L’HUEH et l’Ofatma : un financement inéquitable

L’HUEH et l’Ofatma : un financement inéquitable

Par Eddy Jackson Alexis,le Matin,Haiti le 27 Avril 2012

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Financé par les assurances accident du travail, l’Ofatma prend de l’expansion. L’institution a déjà entamé sa politique de décentralisation dans le nord du pays. L’HUEH est ouvert à tous. Malgré ses maigres moyens. Un système sanitaire, à l’image de nos élites rétrogrades.

Situé à Cité militaire, dans la commune de Cité-Soleil, l'hôpital de l'Office d'assurance accidents du travail, maladie et maternité (Ofatma) reçoit surtout les salariés du privé. Il permet aux chefs d'entreprise d'éviter des pertes financières en accordant une couverture d’assurance à leurs employés. En clair, cet organisme autonome de sécurité sociale se veut un outil de prévention des risques professionnels dans le milieu du travail.

La priorité aux soins

Consacrée par le principe de solidarité, cette assurance est un instrument de protection sociale pour tout travailleur. Elle est donc indispensable pour sa santé et celle de sa famille. « Nos services vont au-delà de l’assurance maladie. Nous transcendons ce critère. L’important est de sauver des vies », déclare un responsable.

Poursuivant la visite guidée, le responsable précise que « le service des urgences fonctionne à plein rendement. Pour y être admis, les patients, assurés ou pas, n'ont aucun dépôt à faire ». D’autres hôpitaux de la zone métropolitaine exigent des frais d’hospitalisation variant de 3 000 à 5 000 gourdes.

En pleine décentralisation de ses services, la direction générale de l’Ofatma vient d’ouvrir une clinique externe. Ce qui permet à des centaines de patients des zones environnantes de bénéficier aussi de soins. Très souvent gratuitement. « Les soins sont nos priorités. L’argent, un accessoire. »

Les ressources de l’Ofatma proviennent des assurances accident du travail, maternité, mais aussi des non-assurés de l’Hôpital. Sa clinique externe reçoit près de 250 patients par jour. « Cette stratégie nous a donné un autre élan en raison des opportunités offertes à la population. »

L’Office d’assurance accidents du travail, maladie et maternité (Ofatma) est un organisme autonome du ministère des Affaires sociales et du Travail. En raison de son statut, ses projets de budget doivent être annexés à celui du Ministère et sont financés par ses propres recettes. Pour cet exercice fiscal, son budget est estimé à près de 240 millions de gourdes. Tous les décaissements sont été effectués sur comptes courants à partir de la captation des différents revenus.

L’HUEH, le méprisé

Seul l’HUEH dispose d’un plateau technique et du personnel régulier (un médecin de service et des résidents) apte à traiter en toute heure certains cas urgents. « Nous recevons environ un millier de patients par jour pour toutes sortes de problèmes, notamment pour des urgences médicales », avait récemment déclaré le directeur exécutif du plus grand centre hospitalier du pays.

Le docteur Jacques Pierre Pierre s’était félicité des changements opérés au sein de l’institution, qui disposait de trois salles d’opération avec un personnel qualifié. Pourtant, le plus grand centre hospitalier du pays fait face à de sérieuses difficultés. Cette institution publique ne dispose pas d’un budget d’investissement. D’ailleurs, son budget de fonctionnement est utilisé presque entièrement pour payer le salaire de ces 1 800 employés et contractuels.

Les travaux de reconstruction de l’Hôpital général devraient débuter dans un peu plus de quatre mois. Ce projet est cofinancé par la France et les États-Unis à hauteur de 50 millions de dollars. Avant, on devra procéder à la délocalisation de plusieurs services. Sont visés les services de médecine interne, la pédiatrie, la maternité et la dermatologie. Ils seront logés dans les locaux de l’ancien Hôpital militaire. « Cette démarche vise à accélérer la reconstruction de l’HUEH », a précisé Félix Milot Levy, président du syndicat du personnel de soutien de l’institution.

Un salaire misérable

Parallèlement au manque d’infrastructures sanitaires pour traiter les urgences hospitalières, la question du salaire pèse lourd sur l’efficacité des services. Un médecin du secteur public ne gagne que 21 mille gourdes par mois. « Avec un si maigre salaire, un professionnel de santé ne peut pas vivre », martèle un médecin de service de l’HUEH.

Une situation qui provoque de l’absentéisme dans le système et participe aussi à la fuite de cerveaux du pays. L’absence de plan de carrière pour ces professionnels engendre une certaine démotivation. Ce qui fait l’affaire des ONG dans le domaine de la santé. « Avec un médecin pour dix mille habitants, Haïti est très loin de la moyenne cubaine où le nombre de médecins pour 10 000 habitants se chiffre à 60 », soutient un résident de l’HUEH.

Des élites rétrogrades

La problématique des urgences médicales dans le pays intrigue depuis plusieurs mois l’Association des médecins haïtiens (AMH). « Les urgences reflètent notre organisation sociale. Aucun investissement majeur n’a été consenti pour doter le pays d’un hôpital moderne, au cours des cinquante dernières années. »

Pour le docteur Louis Amstrong Charlot, «les élites ne se préoccupent pas de la santé de la population ni de la leur. C’est ce qui explique l’état de délabrement de notre système sanitaire ».

Ironisant la tendance dans l’élite économique à se faire soigner d’urgence àa Miami, le chirurgien déclare que certaines urgences ne pourront pas attendre. Il cite la rupture d’anévrisme, une poussée hypertensive ou une embolie pulmonaire massive. « Le souffrant n’aura pas le temps d’appeler un avion à Miami ou à Santo Domingo pour venir le chercher dans ces cas-là. En plus, s’agissant d’une embolie pulmonaire massive, le système ne dispose pas de « Intensive Care Unit pour assurer une intervention », souligne le docteur Charlot.

Malgré la précarité des soins de santé dans le pays, aucun consortium d’hommes d’affaires n’a pensé à investir dans ce secteur. Notre façon de vivre nous interpelle encore plus aujourd’hui. Pendant que la Nation peine à se transformer en État, pour s’attaquer aux problèmes de ses citoyens.

« La santé c’est la vie », tel est le titre d’une émission de santé d’une station de radio de la capitale. Le pays est dépourvu de soins réels de santé publique. Est-ce à dire que les citoyens ne vivent pas ? La santé ne fait pas partie des grands axes de priorité du régime Martelly. C’est l’international qui décide des investissements du secteur en finançant des campagnes de vaccination. De la construction des hôpitaux, de la distribution de moustiquaire. De la vie tout court.

La faim, la sécurité et la santé ne sont pas cataloguées comme des urgences pour ce régime qui dit vouloir établir un « État de droit dans le pays ». Par-delà les discours creux, la volonté politique exige le respect des promesses et un échéancier dans l’exécution des projets. C’est ainsi que se construit un leadership responsable. Que l’on gagne aussi la confiance populaire.