Le campus de Limonade sous tutelle dominicaine !
Par Mona Péralte,Haiti Liberté,le 24 Avril 2012
Jusqu’à ce jour, le rectorat de l’Université d’Etat d’Haïti n’est toujours pas encore entré en possession du campus Henri Christophe de Limonade, même les clefs du bâtiment ne lui ont pas été encore remises. Bref, au sujet de cette université, le premier ministre désigné Laurent Salvador Lamothe annonce déjà les couleurs, dans un article publié la semaine dernière
9 avril 2012 sur le site d’Alterpresse par la Militante des droits humains Lis Bell. Elle explique en détail un document qui a pour titre « Mémorandum d’entente de Coopération Technique entre la République Dominicaine et la République d’Haïti dans le domaine de l’Education Supérieure, la Science et la Technologie » signé le 26 mars 2012 à Santo Domingo par le chancelier haïtien démissionnaire, Laurent Lamothe, avec son homologue dominicain Carlos Morales Troncoso.
Selon ce que rapporte Bell : l’article 1 dudit Mémorandum souligne que « l’objectif est de fixer les termes de la coopération technique de la République Dominicaine pour le fonctionnement de l’Université de Limonade et de l’enseignement supérieur, la science, la technologie et l’innovation dans la République d’Haiti ».
Dans cette perspective, le Ministère dominicain de l’Enseignement Supérieur a un rôle fondamental à jouer. L’article 2 annonce : « Cette coopération technique s’établit sous les auspices de la Commission Mixte Bilatérale Dominico-Haïtienne, entre les Gouvernements de la République Dominicaine et de la République d’Haiti, et celle-ci sera conduite [1] par l’intermédiaire du Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Science et de la Technologie ( MESCyT)»
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Ce Ministère dominicain, selon l’article 3, intervient dans « la conception et la mise en oeuvre du modèle de l’université, le fonctionnement académique, la captation des ressources pédagogiques, la recherche de financement, la gestion de l’université, la formation du corps enseignant et des gestionnaires, etc... ».
Aucune consultation avec les structures haïtiennes concernées
Le ministre démissionnaire Laurent Lamothe n’a tenu aucune consultation sur ce document ni avant, ni pendant, ni après sa signature avec les entités de l’Université d’Etat d’Haïti (UEH). « Ce texte n’a jamais été discuté ni avec le Conseil Exécutif de l’Université d’Etat d’Haïti dans le patrimoine duquel tombe le campus de Limonade, ni avec le Conseil de Gestion provisoire récemment nommé », indique une source proche du Rectorat de l’UEH.
Deux semaines après sa signature dans la capitale dominicaine, cet accord de coopération technique qui place l’enseignement supérieur haïtien et le campus de Limonade sous la conduite du Ministère dominicain de l’Enseignement Supérieur, n’a pas été rendu public par les autorités.
Des questions s’imposent : Quelle légitimité peut revêtir un tel accord signé en catimini par un ministre démissionnaire d’un gouvernement qui gère les affaires courantes ?
Des autorités démissionnaires peuvent-elles engager l’Etat en dehors des institutions compétentes en la matière ?
Est-ce que des accords de ce genre qui consacrent la mise au rancart des institutions haïtiennes en charge de l’enseignement supérieur peuvent constituer des jalons sur le chemin de la reconquête de notre souveraineté et de notre dignité?
Ou, serait-ce la tutelle qui met bas les masques ? demandent Lis Bell.
Ainsi le lendemain 10 avril, le Ministère des affaires étrangères et des Cultes a démenti la mise sous tutelle du campus de Limonade dans une note de presse
« le Ministère des Affaires Étrangères précise que, tant dans l’esprit que dans la lettre du Mémorandum d’Entente de Coopération Technique, entre la République Dominicaine et la République d’Haïti dans le domaine de l’Éducation Supérieure, la Science et la Technologie, signé le 26 mars 2012, il a été clairement convenu, dans le cadre de la Commission Mixte Haïtiano-Dominicaine, que l’assistance des partenaires dominicains se limiterait exclusivement aux aspects techniques ».
A cette note du Ministère, Lis Bell répliqua en soulignant que « Est-ce que la mise en question du terme «accord» par le Ministère des Affaires Etrangères ne le place pas en nette contradiction avec une note de la Chancellerie dominicaine publiée le
27 mars 2012 à Santo Domingo, autrement dit, au lendemain de la visite officielle de la délégation haïtienne ?
En effet, il y est mentionné que : « Dans le cadre d’une réunion de la Commission Mixte Binationale Dominico-Haïtienne dirigée par les présidents Michel Martelly et Leonel Fernandez, les chanceliers d’Haïti et de la République Dominicaine, Laurent Lamothe et Carlos Morales Troncoso ont signé sept accords de coopération qui renforceront les relations entre les deux pays et qui couvrent un large spectre de thématiques « (Source : www. serex.gov.do 27/3/12)
Comment expliquer alors que quinze jours plus tard, la chancellerie haïtienne renie l’utilisation du terme ACCORD ? » Bell continue « la note de démenti du Ministère qualifie aussi d’allégation mensongère la question de la mise sous tutelle de l’Université de Limonade et de l’Enseignement Supérieur à un Ministère dominicain ; il avance que « l’assistance des partenaires dominicains se limiterait exclusivement aux aspects techniques».
Là aussi, la contradiction est flagrante dans le communiqué de presse des partenaires dominicains, autrement dit, de la chancellerie. Cela ne se limite guère à de simples aspects techniques car, le 27 mars 2012, Santo Domingo renseigne que : « ... ont été signés deux accords de coopération technique à travers lesquels la République Dominicaine appuiera Haïti dans l’organisation de son système d’éducation supérieure et en particulier dans la mise en marche de l’Université de Limonade. (Source : www.serex.gov.do)
En outre, à parler de tutelle, le chancelier Lamothe n a-t-il pas conféré un statut de mineur à l’Université de Limonade quand il s’en remet aux partenaires dominicains pour : la conception et la mise en oeuvre du modèle de cette université, l’offre programmatique, l’identification des ressources pédagogiques, la formation du corps enseignant et des gestionnaires, etc...? De plus, selon l’article 6 de l’accord, cette entente va durer indéfiniment...
Par ailleurs, le Ministère des Affaires Etrangères ne devraitil pas donner le ton en ce qui a trait au changement de système tant prôné par l’Exécutif ? Pourquoi avoir refusé la transparence et gardé secret cet accord, s’il est l’expression d’un acquis pour le progrès et le renforcement salutaire de l’Enseignement supérieur en Haiti ?
Pourquoi le ministre démissionnaire Laurent Lamothe a t-il dédaigné toute consultation avec les responsables de l’Université d’Etat d’Haïti ? Selon les propos du recteur Vernet Henri, « le rectorat n’a pas été consulté », a rapporté AlterPresse dans une dépêche en date du 11 avril
2012.
Pourquoi enfin, le chancelier démissionnaire Laurent Lamothe n’a-t-il pas partagé cet accord et les autres au cours de sa grande rencontre avec les directeurs de médias ?
Nous souhaitons que le Ministère des Affaires Etrangères pense à communiquer le démenti qu’il aura adressé à la chancellerie dominicaine... question de nous rassurer que les fondamentaux qui doivent garantir notre dignité et notre auto-détermination de peuple restent encore la priorité du Ministère.


