Les braves de Canaan II

Un bon nombre de personnes se sont réfugiées à Canaan II quelque temps après le tremblement de terre de 2010. Pour plusieurs d'entre elles, la motivation était d'acquérir une parcelle de terre pour y vivre, même si survivre dans ces conditions s'apparentait à un combat quotidien.

Le Nouvelliste, 10 avril 2012
Bénita, Cia et Nicol vivent sur les flancs des collines de Canaan II. Ils sont devenus voisins depuis le séisme de janvier 2010. Bénita vivait en République dominicaine à cette époque. Après une visite à sa famille, elle s'installe à Canaan II, où elle s'est octroyée une parcelle de terre. « Avant d'aller en République dominicaine, je n'avais pas de terrain. Là-bas non plus. Quand j'ai acquis ce lopin de terre, j'ai décidé de rester dans mon pays », a-t-elle déclaré. C'est aussi le cas de ses voisins qui avaient tous le statut de locataires.

Si Canaan II a fait de ces riverains de nouveaux « propriétaires terriens», c'est bien dans des conditions d'insalubrité et de vulnérabilité que la vie a repris après la grande secousse tellurique.

L'environnement à Canaan II est désertique et le soleil est de plomb. La principale route en terre blanche, perpendiculaire à la Nationale #2, donne accès à un vaste espace composé de rondes collines et de vallons plantés de tentes et de quelques maisons construites en dur. Sur cette route poudreuse, des enfants font le va-et-vient, parfois les pieds nus.

Le taudis de Bénita qui borde la voie poussiéreuse est construit avec des matériaux hétéroclites : tôles, planches, morceaux de carton et tissus. Cette maison au sol en terre battue qui tremble au vent est un espace polyvalent : chambre à coucher, salle à manger, lavoir, cuisine, etc.

Accroupie autour de trois roches au milieu desquelles crépite un feu vif, Bénita s'échine à brasser dans une marmite de l'huile de ricin ( "palma christi"). « Voilà ce que je fais pour vivre avec mes enfants», dit-elle. Pour joindre les deux bouts, Bénita vend de l'huile de ricin qu'elle prépare de manière artisanale. Ce produit est utilisé pour les soins capillaires.

Comme tout le monde, Bénita se procure de l'eau à la citerne installée par une ONG.

A Canaan II, l'eau est rare, sauf par temps de pluies où l'eau du ravin déborde, envahit et se transforme en torrent. L'approvisionnement en eau est coûteux. A la citerne, le seau de 20 litres (cinq gallons) se vend à 5 gourdes. «Nous achetons de l'eau à la citerne, mais c'est cher», se plaint Cia. Grâce à sa boutique, cette jeune dame s'efforce de prendre soin de son chômeur de mari et de son enfant de 16 ans. Ses inquiétudes persistent face à la situation de précarité dans laquelle elle vit depuis près de 2 ans : baraque construite près d'un ravin, négoce menacé par des usuriers. Privée des services de base, Cia, autant que les autres Cananéens, est à la merci des organisations humanitaires.

L'absence de latrines demeure également l'un des problèmes majeurs auxquels fait face la population de Canaan II. Ce n'est pas sans raison que Cia a souligné fièrement qu'elle dispose d'un cabinet d'aisances. Son voisin Nicol, ébéniste de profession, n'a pas autant de commodités. Il survit dans le dénuement avec sa femme.

Ici à Canaan II, les gens se soulagent à même le sol. « C'est coûteux de se faire creuser une fosse et d'aménager une toilette », confie Nicol. Il se dit conscient du danger, mais demeure impuissant « Je me croise les doigts pour qu'aucun malheur ne nous arrive », dit-il, les yeux innocents.