Ne marchons-nous pas sur la tête?

Ne marchons-nous pas sur la tête?

Écrit par Dunois Erick Cantave,Port-au-Prince, 07 Avril 2012

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Proposition de sortie de crise

Il est temps de nous redresser. Il nous est difficile de comprendre comment et pourquoi le Sénat de la république, sous prétexte de ne pas bloquer l’Etat, décide de travailler et de statuer sur des décisions  émanant d’une instance présidentielle sur laquelle plane de sérieux doutes sur sa qualité (qualification)?

La gestion des affaires courantes, la célérité de la commission d’enquête sénatoriale et surtout la collaboration du Président de la république devraient suffire à l’aboutissement du dossier de vérification de la nationalité des membres de l’exécutif haïtien donc à une conclusion définitive de l’enquête sénatoriale et à la reprise du fonctionnement normal de l’Etat. Le pays ne peut pas et ne doit pas être l’otage de quiconque encore moins des caprices de celui qui doit être le premier responsable du bon fonctionnement des institutions de l’Etat. La question de la renonciation du Président de la république à sa citoyenneté haïtienne ne serait-elle pas une affaire préjudicielle ?  En effet, la qualité (qualification) de la présidence ne serait-elle pas déjà fortement entamée compte tenu des informations pertinentes que révèlent les documents de voyages fournis par le Président ainsi que la rétention d’autres informations, telles que celles contenues dans une « carte de résidence » montrée au public lors d’une présentation au palais national et dans l’utilisation de plusieurs identités dans la vie publique de monsieur Martelly ?

La qualité (qualification) du président n’en serait-elle pas déjà assez affectée par les nombreux indices qui se dégagent des investigations des sénateurs ? Monsieur Michel J. Martelly connu aussi sous le nom de Michael J. Martelly, devenu Président de la république, n’aurait-il pas à l’évidence  contourné les pré-requis constitutionnels  pour accéder à cette importante et sensible fonction de l’Etat ? Dans ce cas, la responsabilité de l’Etat au plus haut niveau, celle du Président lui-même et celle du CEP sont engagées... Nous ne doutons pas du tout des origines haïtiennes du Président de la république ni de celles des milliers d’honnêtes citoyens et citoyennes haïtiens(nes) qui ont , pour une raison ou pour une autre, à un certain moment de leur existence, adopté une nationalité étrangère, mais nous sommes obligés de nous courber face aux  restrictions légales et précautionneuses de notre charte fondamentale. Cette provision constitutionnelle, croyons-nous, qui limite la participation des haïtiens qui avaient renoncé à leur citoyenneté haïtienne à certaines fonctions ne relève nullement de tracasseries administratives qui leurs sont infligées, ni de velléités d’exclusion de nos compatriotes des affaires de l’Etat et du développement du pays, mais participe plutôt d’un souci de préservation des prérogatives et des intérêts de l’Etat pour une meilleure protection de cet Etat donc de tous les citoyens vis-à-vis des pays tiers. Il s’agit bien de la protection de ceux qui ont adopté une autre nationalité, de ceux qui ont toujours conservé celle d’Haïti, ainsi que celle des étrangers non hostiles au peuple haïtien se trouvant sur notre territoire. Nous sommes aussi persuadés que cette nouvelle réalité de l’haïtien des temps modernes représente un apport et une  diversité enrichissants pour le peuple haïtien et pour son développement...

Les informations émanant des rapports préliminaires de la commission sénatoriale dont nous disposons aujourd’hui, les silences, les mises en scènes et les boiteuses répliques de la présidence nous permettent déjà de nous faire une intime conviction.  Le comportement  du Président de la république est ambigu et sa situation n’est pas claire. Il y a de fortes présomptions de possession de documents de voyages et d’une nationalité autres que ceux d’Haïti.  Dans ce cas, il n’est pas qualifié pour être le président d’Haïti. Ces informations qui ont forgé notre conviction doivent aussi nous conduire à des résolutions et des mesures permettant de gérer la république et de  protéger la nation. Elles nous permettront de retrouver la voie légale de fonctionnement des institutions à la recherche de la stabilité politique nécessaire à un développement rationnel, harmonieux et durable de la société  en vue de la reconstruction et de la refondation de notre état-nation; à moins que le Président n’apporte lui-même d’autres éléments plus pertinents qui permettraient aux sénateurs, aux députés et au peuple haïtien en général de se faire une nouvelle opinion et d’ouvrir une autre voie de résolution de ce grave différend sans précédent au sommet de l’Etat. Pour l’instant, nous sommes incapables d’imaginer le fonctionnement d’un état démocratique  sans la collaboration agissante des différents pouvoirs d’Etat. Nous devons donc à tout prix trouver une solution qui n’entrave pas ces rapports obligés sans compromettre l’image, la crédibilité et le fonctionnement des institutions d’État...

Selon les nouvelles informations provenant du Sénat de la république relayées par la presse, il y aurait une commission chargée d’étudier les documents d’un premier ministre désigné par le président contesté par des sénateurs et une grande partie de la population haïtienne pour son statut non conforme à la constitution haïtienne qui s’apprêterait à rendre un rapport à l’assemblée. Ce premier ministre désigné ne serait autre que monsieur Laurent Lamothe sur lequel il existe encore des doutes sur la nationalité et les 5 années de résidence au pays, sur lequel circule également avec persistance plusieurs dossiers litigieux dont un révélant la constitution d’une caisse noire au détriment du peuple sénégalais, au profit d’un président sénégalais âgé de 85 ans aujourd’hui déchu après avoir tenté de se reconduire inconstitutionnellement à la tête de l’Etat pour un troisième mandat. Autant de tractations internationales de haute voltige, de transactions illicites et de montages financiers que le Sénat haïtien aurait intérêt à investiguer et à clarifier avant d’envisager un quelconque rapport et vote sur le dossier du premier ministre désigné par le président contesté afin de ne pas approfondir la crise et empirer la situation. Ne s’agit-il pas également de ce même monsieur Lamothe qui aurait illégalement organisé avec le Président Martelly la perception illégale de fonds provenant des appels internationaux et des transferts vers Haïti ?  N’est-ce pas ce même monsieur Lamothe, partenaire-associé de monsieur Martelly, qui l’a accompagné dans ses prestations durant sa carrière artistique dont le calembour prémonitoire et combien révélateur de « bandi legal » augurerait peut-être malheureusement de sa carrière politique ?  Alors messieurs et dames les sénateurs et députés, soyons sérieux ! Nous ne pouvons accepter aucune feuille de vigne sur l’évidente nudité de cette candidature constituée d’autant d’éléments préjudiciables à la bonne tenue et marche des affaires du pays.

Serions-nous encore prêts à accorder une prime à la l’illégalité, à l’opacité et à la corruption présumée ? Nous savons et sommes conscients qu’il faille bien faire le départ entre la politique et la « morale », mais nous sommes aussi persuadés qu’il existe une éthique politique sans laquelle une société ne peut aller qu’à la dérive et finalement à sa perte...

Il y a toujours ce fameux prétexte de l’urgence qui permet à chaque fois de déroger aux prescriptions légales et éthiques ouvrant ainsi la voie à toutes sortes de dérives et de corruption au détriment de l’Etat haïtien. Nous avons récemment encore entendu ce fallacieux argument de l’urgence de la situation lors de la ratification du premier ministre démissionnaire monsieur Garry Conille qui ne remplissait pas tous les critères constitutionnels pour occuper la fonction de Premier Ministre en Haïti puisqu’il s’agissait encore pour certains de faire vite et de ne pas laisser de vide trop longtemps à la tête de l’Etat. Cela n’a fait que prolonger les échéances, amener à l’approfondissement de la crise et à un autre vide à la tête de l’Etat haïtien quatre mois après.  On avait encore une fois sorti la carte de l’urgence lors du vote de la loi dite « loi d’urgence » après l’urgence passée du séisme  du 12 janvier 2010 pour ne pas perdre soi-disant les opportunités de l’aide humanitaire qui ouvrait  grande les portes de la corruption malgré les réserves de certains parlementaires et citoyens lucides du pays . Ne persistons donc pas dans l’erreur. Nous mettons en garde encore une fois les politiciens traditionnels, anciens et nouveaux, qui sont toujours prêts à des compromissions au nom de la real politique et d’un certain pragmatisme qui ne sont en fait que de l’opportunisme et de l’individualisme  qui leur permettent de fouler au pied tous les principes, toutes les valeurs éthiques et morales capables de relever la république, au nom de leurs petits intérêts mesquins et personnels. Messieurs et dames les parlementaires, nous ne voulons plus de ces arguties ni de ces positionnements politiques intéressés qui n’ont rien à voir avec l’intérêt national. Aujourd’hui encore, la nation vous observe. Elle prend note. Le verdict de l’histoire sera sans appel pour ceux qui auront favorisé et permis son pillage et sa déroute...

Après le scandale de la dilapidation de 10 millions de dollars pour les fêtes de fin d’année, le gaspillage des fonds de l’état dans des délégations pléthoriques et des voyages improductifs pour le pays, celui des fonds illégalement collectés sur les appels internationaux dont nous ignorons toujours les montants réels ainsi que leur mécanisme de gestion, aujourd’hui encore nous faisons face à un  scandale politico-financier dénommé « la route des millions » qui a éclaté en République Dominicaine qui éclabousse certains de nos dirigeants politiques dont principalement encore le Président Michel Martelly.  Ce dernier aurait reçu plus de 2.5 millions de dollars comme dessous-de-table des autorités et hommes d’affaires dominicains en échange d’avantages sur des contrats léonins dits de « reconstruction » gérés par la fameuse « CIRH » co-présidée par l’ex-premier ministre du Président René Préval, monsieur Jean-Max Bellerive, actuel conseiller du président Michel Martelly. Ces contrats accordés et signés par l’Etat haitien, une fois audités, révèleraient qu’ils auraient été l’objet de complaisance, de légèretés et que les intérêts d’Haïti n’étaient nullement protégés par ceux-là même qui étaient préposés à le faire. De plus, nous ne voyons pas vraiment ce qui motiverait les journalistes de la République Dominicaine ainsi que ceux du monde à vouloir combattre les « avancées » de Monsieur Martelly ni à vouloir entraver son mandat en le diffamant. Les autorités haïtiennes, en particulier le Parlement haïtien, ont encore une fois la responsabilité de faire la lumière sur cette histoire afin que plus jamais ce genre d’affaire ne se renouvelle et que les intérêts de l’Etat d’Haïti, donc nos intérêts, soient bien défendus...

Dans l’état actuel de la situation, si certains jugent qu’il serait difficile, préjudiciable, hasardeux, couteux et même traumatisant pour le pays d’avancer dans le cadre de l’application stricte de la constitution de 1987 qui implique, dans ce cas d’espèce, la destitution pure et simple et l’application de sanctions légales contre le Président de la république, nous croyons qu’un compromis sans compromission est encore possible. Le Président Martelly devrait, dans un accord avec les autres institutions de l’Etat et les représentants des secteurs vitaux de la nation, reconnaitre ses torts, accepter d’accomplir le reste de son mandat présidentiel entaché de fautes graves envers le pays avec une équipe gouvernementale qui n’émanerait pas de son environnement politique et en influant le moins possible sur son action. Il accompagnerait aussi le gouvernement dans la recherche et la restitution des fonds appartenant à l’Etat haitien. Le Premier Ministre devrait être un homme ou une femme politique capable de rassembler, de maintenir une cohésion au sein de cette équipe et de gérer les affaires de l’Etat en toute transparence, efficacité et respect des deniers publics. Le Président accepterait aussi d’être encadré par ce gouvernement de consensus dans  les choix et prérogatives constitutionnels qui lui sont  dévolus dans le cours normal des choses et d’en concéder certains à ce chef de gouvernement de consensus. Il demanderait  également à ses amis et à sa famille de se tenir à l’écart des affaires de l’état pour le reste du temps que durera son mandat. Il ne devrait pas entraver les actions administratives et judiciaires qui pourraient éventuellement permettre de sauvegarder les intérêts de la nation. Il ne participerait pas non plus à la formation du Conseil Electoral Provisoire, à la réalisation des prochaines élections et aux élections futures dans le pays. En échange de quoi le pardon de la nation lui serait accordé puisqu’il s’agit en fait d’un artiste volontariste qui s’est brusquement retrouvé au timon des affaires de l’Etat sans aucune préparation ni expérience pour assurer efficacement la gestion de l’Etat. Cependant, la nation ne doit pas en pâtir. Ce protocole d’accord devrait essentiellement viser la stabilité, la santé économique  et le bon fonctionnement de l’état haïtien et une sortie négociée de cette grave crise politique sans précédent dans laquelle se  trouve le pays. Le peuple haïtien lui sera alors reconnaissant d’avoir permis une résolution pacifique de cet imbroglio politique dans lequel il patauge actuellement. Telles devraient être les grandes lignes de cet accord politique et telles sont nos propositions citoyennes et patriotiques de sortie de crise. En cas de violation de l’accord, le Président serait tout simplement considéré comme démissionnaire sans préjudice des poursuites légales qui pourraient éventuellement être entamées contre lui. Sinon, le président devrait tout simplement partir. Toute fuite en avant et toute compromission qui ne favoriseraient pas un strict respect de l’esprit de la constitution, le respect des intérêts supérieurs de la nation et une sortie sans heurt de cette crise ne feront qu’amplifier et renvoyer à demain les conséquences néfastes de cette grave crise sans précédent sur l’avenir démocratique et le développement de notre pays. Nous croyons qu’il s’agit bien ici d’une position de sagesse allant dans le sens de l’apaisement, de la démocratie, du maintien de l’unité de la famille haïtienne, de la restauration des valeurs éthiques et morales et du développement de notre société.