LA RECONSTRUCTION DE PORT-AU-PRINCE : ANALYSES ET RÉFLEXIONS SUR LES STRATÉGIES D’INTERVENTIONS EN MILIEU URBAIN
Simon Deprew et Éléonore Lébéttut, Mission d’appui du 5 septembre au 1 octobre 2011
SOMMAIRE
RÉSUMÉ EXÉCUTIF
INTRODUCTION
1. PORT-AU-PRINCE, UNE VILLE EN PERPÉTUELLE RECONSTRUCTION
2. QUELQUES ENJEUX ET PROBLÉMATIQUES CLEFS DE LA RECONSTRUCTION LES CAMPS LE FONCIER L’HABITAT LA RÉDUCTION DES RISQUES NATURELS LA PLANIFICATION
3. QUELLES STRATÉGIES ?
A. Les premières orientations du gouvernement haïtien pour la reconstruction
a. Le renforcement des capacités du gouvernement haïtien
b. La reconstruction du centre-ville et des édifices institutionnels : un chantier ambitieux qui mobilise le secteur privé
c. Le recours à de nouveaux outils d’urbanisme pour penser le développement de la zone métropolitaine
d. Le Programme 16 quartiers / 6 sites : lancement de la dynamique de transformation des quartiers informels
B. Réflexions sur la poursuite des actions de Solidarités International en Haïti
a. L’approche « retour quartier » à Bristout-Bobin : un projet reconnu comme exemplaire
b. Intégrer le programme 16 quartiers / 6 sites : la clef pour s’investir dans la reconstruction de Port-au-Prince
c. Travailler en dehors du cadre des 16 quartiers / 6 sites : s’engager en province
d. Quitter Haïti ?
CONCLUSION : SE PRÉPARER AUX PROCHAINES GRANDES CATASTROPHES URBAINES
LISTE DES PERSONNES RENCONTRÉES
BIBLIOGRAPHIE
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RÉSUMÉ EXÉCUTIF:
Ce rapport a pour objectif d’analyser quelques spécificités du contexte urbain de Port-au-Prince ainsi que certains des grands enjeux de la reconstruction qui s’amorce en Haïti, presque deux ans après le tremblement de terre du 12 janvier 2010, afin de permettre à Solidarités International de mieux définir les cadres de son action en contexte urbain.
Depuis sa formation, la ville de Port-au-Prince n’a cessée de se reconstruire, tout en s’agrandissant, à chaque événement et crise (naturelle, politique, économique,…), attirant une population toujours plus nombreuse venue des provinces. L’explosion démographique, associée à l’impuissance et l’inaction des autorités ainsi qu’à la grande précarité des nouveaux venus, entraine la formation de nombreux quartiers informels très vulnérables.
Quelques enjeux et problématiques clefs de la reconstruction :
- Les différents camps de déplacés disséminés dans la ville et à sa périphérie ne se ressemblent pas et présentent des situations urbaines différentes qui influeront sur leur disparition ou leur permanence. Car il est aujourd’hui certain qu’une partie des camps ne disparaitra pas : c’est pourquoi le rôle des ONG n’est pas de « vider les camps », mais bien d’accompagner les foyers vers des solutions de relogement sûres, voire d’accompagner l’urbanisation de certains camps. Aujourd’hui les camps sont intégrés au système urbain de Port-au-Prince : les projets d’amélioration urbaine doivent intégrer les dynamiques camps-quartiers plutôt que de les traiter comme deux entités urbaines distinctes.
- Si l’illégalité foncière est la norme à Port-au-Prince, l’occupation des parcelles et des maisons repose néanmoins sur un système informel qui assure une certaine légitimité aux occupants. Ainsi, grâce à des méthodes d’énumération participative, la reconnaissance de l’usage plutôt que l’obtention de titres de propriétés formels permettra certainement un démarrage plus rapide des opérations de reconstruction. Pourtant, un frein sérieux s’oppose au maintien des habitants sur leur parcelle : les risques auxquels ils sont exposés. Une grande partie des habitants (notamment ceux vivant près des ravines) devra être déplacée : les solutions de relogement viables doivent être pensées dès à présent afin d’éviter la formation de nouveaux quartiers informels sur des terrains dangereux.
- Louer, déménager, faire construire ou agrandir son logement : toutes les dynamiques du marché immobilier formel se retrouvent à l’intérieur des quartiers informels. Les savoir-faire et les matériaux sont disponibles, et les maisons sont toujours en devenir, évoluant au gré des besoins et des revenus de leurs occupants. Pour reconstruire l’habitat, il semble aujourd’hui important de s’appuyer sur la souplesse et l’efficacité du secteur privé –formel ou informel- en intégrant des critères de qualité afin d’améliorer la sûreté des constructions, et permettre de dynamiser un secteur économique majeur. Ce choix permettra d’éviter les programmes de reconstruction volontaristes et standardisés, qui se révèlent toujours incapables de recréer un tissu urbain de qualité.
- L’inégalité sociale et la pauvreté aggravent l’exposition aux risques (risque sismique, pollution, inondation, glissements de terrains,…). A Port-au-Prince, les ravines concentrent ces risques : c’est pourquoi elles pourraient faire l’objet de projets urbains ambitieux, non seulement basés sur des travaux d’ingénierie, mais permettant la mise en place de projets intégrés, devenant les moteurs d’une transformation urbaine et sociale.
- Enfin, l’enjeu essentiel de cette reconstruction repose sur les différentes échelles de planification urbaine ainsi que sur la pertinence, la cohérence et l’ambition des projets qui en découleront au sein des quartiers informels. Pour y parvenir, la participation des habitants à tous les stades du projet est indispensable : ils doivent pouvoir décider pour eux-mêmes de l’avenir de leur quartier afin que cette transformation urbaine devienne un moteur et un instrument de lutte contre la pauvreté et l’exclusion urbaine.
Quelles stratégies ? Après de longs mois d’incertitude, les premières orientations stratégiques pour la reconstruction, issues du gouvernement, des ministères haïtiens et des agences des Nations Unies, commencent à être communiquées. Le projet phare qui s’en dégage est le « 16 quartiers / 6 sites » voulu par le président Michel Martelly. Ce projet est directement pensé en direction des ONG présentes à Haïti, leur proposant de concentrer leurs programmes dans ces zones déclarées prioritaires. Le cadre de travail proposé est la constitution de consortiums d’ONG, appuyés, coordonnés et pilotés par les agences des Nations Unies réunies en « Task Force ». Le but est de parvenir à couvrir tout les besoins d’un quartier en réunissant des acteurs aux expertises complémentaires, afin de mener des projets intégrés selon des méthodologies uniformisées.
Parallèlement à cet ambitieux programme pour Port-au-Prince, un grand projet de décentralisation essaie de prendre corps. Notamment développé par le CIAT (Comité Interministériel d’Aménagement du Territoire), il propose de consolider et de développer le territoire haïtien en articulant les espaces naturels (à vocation écologique, agricole, touristique,…) à un réseau de villes moyennes redynamisées et attractives. Moins médiatique mais fondamental pour le devenir d’Haïti, ce projet de décentralisation représente une alternative intéressante pour les ONG qui souhaiteraient s’investir en milieu rural ou dans des contextes urbains moins complexes.
Enfin, face à de tels enjeux, la reconstruction d’Haïti et de sa capitale oblige les organisations humanitaires à interroger leur mandat, puisque les projets nécessiteront un investissement de plusieurs années, sur des problématiques d’urbanisme et d’aménagement du territoire souvent totalement méconnues de ces mêmes organisations. Chacune devra faire le choix de se désengager ou de travailler au renforcement de ses domaines d’expertises.


