Au peuple haïtien nos voeux de plus grand courage Jusqu’à sa pleine libération

Par Frantz Latour, Haïti Liberté, édition du 26 déc. au 1er janv 2019 

Deux cents quatorze ans après son indépendance, la nation haïtienne est encore aux prises avec mille convulsions sociales, politiques et économiques auxquelles sont venues s’ajouter des dégâts écologiques quasiment 

Une fois la masse des esclaves libérée des chaînes de l’oppression colonialiste en 1803, Dessalines s’attela à prendre les mesures nécessaires conformes aux exigences de l’époque : assurer la défense du pays contre tout retour éventuel des colons et sauvegarder l’indépendance nationale par le biais d’un développement économique qui profi tât à la nation, à tous, particulièrement « les noirs dont les pères sont en Afrique ». En ce sens, ses propos historiques sont restés célèbres : « Prenez garde à vous, nègres et mulâtres, vous avez tous combattu contre les colons blancs; les biens que nous avons tous acquis en versant notre sang  appartiennent à nous ; j’entends qu’ils soient partagés avec équité ». 

C’est dire qu’à la pensée et aux actes révolutionnaires de Dessalines correspondait un régime républicain porteur d’une vision démocratique dans l’intérêt des masses, au service des masses, dans une perspective de plein épanouissement de la res publica. Dès lors, Dessalines faisait face de façon dangereuse à l’hostilité de classe de deux catégories sociales : d’une part, les anciens libres, les affranchis, grands propriétaires terriens dont l’alliance révolutionnaire anticolonialiste, anti-esclavagiste pro-indépendantiste avec les esclaves fut presque contre nature ; d’autre part, les aristocrates nouveaux libres, en majorité constitués de militaires, aussi réactionnaires que les anciens libres. Détenteur du levier des rapports de force après l’indépendance, menacés dans leurs intérêts de classe, de possédants, anciens aristos et nouveaux aristos  furent les auteurs du parricide du 17 octobre. 

Depuis l’assassinat de Dessalines, le 17 octobre 1806, politiciens véreux et matois, grands dons, éléments d’une bourgeoisie naissante étaient toujours à couteaux tirés, insatisfaits de la gestion des gouvernements en place dont ils bénéfi ciaient pourtant. Chacune des fractions des classes exploiteuses visait à concentrer entre ses mains tout le pouvoir économique et tout le pouvoir politique, au détriment des intérêts des masses. 

Depuis, l’incessante et implacable lutte des masses haïtiennes pour  la liberté, leur existence, leur survie dans la dignité n’a pas désarmé. De la révolte des Piquets à la marche des paysans de Marchaterre,  aux sanglantes répressions  des paysanneries des Cayes, de Cavaillon, d’Aquin et du Massif de la Haute de 1844 à 1848, jusqu’à la guérilla des Cacos, jusqu’aux tumultueuses manifestations revendicatrices populaires et grèves syndicales depuis le 7 février 1986, y compris les récentes poussées des masses réclamant que soient jugés les petrovoleurs, les catégories laborieuses cherchent une porte de sortie à leur misère, à leurs frustrations à accéder sinon à une vie pleinement satisfaisante, du moins à une « pauvreté digne ». 

Face à la lutte des masses en quête d’éducation, de soins de santé adéquats, de travail, de logements décents, de loisirs, se dresse la sacrosainte alliance des classes possédantes, des « élites », en fait des quelques familles de la bourgeoisie compradore qui sont les vrais décideurs de la politique du pays. Elles se sentent d’autant plus assurées de leur position d’exploitation des couches laborieuses qu’elles bénéfi cient de la protection, militaire ou policière, de l’impérialisme trinitaire franco-canado-états-unien, via l’ambassade américaine. 

Les masses haïtiennes cherchent encore la voie de leur pleine souveraineté qu’elles fi niront  par trouver par elles seules, dans l’organisation et la discipline nécessairement assurées par un parti d’avant-garde authentiquement révolutionnaire auquel il peut faire confi ance. Au peuple haïtien, à l’orée de l’année 2019, toute l’équipe du journal souhaite le plus grand courage, la plus grande force de détermination dans sa lutte incessante vers un avenir meilleur, jusqu’à sa pleine libération.