Augmentation des expulsions en RD
Par Amos Cincir,le 5 Mars 2012
Port-Au-Prince,Le Nouvelliste
Haïti: Le Groupe d'appui aux rapatriés et réfugiés (GARR) annonce que les autorités dominicaines ont rapatrié, de janvier à décembre 2011, 15 189 ressortissants haïtiens dont plus de 9000 au portail frontalier de Belladère dans le Plateau central. Selon les chiffres recueillis auprès de l'organisme «Solidarite Fwontalyè» basé à Ouanaminthe, le nombre d'Haïtiens rapatriés à la frontière du Nord-Est (Ounaminthe-Dajabon) s'élève à 5428. Au portail de Malpasse (Ouest) 95 rapatriés ont été recensés par le GARR en 2011. Sur l'ensemble des points frontaliers observés- Belladère, Ouanaminthe, Malpasse- 1923 femmes et 95 enfants figurent parmi les rapatriés.
Selon le GARR, les rapatriements effectués par la migration et l'armée dominicaines en 2011 représentent une hausse d'environ 54% par rapport à 2010 où les reconduites à la frontière avaient touché 6939 personnes. Des rapatriés accueillis par le GARR à la frontière de Belladère comme à Malpasse ont dénoncé les conditions de leur reconduite vers Haïti. Vivant depuis une dizaine d'années en République dominicaine, Robenson, maçon de profession, regrette avoir été rapatrié en laissant tous ses biens la-bàs. « Je vivais depuis plus de 10 ans en République voisine. Les agents de la migration dominicaine ne nous ont même pas laissé le temps de récupérer nos effets avant de nous contraindre à quitter le pays», se plaint-il.
C'est aussi le cas de Harry et de Magdala qui expliquent qu'ils étaient en route pour aller travailler quand des agents de la migration leur ont fait signe de s'arrêter, puis les ont conduits le même jour à la frontière sans leur donner le temps d'alerter leurs proches. De son côté, Carnès confie qu'il rentrait de son travail après 6 heures du soir quand des soldats dominicains l'ont arrêté et l'ont conduit sur-le-champ au portail de Belladère. « Nous sommes des laissés-pour-compte là-bas et voilà pourquoi nous sommes souvent expulsés dans n'importe quelles conditions », ont déploré ces rapatriés.
Ils ont fustigé le comportement des autorités dominicaines qui, ne tiennent pas compte des travailleurs et résidents haïtiens qui vivent depuis plusieurs années dans le pays. « Comment pouvez-vous imaginer qu'après avoir vécu pendant des années là-bas, les militaires décident de nous rapatrier sans nous donner la possibilité de récupérer nos avoirs et sans même dire au revoir à nos proches », déplorent-ils.
Néanmoins, le GARR rappelle que le Protocole d'accord sur les mécanismes de rapatriement signé, il y a plus de 12 ans par les autorités haïtiennes et dominicaines, interdit les rapatriements nocturnes et fait obligation à l'Etat dominicain de laisser aux rapatriés l'opportunité de récupérer leurs biens. Il est régulièrement violé par le gouvernement Fernandez pourtant signataire de ce protocole en 1999. En effet, le GARR indique qu'au moment où le Parlement vient de ratifier le Pacte international sur les Droits Economiques, Sociaux et Culturels, les décideurs haïtiens devraient se soucier davantage des droits économiques de ses migrants et rapatriés et de l'observance des engagements pris par l'Etat dominicain via le Protocole de 1999.
Parallèlement, le GARR se dit profondément préoccupé par la violence entourant les rapatriements d'Haïtiens de la République dominicaine, qui avait atteint un pic, en 2011, avec les interventions des Juntas de Vecinos (associations de quartier) dans la ville de Santiago au Nord du pays. Sous prétexte de chasse aux sans-papiers et de lutte anti choléra, des civils, sous l'oeil complaisant des autorités locales, pénétraient dans les résidences haïtiennes pour en expulser les occupants de force, comme à San Jose, La Mina et ailleurs dans la ville. « Nous avons déjà identifié les maisons où vivent des Haïtiens et nous allons les jeter dehors nous-mêmes si l'immigration ne fait pas son travail », avait prévenu un représentant de la Fédération des Juntas de Vecinos de Santiago dans le quotidien El Nacional, le 21 janvier 2011.
Conscient du problème, l'évêque de Santiago, Mgr Ramon de la Rosa y Carpio, avait exhorté la population à respecter les droits des immigrants haïtiens. « Nous ne pouvons accepter nous-mêmes qu'un sans-papier dominicain soit maltraité aux Etats-Unis en violation de la loi », avait-il affirmé.
En définitive, le Ministère des Haïtiens vivant à l'Etranger (MHAVE) avait pour sa part, dans une note transmise à la presse, le 25 janvier 2012, jugé urgente «une révision bilatérale des conditions dans lesquelles sont pratiquées les opérations qui ne correspondent en aucun cas aux mécanismes arrêtés entre les deux Etats pour les rapatriements''.
http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=103006&PubDate=2012-03-05


