Six mois après le tremblement de terre, Ottawa fait un bilan de son aide à Haïti
Stéphanie Marin, La Presse Canadienne, le 12 juillet 2010
OTTAWA - Six mois après le tremblement de terre qui a dévasté Haïti, le gouvernement canadien a dressé, lundi, la liste de ses accomplissements, mais la lenteur de l'aide continue de frustrer ceux qui oeuvrent sur le terrain.
En conférence de presse organisée pour faire un bilan de l'aide canadienne, le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, et la ministre de la Coopération internationale, Bev Oda, ont tenu le même discours: ils comprennent la frustration, mais soutiennent que les actions entreprises et le débours des fonds doivent se faire de façon responsable et ordonnée.
«Je comprends parfaitement l'impatience que ressentent plusieurs personnes devant la situation très difficile dans laquelle se trouvent toujours des dizaines de milliers d'Haïtiens», a reconnu M. Cannon, réitérant qu'il faudra environ 10 ans pour tout reconstruire, vu l'ampleur de la destruction.
Malgré les progrès réalisés, beaucoup reste à faire, précise-t-il.
«La reconstruction d'Haïti constitue une tâche monumentale nécessitant un effort soutenu et un engagement sur le long terme. Toutefois, il ne suffit pas seulement de rétablir l'infrastructure du pays. Les institutions et les systèmes haïtiens doivent être entièrement reconstitués pour ensuite être dirigés par des Haïtiens et soutenus par la communauté internationale», a expliqué le ministre.
«On a fait beaucoup en peu de temps», a-t-il soutenu.
Ottawa a déjà versé plus de 150 millions $ à Haïti, surtout en aide humanitaire d'urgence, c'est-à-dire en nourriture, en eau et en soins médicaux.
Mais pas un sou des 400 millions $ annoncés à la Conférence internationale des donateurs aux Nations unies en mars 2010 n'ont été transférés au fonds qui servira à la reconstruction du pays.
Questionnée à savoir quand cette somme serait bel et bien déboursée, Mme Oda a cherché ses mots et longuement hésité avant de répondre que le Canada ne fait pas partie des pays dont on craint qu'ils n'honorent pas leurs engagements, précisant que les 400 millions $ doivent être déboursés sur une période de deux ans et non pas en deçà de six mois.
Et le Canada n'est pas le seul pays à ne pas avoir encore respecté ses engagements.
L'ancien président américain Bill Clinton, maintenant l'émissaire spécial des Nation unies pour Haïti, a affirmé que les donateurs internationaux n'avaient versé que 10 pour cent des fonds promis.
Dans une récente entrevue avec l'Associated Press, il a aussi condamné la lenteur de l'aide, notamment en ce qui concerne la construction d'habitations, dénonçant que 1,6 million d'Haïtiens vivent toujours sous des tentes et des abris de fortune.
À ce sujet, Mme Oda a expliqué que même si la Croix-Rouge canadienne est prête à construire plus de 3 000 logis plus permanents, elle se bute à deux obstacles.
«D'abord il faut enlever les débris au sol pour avoir un endroit où les construire. Et il y aussi le problème des titres de propriété. Haïti n'avait pas un robuste système de titres fonciers. Beaucoup de documents ont été perdus dans le séisme. Cela prend du temps», a-t-elle fait valoir.
Pour accélérer l'aide sur le terrain, M. Cannon a expliqué qu'il doit justement rencontrer M. Clinton pour obtenir son évaluation de ce qui a été accompli. Et qu'après il sera possible d'agir de façon concertée.
La date de la rencontre n'a pas encore été fixée.
Du côté de l'accueil des sinistrés au pays, le ministre de la Citoyenneté et de l'immigration, Jason Kenney, a fait valoir que dans le cadre du programme spécial pour Haïti, des décisions ont été prises dans 90 pour cent des demandes de réunification familiale reçues avant le 1er avril, y compris celles qui ont précédé le séisme.
«Il s'agit du traitement le plus rapide, et le plus grand nombre de personnes aidées par des mesures spéciales après une catastrophe pour l'humanité», a souligné M. Kenney.
Il a indiqué que les demandes sont traitées dans un délai de trois mois, comparativement à un délai pouvant normalement atteindre 27 mois.
De plus, le gouvernement a traité en priorité nombre de demandes d'asile, de dossiers d'adoption et accordé ou prolongé des visas de séjour temporaire.
Le Canada a joué un rôle de premier plan dans l'aide humanitaire apportée à Haïti et aussi dans la planification de la reconstruction à long terme du pays.
Plus de 240 000 Haïtiens ont trouvé la mort lors du séisme du 12 janvier dernier.
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