Présidentielles haïtiennes: un compte à rebours explosif!
Par: Pierre Emmanuel 13 décembre 2010
Ceci est la quatrième chronique que j’écris sur les derniers évènements en Haïti, mais c’est la première que je publie finalement. La trève unilatérale de ravitaillement concédée par les casseurs permet de réfléchir plus calmement sur des données qui changent au gré des actions et des réactions. Ma colère aussi s’est quelque peu dissipée ces dernières 48 heures.
Cela dit, ma colère ne se calmera jamais devant les violences qui s’acharnent sur ce qui reste de cette ville en ruines. Elle a envie de dénoncer encore aujourd’hui le cynisme des dirigeants nationaux et internationaux, qui savaient que tenir de bonnes élections dans les circonstances actuelles en Haïti était un défi très difficile à relever.
Mais, il paraît qu’ils ont trouvé la formule magique, alors que l’échéance des contestations est arrivée la fin de semaine dernière. L’opinion publique attend ce qu’il en sera de cette fameuse commission de recomptage des procès-verbaux que les principaux intéressés semblent bouder. Et ceci, même si Michel Martelly paraît plus tranchant sur la question que Mirlande Manigat, qui évoque des réserves sur les tenants et aboutissants de la démarche.
Mais sérieusement, qui a eu cet éclair de génie de proposer qu’on recompte les bulletins? Comme si cela allait permettre que les «fraudes massives» se résorbent d’elles-mêmes. Alors, comme par magie, tout allait rentrer dans l’ordre. On retrouverait Mirlande Manigat et Michel Martelly au second tour des présidentielles, par un «juste» retour des choses.
Ce qui est anormalement immoral dans cette opération, c’est que chacun des principaux candidats, qui dénoncent les irrégularités et fraudes, espère ouvertement que tout le bénéfice lui reviendra. «Peu importe les fauteurs de troubles, pourvu que j’en tire avantage», voilà le leitmotiv de tout le monde.
Qu’est ce qui va se passer cette semaine? De probables manifestations, si le combat ne cesse faute de combattants. Mais une chose est sûre, il faudra trouver une autre solution, pour créer un consensus plus important. Sinon, le baril de poudre risque d’exploser pour de bon et le feu embrasera tout le pays, pas seulement quelques villes.


