Pourquoi PetwoNwèl ?

Par Rév.Père Renaud François, Haïti Liberté, édition du 26 au 1er janvier 2019 

Le vocable Petro, en créole Petwo, est devenu depuis quelque temps un préfi xe servant à la formation de plusieurs nouveaux mots ou néologismes. Ils peuvent, selon le contexte ou la situation, avoir une connotation positive ou négative. Dans le premier cas, nous retrouvons les termes tels que PetroConscience, PetroChallenger, PetroÉducation, PetwoDechoukaj, PetroCaribe, etc. Dans le second, les mots PetroPoliticien, PetroParlementaire, PetroJournaliste, PetroAnalyste politique, PetroCriminel, PetwoNwèl, et tout le reste. 

Dans ce texte de 12 strophes intitulé PetwoNwèl, en français PetroNoël , celui-ci représente, au sens strict du terme, tous les politiciens véreux et leurs thuriféraires, les fonctionnaires publics, les élites - intellectuelle et économique -,les propriétaires de fi rmes de construction de routes, de bâtiments publics, les concessionnaires d’automobiles, les vampires du peuple et le toutim qui, depuis 2006 à nos jours participent à la dilapidation des fonds PetroCaribe de l’aide du Vénézuela à Haïti. Ces dits personnages ou corporations, par voie de conséquence, contribuent à empêcher à la collectivité l’accès à une  éducation de qualité, à de bonnes universités publiques à travers tout le territoire, à de meilleurs soins de santé pour tous, au logement décent, à de bons emplois, interdisent quasiment aux plus démunis de célébrer ou de s’évader en ce «soi-disant» temps des fêtes. Décideront-ils un jour à instaurer un partage équitable des ressources de ce pays pour le bien-être de tous ou devrons-nous les obliger à le faire? 

PetwoNwèl, au sens large, désigne tous ceux et celles qui, depuis 1806, ont accaparé toutes les richesses du pays. Sous le pouvoir de facto Alexandre-Latortue ( 2004-2006 ), comme l’écrit l’économiste Leslie Péan dans Mémoire de la transition du 23 octobre 2018 « en 2005,la Banque de la République d’Haïti permet aux banques commerciales d’accorder à la couche privilégiée des 10% de leurs clients des prêts totalisant près de 80% des dépôts de la clientèle ». 

L’assujettissement des fi ls et des fi lles de nos ancêtres au pouvoir économique et fi nancier des Syro-Libanais et consorts tant en Haïti qu’à l’étranger, ne pourra que diffi cilement nous mener à l’éducation gratuite pour tous, à la connaissance, au savoir scientifi que, à l’indépendance économique, à la liberté et donc à la dignité. Pour y parvenir nous devons suivre la trace de nos aïeux.  

De 1503 à 1803, nous étions des esclaves des champs, des esclaves domestiques de colons étrangers. Aujourd’hui, nous sommes devenus des esclaves économiques d’une classe d’affaires moralement répugnante qui nous réduit à la misère et à la mendicité parce qu’ils nous ont tout pris.« Haïti est le seul pays de l’Amérique à utiliser encore l’aide humanitaire pour sa subsistance quotidienne », pour reprendre la religieuse haïtienne Wilnette Pierre, dans la déclaration du 8 octobre 2018 des soeurs de la Congrégation de Sainte- Croix. Alors, comment s’éclater en Haïti, comment fêter en cette fi n d’année 2018? 

« Kot kòb PetwoKaribe a, se Nwèl ? », est en adéquation avec l’esprit de Noël de cet âge qui se veut celui d’une autre conception sociale, de la solidarité agissante, d’un changement de mentalité, de l’équité, de l’égalité, d’une autre vision du pouvoir, d’un espoir que 2019 sera meilleure, si nous nous  décidons de prendre nos responsabilités citoyennes. Dans cette optique, demander à Jovenel Moïse, sa clique de corrompus et d’opportunistes PHTKistes de réaliser le procès sur le gaspillage de (3.8)  trois milliards huit cent millions de dollars  des fonds PetroCaribe, c’est « demander à un violeur présumé d’organiser le procès au cours duquel sera jugé le viol présumé », pour paraphraser le politicien martiniquais, Alfred Marie Jeanne. Jovenel ne peut pas être juge et partie à la fois car sa fi rme Agritans est indexée dans un document du Sénat haïtien relatif à la gestion des fonds PetroCaribe. Donc, l’inculpé fait «président» doit partir. 

A toute l’équipe du journal Haïti Liberté, à ses lecteurs, ses supporteurs, et au peuple haïtien. Que l’année 2019 et la Noël prochaine soient celles d’un changement radical pour des réjouissances pour tous. Félicitations et du courage en continu à vos journalistes !!! 

Rév.Père Renaud François Montréal, Canada. Montréal,  le  21 décembre  2018