux accords discutés au Venezuela.
9) Le Venezuela a donné son accord pour que le Ministère des Affaire Étrangères envoie 10 membres de son Ministère pour une formation sur la gestion et le protocole...
Au sommet de l'ALBA, l'Argentine qui aide déjà Haïti dans le domaine de la sécurité alimentaire à travers son programme " Pro Huerta " où ils donnent déjà des semences à 250,000 paysans, s'est engagée à l'augmenter à 1 million.
L'Équateur a promis 5 millions de dollars pour les infrastructures routières en Haïti.
Cuba a promis d'augmenter sa coopération avec Haïti dans le domaine de la santé et dans un premier temps dans l'alphabétisation. Le Président Martelly s'est entretenu avec le Général Raúl Castro Ruz. Cuba. Jusqu'à présent le programme "wi nou kapab" a déjà alphabétisé 250,000 citoyens haïtiens. Haïti a demandé dans le cadre d'une coopération tripartie Cuba-Venezuela- Haïti, d'augmenter ce nombre à 1 million de bénéficiaires et ces pays ont donné des indications qu'ils sont d'accord.
La visite du président Martelly en Amérique du Sud à l'ALBA inquiète Washington. Le président du Sénat haïtien, Desras Simon Dieuseul, qui accompagnait le Premier ministre haïtien, Garry Conille au Cours d'une visite à Washington s'est servi de porte-parole de la Chambre des représentants des Etats-Unis pour exprimer leur appréhension d'une manière inélégante. Il disait avoir appris l'inquiétude de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants des Etats- Unis, sur les relations qu'entretiennent Haïti à l'ALBA, dans la région. Le président du Sénat, Desras Simon, du Plateau Central a eu l'audace de préciser : " Même si Haïti avait besoin d'argent, nous ne pouvons pas accepter des fonds de n'importe quelle provenance, au risque d'hypothéquer nos acquis démocratiques et perturber les relations dans les Amériques. " Le sénateur, converti en défenseur de Washington, devrait dire de perturber les relations avec les Etats- Unis.
Le premier ministre, Garry Conille de son côté, tentait de minimiser les relations d'Haïti avec les pays de l'Amérique latine. Il disait qu'Haïti n'a que le statut d'observateur à l'ALBA et que seulement une longue histoire d'amitié avec les peuples de l'Amérique surtout de Cuba et du Venezuela qui liait Haïti avec ces pays. Pourquoi les Etats-Unis s'inquiètent-ils des relations d'Haïti avec ces pays frères qui manifestent leur volonté d'aider le peuple haïtien, quand eux-mêmes n'ont pas bougé dans leurs promesses. Ceci est d'autant vrai que même quand le Premier ministre, Garry Conille est allé à Washington voir ce qui en est, il est retourné en Haiti bredouille avec les mains vides.


